Comment est née lidée de conseils de la jeunesse ?
Les conseils de la jeunesse ont été développés, à léchelon départemental et national, par lex-ministre de la jeunesse et des sports, Marie-Georges Buffet. Lobjectif était avant tout de connaître les aspirations des jeunes pour lesquels sont élaborées les politiques publiques. Cétait un moyen pour la ministre de les rencontrer et de leur donner la parole. À Paris, nous avons lancé les conseils de la jeunesse pour favoriser le dialogue entre les jeunes et les élus et pour participer au nécessaire éveil à la citoyenneté, qui passe par une familiarisation avec les processus de la prise de décision publique. Ces instances permettent également de faire participer les jeunes à la vie politique municipale. Nous estimons quils ont leur « mot à dire » sur ce que lon fait pour eux et à donner leur opinion sur toutes les questions qui les regardent : lenvironnement, la santé, lemploi, le logement, la culture
Ces structures concernent-elles également la jeunesse dite défavorisée des quartiers difficiles ?
Évidemment ! Tous les jeunes sont invités. Je pense quil faut lever les stéréotypes et les idées reçues sur les jeunes des quartiers dits sensibles. Nous avons une image très négative de la jeunesse et lassimilation jeunes/délinquants est dans trop de têtes. Les conseils de la jeunesse peuvent faire poser un regard positif sur les nouvelles générations et mettre en valeur leurs qualités, comme la créativité par exemple. Dailleurs, lors du lancement des conseils de jeunesse, le 12 mars dernier, dans les salons de lHôtel de ville à Paris, de nombreux jeunes issus des quartiers sensibles étaient présents, invités par les éducateurs de prévention. Je crois quils étaient contents que la mairie leur ouvre enfin ses portes et quils puissent directement poser leurs questions aux élus.
Bien sûr, ces conseils de la jeunesse nont pas été élaborés pour les seuls adolescents en difficulté. Ils sont à destination de tous les jeunes, sans aucune distinction et nous avons la volonté de veiller à créer une vraie mixité sociale.
Quelles sont alors les principales problématiques exprimées par ces jeunes lors de ces conseils ?
Comme les conseils de la jeunesse se mettent progressivement en place, nous navons pas encore délément précis de diagnostics. Mais nous savons que beaucoup de jeunes qui participent à ces conseils expriment leurs difficultés quotidiennes en termes demplois ou de logements par exemple. Ils sont aussi très sensibles aux questions de sports et de culture. Notre but nest pas de répondre à des problématiques individuelles, mais de trouver avec eux des réponses collectives qui, in fine, apporteront des réponses individuelles. Notre démarche est de les amener à une approche collective des problèmes quils rencontrent.
Existe-t-il ce type de conseils de la jeunesse partout en France ?
Non. Pour autant, la démarche prend depuis une dizaine dannées une vraie ampleur. Nous évoluons encore dans un cadre expérimental et la volonté politique et les moyens de fonctionnement ne sont pas toujours à la hauteur de lenjeu. Les expériences sont très diverses dune ville à lautre, dun département à lautre. LANACEJ (Association nationale des conseils denfants et de jeunes) recense ces diverses tentatives et aide de nombreuses collectivités dans leur démarche. La réussite dun conseil de la jeunesse réside en grande partie dans la capacité des élus à prendre en compte la parole des jeunes. La méfiance des jeunes à légard des politiques est importante et, sils se sentent instrumentalisés, ils se détournent des conseils.
Comment les travailleurs sociaux peuvent-ils contribuer à la réussite de ces conseils ?
Ils constituent des relais fondamentaux. Cest pourquoi nous avons invité les animateurs et les éducateurs parisiens lors du lancement des conseils de la jeunesse à Paris. Nous souhaitions les sensibiliser au concept afin quils puissent relayer dans la jeunesse lintérêt de participer à de telles instances.
En outre, à Paris, nous avons mis des moyens financiers et humains qui font cruellement défaut dans la plupart des conseils de la jeunesse. Cest une des clefs de la réussite. Nous avons un animateur par arrondissement, un local, et des moyens pour des projets coélaborés avec les jeunes.
Propos recueillis par Guy Benloulou
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