« La contraception cest un droit, cest un choix », « Afghanistan pour le droit des femmes, pour la paix et la démocratie », revendiquent les affiches sur les murs de la salle dattente du planning familial de Villepinte (93), situé au cur de la cité populaire des Mousseaux [1]. Cette association départementale propose un lieu de parole sur la sexualité et des consultations médicales gratuites. Depuis 1956, le mouvement français pour le planning familial se mobilise pour les droits des jeunes à la contraception et celui des femmes à linterruption volontaire de grossesse (IVG). Actuellement la lutte continue pour maintenir les acquis et rompre le silence autour des violences sexuelles.
Le mercredi, les jeunes filles participent à des groupes de parole sur la sexualité. « Un sujet encore tabou : deux campagnes nationales dinformation sur la contraception en vingt ans ! », regrette Muriel Naessens, une animatrice. Pour les jeunes filles, rares sont les endroits où parler librement de la sexualité, de ses inquiétudes et de ses joies. Difficile den discuter avec les garçons, la famille et même les amies. Au planning familial, les jeunes filles peuvent en parler tranquillement, sans jugement, dans léchange. Il leur arrive souvent dévoquer des violences. Le planning familial travaille avec un réseau de thérapeutes et davocats. Si les jeunes filles évoquent lexcision ou le mariage forcé, il assure alors le relais avec les associations spécialisées comme le Groupe femmes pour labolition des mutilations sexuelles (GAMS) [2].
Comment repérer quune jeune fille a subi des violences ? « Souvent elle vient au planning familial avec une demande de contraception. Lécoute et lexpérience nous permettent de repérer des signes : une façon dêtre, des IVG à répétition, un déni de grossesse, des plaintes somatiques
», indique Muriel Naessens. Si aucun de ces indicateurs pris individuellement ne permet de supposer quune jeune fille a subi une violence sexuelle, un faisceau de signes peut y faire penser. Dans ce cas, une animatrice pose la question sans brusquer : « Un certain nombre de signes me permet de penser que vous avez été victime de violence, peut être je me trompe ? ». Les comportements « dexposition de soi » mettent également la puce à loreille des animatrices. Une jeune fille qui ne semble pas avoir destime de son corps na peut-être pas appris à le protéger. Elle peut se retrouver avec un partenaire violent, adopter des comportements à risques
Elle sest certainement plainte à un moment et na pas été entendue par les parents ou les professeurs. « Un très grand nombre de prostituées ont été victimes de viol », rappellent les animatrices. Le planning reçoit aussi des jeunes filles victimes dagressions sexuelles commises par un membre de sa famille ou de son entourage proche. Un signalement est fait au procureur de la République, que la jeune fille ait moins de 15 ans ou que, au-delà, elle se trouve en situation « de danger immédiat ».
« Les viols collectifs, appelés « tournantes » - terme que nous récusons - existent beaucoup moins que les médias tendent à le faire croire », indiquent les animatrices du planning familial. « Lorsquils se produisent, ils sont très souvent le fait de lentourage de la jeune fille : un petit ami qui la menace de révéler dans le quartier la perte de sa virginité si elle refuse davoir des relations sexuelles avec ses amis. La jeune fille, victime dun chantage, nest pas consentante, il sagit dun viol collectif ».
Et les garçons ? Le planning propose aussi quelques groupes mixtes, mais il privilégie laccueil des filles. Son rôle consiste à mettre en évidence les stéréotypes sexistes. « Il manque des lieux de parole pour les garçons. Ils séduquent parfois avec des cassettes pornos, sinquiètent de la taille de leur sexe, doutent de pouvoir tenir une érection pendant une heure et demie comme dans les films
Et surtout, la sexualité nest pas parlée en terme de désir, de plaisir et de relation ».
La Seine-Saint-Denis est un département pilote depuis 1986 en matière de prévention des agressions sexuelles. Le planning familial participe au dispositif et propose un travail de prévention dès la maternelle. « Mon corps est mon corps », une cassette vidéo sert de support à la discussion sur les agressions sexuelles. En collèges et lycées, léquipe du planning familial propose une réflexion et un dialogue sur les comportements sexistes - parfois insidieux -, les racines de la violence et les agressions sexuelles. Elle utilise le Théâtre forum, une des techniques du Théâtre de lOpprimé. Avec 15 lycéens de Noisy-le-Sec, et à partir de leur histoire, elle a conçu « X = Y », sur le thème des relations garçons/filles. Après chaque scène qui pose question, les acteurs proposent un débat au public : « Et vous, que feriez-vous dans cette situation ? ». Pour la création de ce spectacle, un travail a été réalisé en amont avec les enseignants. Si des jeunes ont subi une agression, cette forme de théâtre peut leur permettre de parler, mais seulement si les professionnels ont été sensibilisés, savent entendre cette parole et la prendre en compte.
Le planning assure aussi des permanences dans une vingtaine de centres de protection maternelle et infantile (PMI) du département et dans les locaux de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) de Saint-Denis. Léquipe éducative a souhaité que les jeunes filles aux trajectoires de vie difficiles, trouvent hors institution, un lieu pour elles, pour parler de la sexualité.
Il travaille également dans le cadre de la prévention des violences conjugales en collaboration avec lassociation SOS femmes. Un enfant, témoin de violences à légard de sa mère sera perturbé dans sa relation avec lautre sexe et risquera de reproduire cette violence. Mais, heureusement, le planning est aussi un lieu où de nombreuses jeunes filles heureuses et épanouies passent juste chercher un moyen de contraception. Dans tous les cas, cest un endroit où « La liberté prend corps », slogan qui saffiche dans lentrée.
Katia Rouff
[1] Planning familial de Seine-Saint-Denis - 2, allée Hélène Boucher - 93420 Villepinte. Tel. 01 43 83 63 88
[2] GAMS - 66, rue des Grands-Champs -75020 Paris. Tel. 01 43 48 10 87
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