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7 mars 2018

Accompagnement des mineurs isolés : de nombreuses préconisations

Dans l’attente d’une décision gouvernementale sur le premier accueil et la mise à l’abri des enfants isolés étrangers, les publications relatives à leur accompagnement par la protection de l’enfance fleurissent : étude sur les bonnes pratiques départementales publiée par l’Observatoire national de l’action sociale (ODAS), recommandations de bonnes pratiques diffusées par l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ANESM). La Fédération des associations de protection de l’enfant (CNAPE) a aussi publié un document relatif à cette « crise humanitaire », critiquant une protection de l’enfance au rabais et demandant une réelle prise en compte des besoins des jeunes (1).

Appels à projets à moindre coût

Le nombre de MNA pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) est passé de 4 000 en 2012 à 14 000 en 2017 en l’absence de politique nationale et globale à leur égard. Les réponses apportées à l’accueil de ces jeunes varient d’un département à l’autre et sont souvent différentes de celles de la protection de l’enfance dite généraliste. La CNAPE révèle des appels à projets à moindre coût, une absence d’élaboration de projet pour le jeune, un accès aux droits disparate.

Les départements sont confrontés à un système de protection de l’enfance saturé : certaines décisions judiciaires ne sont pas appliquées et des enfants restent dans leurs familles alors qu’ils sont en danger. La CNAPE en appelle donc à une intervention urgente de l’État.

Au regard de leur parcours, les MNA devraient pouvoir bénéficier d’un accompagnement spécifique vers l’accès aux soins, dans leurs démarches juridiques ou sur des problématiques d’endettement ou de prostitution, d’une scolarité adaptée, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.
Pour les MNA pris en charge par l’ASE, le passage à la majorité est plus difficile que pour les autres jeunes car s’ajoute la question de la régularisation administrative et l’isolement en France. Un accompagnement qui s’achève à 18 ans les laisse dans une grande précarité.

13 préconisations pour répondre aux besoins urgents

  • - Mettre en place un pilotage national et une réponse homogène des différents services de l’État, de la justice et des départements pour garantir un traitement équitable aux MNA. Une réflexion doit également être menée au niveau européen pour le respect de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (ratifiée par la France).
  • -La suppression des seuils d’âge au sein de la minorité (l’arrivée avant ou après 16 ans n’a pas les mêmes conséquences pour les jeunes).
  • -Proposer un financement à hauteur des besoins repérés au risque sinon de voir le système de protection de l’enfance imploser.
  • -Mettre en œuvre un projet individualisé pour chaque mineur avec un accès à la scolarité obligatoire et un bilan de santé physique et psychique. Proposer un suivi pour les jeunes majeurs.
  • -Avoir le droit de conserver des liens avec la famille dans le pays d’origine et envisager le retour comme une réponse possible (non systématique) travaillée avec les équipes éducatives.
  • -Proposer un accès à l’information et à l’accompagnement juridique et organiser un plateau technique de différents professionnels (juriste, professeur, conseiller en insertion etc).
  • -Former les professionnels aux spécificités des besoins des MNA et valoriser les parcours de réussite de ces derniers.

(1) Accompagner et accueillir les mineurs non accompagnés au regard de leurs besoins – Février 2018 – CNAPE


5 mars 2018

Baisse des contrats aidés : une décision prématurée selon un rapport du Sénat

L’annonce de la baisse drastique des contrats aidés à l’été 2017 et de leur fixation à 200 000 pour l’année 2018 a été un coup dur pour le secteur associatif et les collectivités territoriales. Un rapport de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat s’est penché sur l’efficacité des contrats aidés et sur les conséquences de leur diminution. Il reconnaît un bilan contrasté du dispositif mais s’inquiète du devenir des petites associations et de leurs capacités de financement, ainsi que du nombre de bénéficiaires laissés dans la précarité.

Bilan contrasté, utilité sociale démontrée

L’esprit du contrat aidé connaît un large consensus dès lors qu’il permet à son bénéficiaire de prendre le chemin de l’emploi, tout en ayant accès à une formation professionnelle et à un accompagnement vers l’insertion.
Cet objectif de départ n’a pas toujours été respecté selon le rapport. Les chiffres du chômage ont certes diminué avec l’embauche de nombreux demandeurs d’emploi, mais l’objectif final d’une insertion professionnelle à long terme n’a pas été tenu.
Dans le secteur non marchand le nombre de contrats aidés a explosé en raison des contraintes financières des associations pour embaucher de manière durable. Seules 26% de personnes de ce secteur obtiennent un CDI, CDD de plus de six mois, statut de travailleur indépendant ou de fonctionnaire.

Ne tenir compte que de ce chiffre serait pourtant réducteur : les contrats aidés, loin d’être une fin en soi, ont permis une autonomie financière et une reconstruction sociale et professionnelle pour de nombreux bénéficiaires éloignés de l’emploi. Le coût jugé trop élevé de ce dispositif par le gouvernement est aussi à relativiser car il a eu un effet sur l’emploi, a permis de relancer la consommation et de faire revivre un secteur « utile socialement », duquel l’État s’est désinvesti peu à peu.

La survie des associations en jeu

La décision prise rapidement et sans concertation de diminuer les contrats aidés a eu un effet désastreux sur les bénéficiaires, les associations et les collectivités territoriales. Non renouvellement brutal de contrats, manque de personnel dans les écoles retardant la rentrée scolaire - comme à la Réunion - et mise en difficulté de petites associations. Dans un contexte où celles ci se trouvaient déjà fragilisées par la loi de finances 2018, cette décision s’est avérée prématurée.
La transformation des contrats aidés en Parcours emploi compétences (PEC) depuis le mois de janvier 2018 vise à offrir un meilleur accompagnement à un nombre moins élevé de bénéficiaires. Avec ce nouveau dispositif, le gouvernement laisse donc de côté et sans perspective d’insertion professionnelle un grand nombre de demandeurs d’emploi, en majorité des seniors proches de la retraite pour qui la formation n’est plus utile ou des personnes en situation de handicap.

Pour une alternative crédible

Pour soutenir la vie associative, le rapport préconise d’assurer une transition en douceur dans la réduction des contrats aidés en les augmentant temporairement de 50 000 pour les associations de moins de cinq salariés. En parallèle, revoir à la hausse les tarifications et stabiliser les subventions sur les temps des missions permettraient la survie et le bon fonctionnement des associations. Quant au Parcours emploi compétences : Pole Emploi et les Missions locales devraient être assurés d’avoir les moyens humains et financiers nécessaires à leurs actions et la formation adaptée aux besoins des bénéficiaires.
Pour les oubliés du PEC, une augmentation temporaire du nombre de contrats aidés (50 000) est vivement conseillée, en les destinant aux plus de 55 ans et aux chômeurs de longue durée et en lançant une réflexion pour une politique nationale de l’emploi de ces personnes.

L’État face à ses responsabilités

L’État transfère d’années en années toujours plus de ses missions d’utilité sociale sur les associations sans pour autant augmenter leurs financements, au contraire. Avec la baisse des contrats aidés, il les a durablement fragilisées et parfois mis leur existence en péril. Le débat sur le financement des services publics et sur le soutien de l’État concernant l’accès aux sports, aux loisirs, à la culture, et à tout ce qui fait cohésion sociale est donc relancé.


2 mars 2018

Marseille : la PJJ squattée par des trafiquants

Cet été dans les quartiers nord de Marseille, un réseau de trafiquants de drogue s’est installé dans une propriété du ministère de la Justice. Le domaine de sept hectares accueille quatre services de la protection judiciaire de la jeunesse (foyer, AEMO, insertion et pôle régional de formation), ainsi que deux associations, l’une gérant un centre éducatif fermé, l’autre un chantier d’insertion. Accompagnés par une cinquantaine d’agents, des dizaines d’adolescents plus ou moins en difficultés viennent quotidiennement sur le site, d’autres y vivent. Le domaine est ouvert pour permettre aux habitants de la cité voisine de traverser le parc afin de rejoindre plus rapidement les transports en commun. Pour les dealers, cette ouverture est l’opportunité de toucher une clientèle qui ne souhaite pas pénétrer au cœur de la cité.

Des agents intimidés

Minimisée par la hiérarchie, la situation s’est dégradée au point que les éducateurs de la PJJ se sont mis en grève le 30 janvier. « À partir du mois d’octobre, les incidents se sont multipliés, explique Isabelle Audureau, représentante régionale de la CGT PJJ. Certains agents ont été intimidés par des membres du réseau cagoulés. Des jeunes se sont fait embrigadés ou sont entrés en conflit avec les trafiquants ». Interrogé par l’AFP lors de cette grève, le directeur interrégional adjoint de la PJJ, Franck Arnal, semble quelque peu dépassé. « Le malaise profond de nos agents est entendable et nous prenons au sérieux leurs demandes, mais nous ne pouvons pas seuls éradiquer le trafic de drogue dans les quartiers Nord ». Face à cette inertie, l’exercice du droit de retrait est voté lors d’une assemblée générale, où le personnel déclare à l’unanimité avoir « un motif raisonnable de penser qu’ils sont dans une situation de danger grave et imminent ».

Accompagnement psychologique

La direction tente alors d’infléchir la position des grévistes, arguant qu’abandonner le terrain serait une victoire pour les dealers. De son côté, le médecin de prévention qui a rencontré les agents évoque des risques psycho-sociaux très inquiétants et préconise un accompagnent psychologique. Confrontée au mal-être et à la détermination des agents, la hiérarchie accepte finalement de délocaliser le foyer, les services du milieu ouvert et d’insertion. Seuls les cadres continuent d’exercer sur le site. La présence d’une équipe de cinq gardiens pousse le trafic à quelques mètres de là, hors du domaine. La construction d’un mur a été annoncée, mais les travaux ne devraient pas aboutir avant le mois de septembre. Le 25 février, les agents du milieu ouvert et de l’insertion sont prévenus par courrier d’une reprise de leur activité sur site à partir du 12 mars. « Maintenant, c’est à eux de décider de la suite à donner au mouvement, remarque la syndicaliste. Désormais, ils savent comment défendre leurs droits, ils sont sortis de leur isolement. »


28 février 2018

Médico-social : les directeurs se rebiffent et lancent l’alerte

« Exacerbation de l’individualisme », « impasse technocratique », « injonctions paradoxales » : le Groupement national des directeurs généraux d’association du secteur éducatif, social et médico-social (GNDA) a lancé une alerte le 20 février en direction de tous les acteurs du secteur.

« Les doctrines dites du "virage ambulatoire" ou de la "société inclusive", dont nous soutenons les principes, tendent à devenir des dogmes appliqués sans nuance à toute situation de vulnérabilité (…) au risque d’éloigner les plus fragiles d’accompagnement adaptées et de renforcer leur isolement social », écrivent-ils. Politiques de lutte contre l’exclusion générant de grandes tensions, absence d’anticipation politique face aux enjeux du vieillissement, absence de moyens face à l’accroissement des besoins : « la mise en concurrence de tous opérateurs sans distinction de leur finalité sociale et économique ouvre la porte à tous les "discounters" et met à mal le principe même d’une solidarité nationale mutualisée, équitablement distribuée », préviennent-ils.

Cécité des pouvoirs publics

Les 151 directeurs dénoncent également « la démultiplication de contrôles tatillons » dans les établissements, des appels à projet « de plus en plus contraignants », une « bureaucratie stérilisante ». Ils constatent amèrement la « cécité des pouvoirs publics » et « la sidération des organisations et fédérations du secteur, trop préoccupées par leur survie pour réagir aux effets délétères du contexte politico-administratif ».

Ils invitent donc l’État à réagir pour « reconstruire un climat de coopération » avec le secteur et plaident pour une véritable reconnaissance, notamment salariale, des travailleurs sociaux : « devant des signes inquiétants de paupérisation, nous ne pouvons cautionner plus avant l’indigence des conventions collectives qui nous sont imposées et l’insuffisance des dotations budgétaires destinées à rémunérer nos salariés ».

Pour une revalorisation salariale

Sur ce volet, six directeurs généraux d’associations médico-sociales du Finistère, employant 6 000 salariés régis par la convention collective 66, ont également lancé une alerte commune vendredi dernier. « La valeur du point est gelée depuis plus de dix ans, un récent avenant la fait monter d’un 1 centime d’euros, ce qui est ridicule, dénonce Michel Jézéquel, directeur général de l’association Don Bosco. Les métiers sont difficiles, nous avons de plus en plus de mal à recruter et les syndicats de salariés demandent une hausse des salairse, mais c’est au niveau de la branche qu’elle se négocie ». Ces directeurs ont donc demandé à leur syndicat employeur, Nexem, de réagir et d’agir pour une revalorisation.


26 février 2018

Nuit de la solidarité : des chiffres mais pas encore de réponse

Sans réelle surprise, le chiffre est tombé : 2 952. Il aura fallu 1 700 bénévoles et 300 professionnels pour recenser le nombre de personnes dormant à la rue à Paris, lors de la « Nuit de la solidarité » organisée du 15 au 16 février à l’initiative de la maire Anne Hidalgo. Si l’on ajoute les 672 personnes hébergées dans le cadre du plan grand froid et les 1 477 mises à l’abri du plan hiver, cela donne le chiffre de 5 101 personnes sans domicile fixe. Une simple estimation, pour la seule ville capitale, bien loin de l’annonce « d’une cinquantaine » de SDF en Île-de-France faite par le secrétaire d’État auprès du ministre de la Cohésion des territoires, Julien Denormandie, fin janvier sur France Inter.

Actualiser des données datées

« Nous sommes très favorables à l’organisation de maraudes pour dénombrer les personnes sans domicile parce que les données actuelles sont datées et partielles, réagit Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre. Les chiffres du 115 ne prennent pas en compte les personnes qui ont renoncé à appeler et la dernière étude de l’Insee remonte à 2012 ». Outre l’évaluation des besoins, le militant veut croire au pouvoir de la mobilisation citoyenne. « Pour toutes ces personnes qui ont sillonné les rues à la rencontre de SDF entre 22 heures et une heure du matin, la prise de conscience peut être utile pour mettre la pression aux politiques dans la lutte contre le sans abrisme ».

Mieux connaître les besoins

Pour l’instant, Dominique Versini, maire adjointe en charge des solidarités et de la lutte contre l’exclusion, constate simplement : « Pour accueillir tout le monde, il nous manque bien 3 000 places pérennes. » Au-delà du chiffre, les raisons pour lesquelles les sans-abri rencontrés pendant cette nuit glaciale renoncent à appeler le 115 restent floues. Manque de places ? Insécurité des hébergements d’urgence ? Les questionnaires censés apporter une connaissance plus fine de cette population n’ont été que partiellement remplis.

Le quantitatif est un premier pas, mais une seule maraude ne permet pas d’établir la confiance nécessaire à une étude qualitative. « Il serait pertinent de réitérer cette opération deux fois par an, remarque Manuel Domergue. Et de voir comment ça se passe en été pour calibrer les réponses à apporter en s’appuyant sur des données réelles ». C’est la volonté de la ville de Metz qui organisera sa « Nuit de la solidarité » en mars.


23 février 2018

Éducation nationale : les assistantes sociales haussent le ton

Les « missions flashs » sont à la mode : après les EHPAD, les relations entre les parents et l’école ont fait l’objet d’un rapport express, remis fin janvier par les députées Aurore Bergé et Béatrice Descamps au ministre de l’Éducation nationale. Elles y font état « d’un éloignement croissant entre enseignants et parents », notamment en raison de l’origine sociale des premiers, souvent plus élevée que celle des seconds dans les quartiers populaires.

Ce rapport a suscité la colère du Syndicat national des assistants sociaux de l’Éducation nationale. « La place et le rôle du service social en faveur des élèves n’y a pas du tout été évoquée, aucun représentant n’a été auditionné alors que l’objet du rapport est au cœur de notre mission », dénonce Tiphaine Jouniaux, secrétaire générale du SNASEN-UNSA Éducation.

Soutenir la parentalité

Selon une circulaire de mars 2017, le service social en faveur des élèves est notamment chargé de « soutenir et accompagner les parents dans leur fonction éducative, mettre en place des actions de soutien à la parentalité dans le cadre de la scolarité et concourir au renforcement de la coopération entre l’école et les parents, notamment avec les parents les plus éloignés de la culture scolaire, en mobilisant si besoin le réseau partenarial ».

« Notre rôle est de faire le lien entre ce que peuvent vivre les familles, leurs difficultés matérielles, et la compréhension des enseignants », poursuit Tiphaine Jouniaux. Mais pour cette mission, entre autres, le SNASEN-UNSA demande plus d’effectifs « depuis des années sans être entendu ». Face au mécontentement du syndicat, une rencontre récente a eu lieu avec la députée Béatrice Descamps : « elle a reconnu que notre service avait été oublié et qu’effectivement nous auditionner aurait été légitime », précise Tiphaine Jouniaux.

Usure professionnelle

Burn-out, usure professionnelle, conditions de travail dégradées : les assistantes sociales du Syndicat national unitaire de la fonction publique (SNUAS-FP-FSU) de l’Académie d’Amiens expriment également leur colère dans une lettre ouverte adressée le 1er février au président de la République. Alors que le nombre de candidats à l’entrée en formation a baissé de 47% en 10 ans, « nous attendons une vraie reconnaissance de notre profession, de notre engagement et de la qualité du travail mené chaque jour auprès des différents publics soutenus et accompagnés », écrivent-elles. Avec une demande : l’effectivité immédiate de la revalorisation salariale liée au passage en catégorie A des travailleurs sociaux de la fonction publique actuellement en catégorie B… En novembre dernier, cette mesure a été reportée au 1er février 2019.


21 février 2018

Mineurs isolés : inquiétudes après la mission d’expertise

La réaction associative s’est faite attendre après la fin de la mission bipartite État/Assemblée des départements de France (ADF), portant sur l’évolution du dispositif d’évaluation et de premier accueil des mineurs non accompagnés. Pour cause, les associations souhaitaient parler d’une même voix, forte, face aux deux scénarii proposés dans la note rendue publique fin janvier. L’un préconise un maintien de l’évaluation et du premier accueil dans la protection de l’enfance avec un renforcement budgétaire de l’État, l’autre un transfert du dispositif vers l’État, donc le Préfet, avec la création de plateformes interdépartementales.

« Loin des considérations de protection de l’enfance, ce rapport confirme la vision purement budgétaire et technocratique qui semble animer les pouvoirs publics, n’utilisant même jamais le terme "enfant" lui préférant celui de "flux" » estiment les signataires d’un communiqué diffusé hier, parmi lesquels le Gisti, la Cimade ou encore le Syndicat des avocats de France (SAF).

Fichier biométrique, mise à l’abri incertaine

Ils regrettent surtout que le transfert de compétences des missions d’évaluation et d’hébergement d’urgence des départements vers l’État soit privilégié, « ce qui aboutirait à un régime discriminatoire à l’égard des jeunes exilé·es. ». Ils citent également des préconisations « particulièrement inquiétantes » : la création d’un circuit court pour les jeunes considérés comme « manifestement mineurs ou majeurs », le flou autour de la mise à l’abri en cas de recours contre la décision de non-lieu à assistance éducative, la création d’un fichier national biométrique, l’évaluation de la minorité par des agents de préfecture.

« Une telle réforme serait non seulement contraire aux principes et aux droits tels que définis par les conventions internationales, mais renverserait également tous les principes de protection de l’enfance du droit français », préviennent les signataires, invitant le gouvernement « à faire le choix du respect des droits des enfants en allouant des moyens supplémentaires aux services de la protection de l’enfance ». Le gouvernement présente aujourd’hui son projet de loi sur l’immigration, vivement critiqué par les associations de défense des exilés, la Cour nationale du droit d’asile en grève, tout comme l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Divisant jusque dans son propre camp sur ce sujet, il n’a pour l’heure pas dévoilé ses intentions envers les mineurs isolés.


19 février 2018

Handicap : défiance entre associations et gouvernement

« Mme Cluzel n’est plus notre interlocutrice, elle s’est disqualifiée ». Jean-Louis Garcia, président de la Fédération APAJH, réagit à l’absence des associations représentatives lors du lancement jeudi de la concertation ministérielle avec les partenaires sociaux sur la réforme de la politique d’emploi. Avec cette fin de non-recevoir de la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées Sophie Cluzel : « il n’y a pas débat », dit-elle, puisque les associations sont représentées par le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH).

Contre le droit international

En excluant les associations gestionnaires et représentatives de la concertation, « le gouvernement ne respecte pas le droit international », insiste l’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis (UNAPEI) sur Twitter. Réunies dans un comité d’entente, l’Association des paralysés de France (APF), l’Association des accidentés de la vie (FNATH) et l’UNAPEI ont donc demandé à être reçues en urgence par le Premier ministre « pour garantir leur participation effective à cette réforme majeure ». Rappelons que le taux de chômage des personnes en situation de handicap reste de 19 % malgré les obligations d’emploi mises en place à partir de 1987.

Erreur politique et stratégique

Jean-Louis Garcia avait déjà eu l’occasion d’exprimer son mécontentement sur la place réservée aux associations représentatives concernant des dossiers majeurs, notamment la politique inclusive. Lors de la journée nationale le 2 février sur le déploiement du dispositif Une réponse accompagnée pour tous, il avait ainsi regretté publiquement l’absence de représentants à la table des débats. « Nous participons pleinement au mouvement vers une société inclusive, qui doit être fait avec raison et bon sens. Il est scandaleux que nous soyons exclus des débats alors même que nous devons embarquer nos milliers de salariés vers ce changement culturel total. C’est une erreur stratégique », affirme-t-il.


16 février 2018

Troisième jour de grève à la Cour nationale du droit d’asile

La Cour nationale du droit d’asile (CNDA) a entamé ce vendredi son troisième jour de grève. Les agents de cette Cour, devant laquelle passent tous les recours des demandeurs d’asile déboutés en première instance par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), plaident pour un droit d’asile effectif. Comme le souhaite Emmanuel Macron ? « Nous n’avons pas du tout la même vision. Pour lui un droit d’asile effectif, c’est un droit d’asile rapide. Pour nous, c’est un droit d’asile de qualité, que la célérité des procédures ne permet pas », décrypte Nathan Sautreuin, secrétaire du syndicat indépendant des personnels du Conseil d’État et de la CNDA, rapporteur depuis 2014.

Projet « d’immigration maîtrisée »

Dans leur ligne de mire, le projet de loi asile et immigration présenté en Conseil des ministres le 21 février prochain. Ce projet vise à accélérer les procédures, augmenter le nombre d’expulsions, étendre les possibilités d’enfermement et de contrôle des étrangers. Pour atteindre « une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif », il prévoit une durée moyenne de six mois d’instruction des demandes d’asile contre 11 mois aujourd’hui, et la réduction des délais pour déposer une demande (de 120 à 90 jours), pour faire un recours lors du rejet devant la Cour nationale du droit d’asile (de 30 à 15 jours).

Rapidité versus qualité

Or, pour Nathan Sautreuin et ses collègues en grève, « la rapidité ne permet pas forcément la qualité. Des personnes qui ont vécu des persécutions, des trajets d’exil particulièrement éprouvants, ont besoin de temps pour pouvoir parler ». Les grévistes rappellent que la CNDA est déjà la juridiction la plus rapide de France, avec un délai moyen de jugement de 5 mois, et la plus importante en termes de dossiers traités : 47 814 décisions rendues en 2017. Ils déplorent aujourd’hui cet enfermement dans « une logique comptable de l’asile qui fait primer le raccourcissement des délais de jugement sur la qualité de l’instruction des demandes et des décisions rendues ». Après avoir manifesté devant la Cour et le Conseil d’État, ils ont sollicité une audience auprès du Premier ministre. Pour l’instant, sans réponse.


15 février 2018

EHPAD et domicile : nouveau plaidoyer pour une politique durable

La crise dans les EHPAD montre qu’il n’est plus question de rafistolage concernant l’accompagnement des personnes âgées, plus possible de pallier dans l’urgence les situations problématiques sans imaginer un projet d’avenir durable.

L’UNIOPSS en appelle à un changement en profondeur du système d’accompagnement, de soin et d’hébergement de nos aînés. L’association livre son positionnement « pour une refonte globale du modèle des établissements et services à domicile pour personnes âgées » et enjoint le gouvernement à agir vite et en concertation avec les acteurs de terrain.

Nouveaux besoins, nouvelle offre

Au sein des EHPAD et à domicile, le nombre de personnes accompagnées a augmenté et les profils se sont diversifiés, ce qui rend plus complexe la prise en charge par les professionnels. Ceux-là même qui, épuisés à la tâche, ne peuvent plus tenir leurs conditions de travail actuelles.

Les établissements ne sont plus en capacité de supporter l’augmentation de la dépendance et de la médicalisation sans obtenir de moyens financiers et humains conséquents, ni sans redéfinir un projet d’accompagnement médico-social. « Au regard de ces constats, il est urgent de construire une offre globale, cohérente et structurée de l’ensemble du secteur social, médico-social et sanitaire afin de pouvoir proposer aux personnes un accompagnement de qualité permettant l’intervention graduée des équipes de tous les secteurs, du domicile jusqu’à l’établissement ».

Le reste à charge pour les personnes et leurs familles demeurant trop élevé, l’UNIOPSS plaide pour une meilleure accessibilité financière des établissements et services. D’autant que certains départements déshabilitent des structures, engendrant une augmentation de la participation des personnes aux frais d’entretien et d’hébergement. Les modes de tarification demeurent complexes et les financements insuffisants ; et la baisse des contrats aidés n’a pas épargné le secteur.

L’accessibilité territoriale constitue un autre problème majeur : les réponses apportées sont très inégales selon les départements. Les Services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD) par exemple, réformés par la loi d’Adaptation de la société au vieillissement (ASV), sont toujours en difficulté et les professionnels mal répartis sur le territoire.

Secteur fragilisé, professionnels sous tension

Face à cette situation alarmante, l’UNIOPSS, comme d’autres acteurs associatifs, souhaite participer à l’élaboration d’une réponse face à la perte d’autonomie. L’enjeu d’une réforme en profondeur est de pouvoir accompagner la société au vieillissement de manière sereine et adaptée et de pouvoir faire face à une augmentation de la dépendance dans les années à venir.

Mais cette réforme aura-t-elle lieu ? La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a déclaré hier au Sénat vouloir ouvrir « le chantier de la dépendance ». Il serait temps.