Numéro 628, 4 juillet 2002

« Les conseils de la jeunesse font poser un regard positif sur les nouvelles générations »

Pour Clémentine Autain adjointe au maire de Paris, chargée de la jeunesse, l’assimilation jeunes/délinquants est dans trop de têtes. On peut changer les mentalités en donnant la parole à tous les jeunes sans exeption


Comment est née l’idée de conseils de la jeunesse ?

Les conseils de la jeunesse ont été développés, à l’échelon départemental et national, par l’ex-ministre de la jeunesse et des sports, Marie-Georges Buffet. L’objectif était avant tout de connaître les aspirations des jeunes pour lesquels sont élaborées les politiques publiques. C’était un moyen pour la ministre de les rencontrer et de leur donner la parole. À Paris, nous avons lancé les conseils de la jeunesse pour favoriser le dialogue entre les jeunes et les élus et pour participer au nécessaire éveil à la citoyenneté, qui passe par une familiarisation avec les processus de la prise de décision publique. Ces instances permettent également de faire participer les jeunes à la vie politique municipale. Nous estimons qu’ils ont leur « mot à dire » sur ce que l’on fait pour eux et à donner leur opinion sur toutes les questions qui les regardent : l’environnement, la santé, l’emploi, le logement, la culture…

Ces structures concernent-elles également la jeunesse dite défavorisée des quartiers difficiles ?

Évidemment ! Tous les jeunes sont invités. Je pense qu’il faut lever les stéréotypes et les idées reçues sur les jeunes des quartiers dits sensibles. Nous avons une image très négative de la jeunesse et l’assimilation jeunes/délinquants est dans trop de têtes. Les conseils de la jeunesse peuvent faire poser un regard positif sur les nouvelles générations et mettre en valeur leurs qualités, comme la créativité par exemple. D’ailleurs, lors du lancement des conseils de jeunesse, le 12 mars dernier, dans les salons de l’Hôtel de ville à Paris, de nombreux jeunes issus des quartiers sensibles étaient présents, invités par les éducateurs de prévention. Je crois qu’ils étaient contents que la mairie leur ouvre enfin ses portes et qu’ils puissent directement poser leurs questions aux élus.
Bien sûr, ces conseils de la jeunesse n’ont pas été élaborés pour les seuls adolescents en difficulté. Ils sont à destination de tous les jeunes, sans aucune distinction et nous avons la volonté de veiller à créer une vraie mixité sociale.

Quelles sont alors les principales problématiques exprimées par ces jeunes lors de ces conseils ?

Comme les conseils de la jeunesse se mettent progressivement en place, nous n’avons pas encore d’élément précis de diagnostics. Mais nous savons que beaucoup de jeunes qui participent à ces conseils expriment leurs difficultés quotidiennes en termes d’emplois ou de logements par exemple. Ils sont aussi très sensibles aux questions de sports et de culture. Notre but n’est pas de répondre à des problématiques individuelles, mais de trouver avec eux des réponses collectives qui, in fine, apporteront des réponses individuelles. Notre démarche est de les amener à une approche collective des problèmes qu’ils rencontrent.

Existe-t-il ce type de conseils de la jeunesse partout en France ?

Non. Pour autant, la démarche prend depuis une dizaine d’années une vraie ampleur. Nous évoluons encore dans un cadre expérimental et la volonté politique et les moyens de fonctionnement ne sont pas toujours à la hauteur de l’enjeu. Les expériences sont très diverses d’une ville à l’autre, d’un département à l’autre. L’ANACEJ (Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes) recense ces diverses tentatives et aide de nombreuses collectivités dans leur démarche. La réussite d’un conseil de la jeunesse réside en grande partie dans la capacité des élus à prendre en compte la parole des jeunes. La méfiance des jeunes à l’égard des politiques est importante et, s’ils se sentent instrumentalisés, ils se détournent des conseils.

Comment les travailleurs sociaux peuvent-ils contribuer à la réussite de ces conseils ?

Ils constituent des relais fondamentaux. C’est pourquoi nous avons invité les animateurs et les éducateurs parisiens lors du lancement des conseils de la jeunesse à Paris. Nous souhaitions les sensibiliser au concept afin qu’ils puissent relayer dans la jeunesse l’intérêt de participer à de telles instances.
En outre, à Paris, nous avons mis des moyens financiers et humains qui font cruellement défaut dans la plupart des conseils de la jeunesse. C’est une des clefs de la réussite. Nous avons un animateur par arrondissement, un local, et des moyens pour des projets coélaborés avec les jeunes.

Propos recueillis par Guy Benloulou


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