Quels sont les tenants et les aboutissants des contrats locaux de sécurité ?
Il y a actuellement 568 CLS déjà signés et 208 en préparation. Mais il faut noter quun certain nombre dentre eux sont spécifiques à des réseaux de transports, notamment en région parisienne, sur des lignes RATP ou SNCF banlieues. Cest la circulaire interministérielle du 28 octobre 1997 qui est lacte fondateur des contrats locaux de sécurité, et les enjeux reposent sur le fait quil appartient à lÉtat de faire appliquer les prérogatives régaliennes dont la sécurité des personnes. Doù la présence de celui-ci dans ces comités, mais comme il ne peut tout faire seul, lÉtat sappuie sur un partenariat avec les communes et tous les acteurs économiques et sociaux à quelque échelon que ce soit mais qui cependant peuvent avoir un impact sur la sécurité (les transporteurs, les commerçants, les bailleurs sociaux
.).
Lobjectif est principalement de sortir de léternel dilemme entre prévention et répression ; de bien intégrer et prendre en compte la citoyenneté, le rôle des parents, la police, la justice de manière à apporter des réponses concrètes au plus près des besoins des personnes.
Compte tenu des récents chiffres publiés sur laugmentation des actes de délinquance, peut-on sinterroger sur lefficacité de tels centres de réflexions ?
Ces chiffres de laugmentation de la délinquance font les délices des journalistes et des sociologues qui ne vont pas se priver de les analyser. Une récente évaluation des CLS, faite en octobre 2001 par une mission dinspection de ladministration, montre que si lon ne peut déduire de résultats « positifs » en matière de délinquance, on observe des réponses pénales plus importantes et mieux coordonnées. Cest important, car lun des buts est aussi de mettre en synergie des professionnels et déviter les dérives que lon a connues par le passé avec dun côté la justice, de lautre les travailleurs sociaux et au milieu les policiers et les familles etc. Un autre paramètre est dapprendre aux gens à mieux travailler ensemble, à se connaître, à se parler dautant que notre but est davoir encore plus de résultats sur le long terme. Cela avait commencé avec les conseils communaux de la prévention de la délinquance, mais on navait pas encore mesuré quil fallait partir de la prévention pour aller jusquà la répression dans la continuité.
Daucuns arguent aussi du fait que les problèmes éthique et déontologique des différents corps de métier représentés ralentissent leur fonctionnement ?
Oui, le problème posé par le décloisonnement des professions réside dans le partage de linformation. Cette question du « secret partagé » nécessite de laisser le « temps au temps ». Nous sommes partis de positions très différentes avec, il faut bien le dire, une certaine crispation. Il est évident quentre assistantes sociales, éducateurs de prévention, policiers et magistrats, ce nest pas la même culture. Il y a donc tout un apprentissage des uns et des autres dans les missions et les fonctions de chacun qui parfois encore pose problème. Lessentiel consiste à faire la part des choses entre le vrai secret et celui qui nen est pas un. Le Premier ministre a annoncé en clôture des journées sur les CLS la mise sur pied dun travail piloté par le forum européen de la sécurité, mais il faut savoir que les uns et les autres ne sont pas obligés de donner des informations nominatives, mais peuvent parler, cas par cas, CLS par CLS, du partage des responsabilités autour dune information considérée comme confidentielle. En fait cette question du secret est réelle, mais ceci étant, il ne faudrait pas non plus en faire une affaire dÉtat. Bien sûr, il apparaît aussi que cette notion a été mise en avant tout simplement parce que certains de ces professionnels navaient pas envie de collaborer avec les autres. Dailleurs il y a plus de tension avec les magistrats du siège, notamment les juges des enfants que paradoxalement avec des éducateurs de rue ou des assistants sociaux.
Dans cette affaire, il faut comprendre que linformation nominative est nécessaire car il est bon de savoir comment la police perçoit tel ou tel jeune, léducation nationale également, et lassistant social aussi. Cette mise en phase bénéficie dailleurs à lusager. Il est donc urgent de sortir de ce dilemme prévention/répression.
Quel est en final lavenir et les impératifs pour ces CLS ?
Les CLS ont le mérite de travailler à un niveau territorialisé, voire de quartier, donc de proximité, et de prendre en compte une globalité et non pas de ne sattacher quà la prévention, quà léducatif ou quà la répression. Il sagit de tenir compte de tous ces paramètres et de les mettre dans un lieu cohérent et logique. En outre, ils favorisent aussi la démocratisation des questions de sécurité puisque les associations, les habitants, les gardiens dimmeubles y participent aussi. Cest aussi un ensemble qui au niveau local agit sur tous les paramètres liés aux sentiments dinsécurité, et à une réalité délinquantielle.
Propos recueillis par Guy Benloulou
| Revenir à l'index, à la page de garde. |
Droits de reproduction et de diffusion réservés © Lien Social 2000 |