Les 28 et 29 septembre 2002, lassemblée générale du Comité national de liaison des régies de quartier (CNLRQ) [1] se réunissait à Dourdan, dans la région parisienne. La situation politique et sociale des 140 quartiers concernés par une implantation de régie y était largement évoquée. Mais dans les esprits, était présent le fait que pour la première fois, le Comité sétait résolument engagé lors des dernières élections présidentielles en appelant « tous ses militants, bénévoles ou salariés, et au-delà, tous les habitants des quartiers populaires à repousser les thèses xénophobes, extrémistes, excluantes ». Une nouvelle dimension avait bel et bien émergé là.
En effet, lenjeu est de taille. Vis-à-vis du thème de linsécurité, récemment mis à toutes les sauces électorales et dont on voit parfois actuellement avec effarement de quelle utilisation démagogique il peut faire lobjet , il sétait agi de prendre position le plus clairement possible : « lorsque lon parle de linsécurité de tel quartier ou dans tel autre, de la dégradation de lenvironnement ou de loisiveté ou désinvolture des jeunes », réajustait une adresse du CNLRQ aux candidats aux élections législatives, « on devrait immédiatement parler de linsécurité économique dans laquelle sont maintenues bon nombre de structures de terrain. On devrait parler du peu de perspectives de sortie de crise pour les plus exclus des habitants, de lenclavement de certaines zones
». Six grandes questions étaient posées à chaque postulant, concernant laccès à lemploi, la vie citoyenne, les discriminations, le désenclavement des quartiers ou lassociation des habitants à la politique de la Ville.
Alors, comment définir aujourdhui, fin 2002, la régie de quartier ? Structure dinsertion professionnelle de proximité, outil de redynamisation économique locale, elle a, plus que jamais, pour objectif de créer de lactivité économique solidaire, du lien social, de la citoyenneté. Le plus souvent, elle associe collectivité locale, bailleurs sociaux et habitants pour la gestion dun territoire précis. Prenons quelques exemples : ici, en Loire-Atlantique, une régie de quartier entretient quotidiennement les abords dun immeuble composé de 670 logements et de 50 sociétés en triant et recyclant les déchets ; là, à la Réunion, on reconstruit ensemble après un cyclone. Là encore, à Poitiers, trois salariés dune régie sont allés transmettre leur savoir-faire en matière de construction de triporteur auprès dartisans du Cameroun
Ici ou là, on organise des actions anti-graffiti, on embauche une « médiatrice de lien associatif » pour mieux monter des projets communs, et on identifie toujours les besoins des habitants.
Certaines villes, qui en auraient pourtant eu le plus grand besoin, ont mis du temps à accepter lémergence de tels dispositifs. Actuellement, dans la seule régie de quartier parisienne, celle des Amandines, des projets de réhabilitation et daide aux habitants sont mis au point, intégrant des bénéficiaires du RMI, des chômeurs de longue durée et
des jeunes. Un jardin de voisinage a ainsi récemment été réalisé, avec possibilité pour plusieurs dizaines dhabitants de planter, de jardiner, de produire des fleurs ou des légumes. Des fresques éphémères ont été peintes, et lexpérience doit être reconduite ; des bals, des vide-greniers, des marchés occasionnels (une brocante aux plantes, fin septembre) et des repas de quartier sont régulièrement organisés.
En outre, les fondations dune deuxième régie parisienne sont en train de sélaborer actuellement : dans le XIXème arrondissement, une association de préfiguration sest mise en place. Louverture dun espace daccueil, dinformation et de conseil est ainsi prévue prochainement. Comme toutes les autres, cette nouvelle régie entend participer pleinement à lamélioration des conditions de vie des habitants de ce quartier dit sensible, en sappuyant sur la création demplois de proximité pour les personnes en difficulté.
Qui plus est, une convention a été signée il y a peu entre la mairie de Paris qui semble vraiment vouloir combler son retard en la matière et CNLRQ. Il sagit daider des acteurs à monter des projets, à harmoniser les partenariats, à mobiliser les synergies, que celles-ci émanent des habitants, des associations, des bailleurs sociaux ou des mairies darrondissement. Avec, à terme, lémergence prévue dune dizaine de régies.
Signe encore de cet élan et de cet intérêt municipaux naissants, une rencontre intitulée Les régies de quartier : pour une double démarche dinsertion (expériences, méthodes, réflexions) avait été organisée, mi-juillet, à lHôtel de Ville. Lauteur du Guide pratique et méthodologique des régies de quartier, Marc Hatzfeld, y avait développé les notions primordiales de partenariat élus, bailleurs, habitants , dimplication citoyenne et dutilité sociale (notons dailleurs que cet ouvrage revenait, en septembre, relooké et mis à jour après cinq ans sous un nouveau titre Tisser le lien social).
Alors, un usager co-gestionnaire de son territoire ? Lenjeu est de taille et, en termes de démocratie participative, laventure est en marche.
Joël Plantet
[1] CNLRQ - 47-49, rue Sedaine - 75011 Paris. Tél. 01 48 05 67 58.
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