Numéro 607, 31 janvier 2002

Les procédures d’accueil en institution

Comment concevoir le livret d’accueil ?

Les institutions sociales et médico-sociales devront désormais présenter dans un recueil leur fonctionnement aux usagers et à leurs familles. Anticipant sur la loi, un IME l’a déjà réalisé en collaboration avec le personnel et les parents


Comme beaucoup d’institutions, l’IME du Val de Sèvre, qui accueille des enfants déficients intellectuels légers et moyens de 6 à 14 ans, disposait d’une petite plaquette cartonnée, relativement simple avec quelques photos, quelques lignes de commentaires et l’organigramme des différents services proposés.
L’idée de produire un document un peu plus conséquent qui serait le fruit d’un travail collectif est née de la conjonction de plusieurs réalités. Il y a d’abord la nouvelle place prise par les enfants et les parents au travers notamment du fonctionnement des conseil d’établissement. Ici, cette instance fonctionne depuis 1991 et les délégués parents y jouent pleinement leur rôle. Les familles ont ainsi pu exprimer leur vécu au moment de l’admission, vécu marqué souvent par le parcours du combattant et des besoins d’information non satisfaits. Il y a eu concomitamment la réflexion sur le droit des usagers qui traverse tout le secteur et qui tient une place centrale dans la réforme de la loi de 1975, en plaçant l’enfant et sa famille au centre de l’action de professionnels. Certains établissements ont pris le parti d’attendre les indications précises que cette loi allait donner quant aux modalités d’accompagnement de la procédure d’accueil. L’IME du Val de Sèvre a fait le choix d’engager ce travail non sous la contrainte et l’obligation, mais dans une démarche dynamique et créative. Cette volonté a permis de faire évoluer le projet : entre l’idée de départ et l’aboutissement, il y a eu tout un cheminement. L’objectif qui a finalement émergé a bien été de répondre à deux soucis : produire un écrit à destination des familles mais aussi rendre compte du travail qui est accompli, remplir un rôle à la fois pratique et pédagogique. La plaquette qui a été produite a répondu à cette double démarche : elle est simple et emploie un vocabulaire abordable aux non initiés mais elle permet aussi d’exposer le fondement de l’action engagée.

Les 12 prestations proposées par l’IME

1. Accueillir et associer les familles à l’élaboration et au suivi du projet individualisé de leur enfant.
2.Les aider à se reconnaître comme sujet pour devenir acteur de leur développement.
3.Leur offrir une scolarité adaptée et individualisée.
4. Leur permettre d’expérimenter et de développer leurs compétences et leurs capacités cognitives.
5. Leur assurer des enseignements manuels, sportifs et artistiques.
6. Développer les facultés psychomotrices et leur expression verbale et langagière.
7. Leur apporter un soutien moral, affectif et psychologique.
8. Leur assurer un suivi et une vigilance médicale. Promouvoir une éducation à l’hygiène et à la santé.
9. Les prendre en compte dans leur contexte socio-familial en lien avec la famille et les services extérieurs.
10. Leur fournir une prestation hôtelière de qualité, hébergement, restauration dans un environnement sécurisant, stimulant et structurant.
11. Favoriser leur socialisation en développant leurs capacités d’adaptation sociale, d’autonomie et de communication.
12. Les reconnaître comme citoyens et les éduquer à la pratique de cette citoyenneté.

(Extrait du livret d’accueil IME Val de Sèvre)

D’emblée le livret d’accueil s’ouvre sur une profession de foi du directeur, Jean-Louis Bourout : « Notre but est de donner les moyens à l’enfant ou l’adolescent de devenir Sujet, Acteur de son propre développement et Citoyen. » Cet objectif global est décliné en douze prestations offertes par l’équipe interdisciplinaire (voir encadré ci-contre). Pas moins de six pages sont ensuite consacrées au projet d’établissement : la présentation du cadre réglementaire et légal de la déficience intellectuelle débouche sur l’évocation de l’internat et du groupe-classe comme outils éducatifs, thérapeutiques et lieux d’expérimentation. Une place essentielle est consacrée aux relations entre la famille et l’institut. Puis viennent le projet individualisé et sa méthodologie qui s’appuie sur des moyens pédagogiques éducatifs et thérapeutiques. Ce n’est qu’à ce stade du document qu’est proposé un descriptif de la structure et de son organigramme. L’ensemble de ces éléments prend la moitié des vingt pages que comporte la plaquette. L’autre moitié est consacrée à un jeu de questions / réponses : « A quoi sert un IME ? », « Quelle différence entre éducation ordinaire et éducation spécialisée », « Quel est le calendrier de l’Institut », « Le ramassage scolaire », « L’argent de poche est-il nécessaire ? » « Comment puis-je rester en contact avec mon enfant durant la semaine ? » « L’emploi du temps de la journée » etc. en tout une trentaine de thèmes destinés à satisfaire les demandes d’information les plus courantes des familles.
Ce livret d’accueil est dense du fait de la volonté de ses concepteurs d’articuler présentation théorique et réponse aux questionnements. Il est néanmoins aéré grâce à une conception graphique qui utilise de nombreuses photos d’enfants en situation. Il est surtout l’illustration de la volonté affirmée de considérer les familles et leurs enfants comme partenaires d’une démarche commune et non plus comme objet d’une intervention de spécialistes détenteurs de ce qui est bien pour eux. Il ne s’agit plus de se contenter d’expliquer le « comment ça se passe », mais aussi le pourquoi, de donner en quelque sorte du sens à l’action engagée.

Jacques Trémintin

Contact : Jean-Louis Bourout, IME du Val de Sèvre - les Thébaudières Route de Saint Fiacre - 44120 Vertou. Tél. 02 40 34 40 35 Fax : 02 40 34 00 65


Dominique Mérel chef de service éducatif à l’IME du Val de Sèvre

« Toute une réflexion nous a conduit à concevoir l’idée d’un livret d’accueil »

Pourquoi avez-vous pris l’initiative de ce livret d’accueil et comment la réalisation a-t-elle été menée ?

Au départ, il y a la volonté de notre directeur, Jean Louis Bourout, soucieux de mettre en œuvre les orientations de la nouvelle loi sociale, qui reconnaît une place fondamentale aux enfants et aux familles. L’équipe de direction, très sensible à cette question, a commencé à se renseigner sur ce qui existait déjà. Nous avons constaté que peu d’établissements s’étaient penchés sur ce sujet. Nous avons lu des ouvrages comme celui de Roland Janvier et d’Yves Matho (1). Nous avons aussi bénéficié des conseils du CREAI des pays de Loire. Chaque année, l’établissement proposant deux journées institutionnelles de réflexion à tout le personnel, nous avons invité en 1998, Jean-René Loubat (psychosociologue, par ailleurs collaborateur à Lien Social) à venir nous parler de l’évaluation et du projet individualisé. Son apport a considérablement enrichi notre démarche, nous amenant à définir, à partir de la mission qui nous incombe, ce qu’il dénomme des prestations offertes aux usagers, en l’occurrence ici, les enfants et leurs familles. Nous sommes en capacité de décliner nos différentes actions de manière transversale : apprentissage cognitif, socialisation, expression verbale et langagière, soutien moral affectif et psychologique, suivi et vigilance médicale, promotion d’une éducation à l’hygiène et à la santé, reconnaissance et éducation à la citoyenneté, accueil et association des familles. L’idée est que personne n’est “détenteur “d’une prestation au regard de sa fonction. Chaque professionnel, selon qu’il soit éducateur, enseignant, psychologue, psychomotricien… selon sa spécificité et son rôle, met en œuvre ces actions auprès de chaque jeune. Elles servent par ailleurs de support à l’élaboration du projet individualisé éducatif, pédagogique, thérapeutique et social de chaque jeune. C’est une approche plus transversale, pluridisciplinaire et collective. Toute cette réflexion nous a conduit à concevoir l’idée d’un livret d’accueil dont la nécessité s’est progressivement imposée.

Qui a rédigé ce livret d’accueil ?

Nous l’avons rédigé à trois. Le secteur médico-social ne sait pas toujours utiliser les techniques de communication, notamment celles qui consistent à cibler les destinataires que l’on cherche à toucher. Forts de cette conviction, nous avons sollicité une aide extérieure pour nous aider à concevoir la maquette de ce document. Mais, nous nous sommes aussi appuyés sur plusieurs membres de l’équipe pluridisciplinaire. Nous avons volontairement visé une expression écrite épurée. Nous avons consulté les délégués parents du conseil d’établissement pour connaître et prendre en compte leur point de vue. Ils ont pu ainsi parler des points qu’ils souhaitaient voir éclaircis. Nous avons consacré toute une partie sous la forme questions/réponses, à partir des centres d’intérêt qu’ils nous ont indiqués. Ils nous ont proposé des thèmes auxquels nous n’aurions pas pensé. Cela nous a permis de glisser des informations utiles : est-ce une vraie école ? Avec qui l’enfant va-t-il se retrouver ? Quels sont les différents professionnels à intervenir ? Qui fait quoi ? Comment la journée est-elle organisée ? Nous avons veillé à nous mettre à la portée des non-spécialistes qui ne s’y retrouvent pas forcément dans tous les sigles (IME, IR, CCPE, CDES, DRASS, AEMO, ASE…) que nous avons présentés dans un glossaire.

Qui a décidé de la version définitive ?

Nous l’avons fait valider en deux temps. D’abord, nous avons présenté la maquette et le plan en réunion institutionnelle devant tout le personnel. Puis, une fois le texte rédigé, nous l’avons largement diffusé, en proposant à chacun de soumettre les corrections et modifications qu’il souhaitait voir apporter. Les délégués parents ont, eux aussi, été sollicités pour donner leur avis. Nous serons certainement amenés à le réécrire d’ici quelques temps, quand le besoin s’en fera sentir.

Propos recueillis par J.T.

(1) Mettre en œuvre le droit des usagers Roland Janvier et Yves Matho


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