Lintroduction du concept de reconnaissance de la validation des acquis de lexpérience va-t-il modifier les modules de formation initiale et de formation continue des travailleurs sociaux ?
La loi de modernisation sociale parle de Validation des acquis de lexpérience (VAE) et prévoit que toute personne pouvant justifier dau moins trois ans dexpérience salariée, non salariée ou bénévole est en droit de faire valider les acquis de son expérience en vue de lobtention de tout ou partie dun diplôme (ou dune certification reconnue par un ministère ou une branche professionnelle). Cette validation sera attribuée par un jury officiel à partir de référentiels de connaissances et de compétences.
Concernant les diplômes et les formations du secteur social, il est évident que cela va profondément modifier les cursus de formation initiale même sil est prudent dattendre les décrets dapplication de la DGAS. Dores et déjà lexpérimentation VAP (Validation des acquis professionnels) concernant les AMP a montré la nécessité de construire des parcours personnalisés. Il va sagir dun véritable défi pour les organismes de formation qui les renvoie à leur capacité à imaginer des parcours individualisés de formation. En effet, en fonction de son expérience reconnue à travers la validation - tel éducateur faisant fonction, par exemple, sera dispensé pour obtenir son DEES dune partie plus ou moins importante des UF qui composent le programme. Cest lintroduction de la formation à la carte qui va obliger à penser lacte de formation avec beaucoup de souplesse. Les risques financiers et pédagogiques sont importants, lenjeu est de taille.
Il va être à ce sujet très intéressant de suivre les travaux du comité de pilotage dit « VAE (P) DEES » qui réunit en partenariat Promofaf, la DGAS, lAforts et le GNI ainsi que les positions que prendra la branche professionnelle
À terme le marché de la formation continue va-t-il se caler dans le social sur le mode entrepreunarial ?
Cest vrai que les organismes de formation fonctionnent comme des entreprises au sens où ils sont amenés à déployer des stratégies en fonction des environnements, à développer des logiques de marketing, à innover, à sadapter sils ne veulent pas disparaître. Pour autant sommes-nous dans une logique exclusivement entrepreunariale ? Oui, si les organismes, quels quils soient, ne voient dans la formation continue quune manne financière et commerciale qui ferait fi dune articulation avec un projet social
Oui encore, sils agissent isolément.
Par contre je pense que les centres de formation continue sont dans une tout autre logique si, avec les associations qui les gèrent, ils se positionnent politiquement et stratégiquement par rapport aux enjeux auxquels est confronté le secteur social et médico-social aujourdhui. Les mutations du travail social et les transformations quelles engendrent en matière de qualifications et de compétences obligent les organismes à prendre position, à sortir dun rôle uniquement gestionnaire. Les centres de formation continue, parce quils disposent de beaucoup plus de souplesse dans loffre et lorganisation de la formation que dans le cadre de la formation initiale, doivent être précurseurs et force de proposition pour permettre ladaptation des salariés et des cadres aux nouvelles formes dintervention sociale qui sannoncent.
Quels sont les risques de dérive que peut entraîner la loi sur la fiscalité des associations ?
Voilà encore un bon exemple de la nécessité pour les organismes de penser leur activité autrement que de manière purement gestionnaire et individualiste. Personne ne conteste le bien fondé de la circulaire du ministère des Finances sur la fiscalisation des associations. Cependant la manière dont elle est interprétée par les services fiscaux déconcentrés laisse apparaître des décisions qui sont radicalement différentes selon les départements. Ainsi certains organismes, menant des actions analogues, sont totalement défiscalisés, dautres voient leurs activités de formation soumises aux impôts sur les sociétés ou à la taxe professionnelle.
Situations ubuesques où lon risque de voir des associations se trouver, entre elles, en position de concurrence déloyale car contraintes de proposer des prestations semblables à des coûts sensiblement différents.
Quen est-il de la démarche qualité en matière de formation continue ?
À ma connaissance il ny a aucune obligation pour un organisme de formation à engager une démarche qualité. Cependant depuis le livre blanc de Nicole Pery, la démarche qualité pour tous les organismes de formation, quel que soit le secteur professionnel, devient une réelle nécessité. Ce qui est évident, aujourdhui, cest quil ne peut y avoir de formation continue dans le secteur social qui ne soit articulée sur une volonté forte de produire des prestations de qualité et que cela soit garanti et régulièrement évalué par des organismes indépendants. Dune certaine manière, on peut dire quen matière de démarche qualité, les organismes de formation du secteur doivent montrer lexemple à un moment où le secteur social et médico-social est très fortement convié à développer ses propres démarches et à entrer pleinement dans des processus dévaluation tant interne quexterne.
La création dun observatoire du marché de la formation continue savère-t-elle indispensable ?
Quil sagisse de lévaluation des besoins ou des prestations offertes, le marché de la formation continue dans le secteur social est rendu difficilement lisible du fait du nombre dorganismes, de la diversité des actions proposées, de létendu des publics auquel il sadresse (des jeunes en insertion professionnelle aux cadres confirmés en passant par les travailleurs sociaux, personnels soignants et autres emplois-jeunes
)
Nous sommes face à un système extrêmement complexe qui sétend de tous petits organismes à de grandes universités en passant par pratiquement toutes les écoles de travail social.
Faut-il pour autant créer un observatoire ? Des outils existent, lAFORTS à travers la CAFOR (Commission dactivités de formation et de recherche) que je co-anime, se préoccupe de cette question, la DGAS sapprête à lancer pour 2002 une étude sur loffre de formation continue des centres de formation des travailleurs sociaux.
Il est de toute évidence nécessaire de rendre plus claire, plus transparente loffre de formation, mais également les grandes tendances qui se dégagent et qui vont se faire jour dans le cadre de lapplication des schémas régionaux et des (nouvelles) orientations des OPCA. Naturellement, il est nécessaire dinterroger ces tendances en lien avec les mutations du travail social, lévolution des politiques publiques et de la législation.
Propos recueillis par Guy Benloulou
(1) François Noble est également éducateur spécialisé. Il est titulaire dun DESS en politiques sociales et stratégies de direction. Il est chargé de formation, permanent à lANDESI (Association nationale des cadres du social, gère un centre de formation permanente et supérieure). Il est co-animateur de la Commission dactivités de formation et de recherche (CAFOR) sur la formation continue à lAFORTS.
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