Le pavillon attribué par la direction de létablissement est excentré par rapport au reste de lhôpital. Il est adossé à une colline et est entouré dune importante végétation. Le service dispose dune place suffisante : un étage avec six chambres pour les garçons et un autre pour autant de filles. Au rez-de-chaussée une vaste salle dactivité où lon peut trouver baby-foot, table de ping-pong, ainsi que des équipements de musculation. Le personnel dispose de bureaux répartis à chacun des étages. Lieu important de lunité : une vaste terrasse-jardin où lon mange lété, où lon joue, où lon fume, où lon peut sisoler pour avoir un entretien particulier. Travaille ici une équipe hospitalière classique : un médecin généraliste et un médecin psychiatre, un cadre infirmier, onze infirmiers, un psychologue (à 80 %), une psychosomaticienne (à 50 %), quatre aides-soignantes et quatre ASH quest venue renforcer une assistante sociale (50 %). Jusque-là, rien que de très ordinaire. Sauf que la SIPAD [1] bénéficie en plus de deux éducatrices de la PJJ, dune enseignante de léducation nationale (à 50 %) et que le conseil général a donné son accord pour y détacher bientôt deux travailleurs sociaux de ses services. Que viennent donc faire dans le champ du sanitaire des professionnels issus de la pédagogie et du secteur socio-éducatif ? Avant de décrire leur intervention et dexpliquer leur implication, il faut au préalable décrire le principe de fonctionnement de lunité.
Le jeune qui est accueilli ici est âgé de 12 ans à 19 ans (âge moyen dadmission : 15 ans). Les troubles dont il souffre ne sont pas forcément identifiés à une pathologie psychiatrique dûment répertoriée dans les nosographies officielles. Cela se manifeste, le plus souvent, au travers de conduites auto-agressives (tentatives de suicide, toxicomanie, problèmes nutritionnels
) ou hétéro-agressives (agression des personnes, dégradation des biens, rejet de toute autorité). Ces jeunes sont fréquemment en rupture avec leur famille ou avec les institutions qui les ont accueillis successivement et qui sont à bout de souffle. Ils sont confiés à la SIPAD par leurs parents, par le juge des enfants, par une mesure administrative du conseil général ou par le préfet (au titre dune hospitalisation doffice). Le séjour qui sétend sur plusieurs semaines (durée moyenne : un mois et demi) a pour objectif de réaliser un bilan médico-éducatif devant déboucher sur la mise en route dun projet thérapeutique et dun projet dorientation socio-éducatif. Ladhésion du jeune nest pas la condition première de son admission. Nous sommes bien ici dans une unité fermée. Les portes daccès disposent de serrures. Les couloirs sont sous surveillance vidéo. La terrasse-jardin est entourée par un grillage de deux mètres de haut. La fugue, « agir » classique de ladolescent reste cependant considérée comme un outil de travail au quotidien. Lorsque le jeune entre en période de trop grande confusion lamenant à des comportements dangereux pour lui comme pour les autres, le choix a été fait de ne pas le garder à la SIPAD, afin déviter tout effet de contamination avec dautres jeunes ou dagressivité avec le personnel. Il est alors orienté vers une unité voisine réservée aux malades violents (appelée lUnité pour malades agités et perturbateur). Ce placement en situation disolement nest pas une sanction : cest un acte médical, relevant de la prescription dun médecin. Il doit en outre, être bref, provisoire et accompagné.
Chaque jeune admis à la SIPAD est donc avant tout là pour être observé : il rencontre tous les professionnels qui y travaillent. Les soignants, bien entendu, qui doivent fournir leurs observations sur le comportement et sur la personnalité des adolescents présents sous langle de la santé, de la psychiatrie, de la psychologie, de la psychomotricité et dun quotidien pris en charge par les infirmiers et les aides soignants. Mais les données sociales et éducatives sont tout autant importantes. Lenseignante est là surtout pour réconcilier avec la démarche dapprentissage, évaluer les compétences acquises et les mécanismes de blocage. Lassistante sociale fait le point sur la situation familiale. Les éducatrices apportent, quant à elles, leur éclairage sur des notions comme le rapport établi à ladulte, les relations avec les autres jeunes, les réactions au corps, aux consignes, à la prise de risque ou à la juste mise en danger. Support de cette observation-évaluation : une multitude dactivités qui sert dune part à répondre à lhyper-activité et à lagressivité des jeunes patients et dautre part à les placer en situation de socialisation et dévaluation spécifique (comme par exemple, observer les modifications relationnelles en situation de risque contrôlé). Certaines activités sont proposées au sein même de lhôpital : les ateliers darthérapie ou dergothérapie de létablissement sont largement utilisés. Dautres ont lieu à lextérieur : équithérapie, voile, karting, cannyonning, VTT, escalade
La SIPAD fonctionne en interne dans une logique de collaboration entre les différents intervenants. Mais cette coopération est aussi largement développée avec les institutions extérieures. En fait, un jeune nest admis ici quà la condition expresse que sa sortie soit travaillée dès le premier jour de son entrée. Un engagement écrit est dailleurs demandé à ladulte qui propose ladmission du jeune. Celui-ci « sengage à lissue des quinze premiers jours à reprendre ladolescent. Sous réserve de laccord du médecin responsable du SIPAD, le séjour peut-être prolongé par tacite reconduction tous les quinze jours. » La décision de sortie répond à trois critères principaux : une rémission symptomatique qui soit acceptable, la garantie dun suivi par le réseau et les possibilités dintégration familiale et sociale. Si la SIPAD ne peut garder indéfiniment un jeune, tout est néanmoins mis en uvre pour que celui-ci ne se retrouve pas dans la nature en sortant de lunité. Les équipes qui en assuraient le suivi sont sollicitées dès le jour de son arrivée pour préparer son orientation. Il ne sagit pas pour la SIPAD de trouver une solution à leur place, mais de créer une dynamique de coopération en vue de lélaboration dun projet fédérateur. Loption prise relève donc dune prise en compte du jeune : son contexte de vie et la dimension psychosociale sont des facteurs qui sont donc aussi importants que sa souffrance psychique.
En deux années de fonctionnement et environ 90 jeunes accueillis, la SIPAD a fait la preuve de son utilité et de sa pertinence : lunité ne désemplit pas. Le cloisonnement des interventions a montré ses limites. Cette expérience innovante est lillustration de la possibilité pour le champ sanitaire et le champ social et éducatif de se rencontrer dans la perspective dun partenariat efficace, sans quaucun des deux ne se substitue à lautre.
Jacques Trémintin
[1] SIPAD (Docteur Roure) - 87, avenue Joseph Raybaud - 06009 Nice cedex 1. Tél. 04 93 13 57 60
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