Fin août 2001, environ trente mille Tsiganes sétaient réunis dans la Meuse et avaient souligné la mauvaise application des lois concernant leurs conditions daccueil dans les communes ; quelques jours après, le traditionnel pèlerinage des gens du voyage à Lourdes avait cruellement illustré les tensions entre Tsiganes et riverains, les dix terrains prévus à cet effet étant insuffisants pour accueillir toutes les caravanes.
Fin décembre 2001, le président de la commission nationale consultative des gens du voyage (lire encadré), Jean Blocquaux, rendait son rapport annuel à la ministre de lEmploi et de la Solidarité, Élisabeth Guigou (1). Lécrit recense patiemment les difficultés rencontrées « toujours du même ordre » par les Tsiganes : nombreuses discriminations dans les domaines de la scolarisation, la formation professionnelle ou linsertion économique, absence de politique due à la méconnaissance des besoins sociaux des gens du voyage, pas de prise en compte de leur problématique lors de lélaboration des programmes, qui deviendront inapplicables
Le constat est sévère. La commission formule alors quelques propositions : simplification et modernisation des titres de circulation, généralisation des livrets de suivi scolaire, formation de réseaux de soutien.
Mais ses travaux ne sont pas terminés : pendant cette année 2002, la commission se propose de poursuivre la réflexion sur lhabitat des gens du voyage. « Des notions comme celle « dhabitat adapté » assurant la transition entre litinérance et la sédentarisation ou « dhabitat caravane » dont la reconnaissance ouvrirait droit à un certain nombre de prestations sociales » seront approfondies, et doivent déboucher sur des propositions daction dici janvier 2003.
Les virtualités de la loi Besson
À loccasion de la parution de la revue Études Tsiganes consacrée à la loi Besson (2), à la fin de lannée 2001, lUnion nationale des institutions sociales daction pour les Tsiganes (Unisat) avait organisé un point presse sur laccueil et lhabitat des gens du voyage. LUnion régionale des associations de la région Ile-de-France pour la promotion des Tsiganes et autres gens du voyage (URAVIF) (3) y avait alors lancé quelques propositions. Elle réclamait davantage de cohérence dans lélaboration et le contenu des schémas départementaux , mais appelait aussi à la suspension de toute expulsion et dinterdiction de stationner pendant une période transitoire de quatre années, et au développement des « pratiques de négociation de séjours temporaires » dans lattente des réalisations proposées dans le cadre du schéma.
Le droit républicain, quand il sest sagi de statuer sur la question des Tsiganes, a souvent manqué de pertinence, voire dintelligence, en perpétuant soit un discours sécuritaire, soit un discours assimilateur, lun nempêchant dailleurs pas lautre. La loi Besson va-t-elle insuffler lamorce dun changement ? « On veut croire que lajout du mot habitat, dans son intitulé », espère lUnisat, « nest pas fortuit et porte en lui des virtualités de restructuration, dans les faits, du discours juridique appliqué jusqualors aux Tsiganes français ».
En effet, le 5 janvier 2002, chaque département aurait dû avoir signé son schéma daccueil ; sont concernées toutes les communes de plus de 5000 habitants. Et chaque schéma départemental prévoit précisément la réalisation, la réhabilitation et lemplacement des aires de stationnement. En principe, une alternative permet soit la construction dans la commune, soit la participation aux financements des municipalités voisines. Aux dernières nouvelles, ils étaient très peu à lavoir fait
Joël Plantet
(1) Rapport disponible auprès de la Commission - 25-27, rue dAstorg - 75008 Paris. Tél. 01 40 56 68 14. mail : igas-mission-gensduvoyage@sante.gouv.fr
(2) « Lhabitat saisi par le droit : les virtualités de la loi Besson du 5 juillet 2000 », Études tsiganes n°15. Études tsiganes Unisat 59, rue de lOurcq 75019 Paris. Tél. 01 40 35 12 17.
(3) URAVIF - 59, rue du lOurcq - 75019 Paris. Tél. 01 42 09 58 94. mail : uravif@wanadoo.fr
| Revenir à l'index, à la page de garde. |
Droits de reproduction et de diffusion réservés © Lien Social 2000 |