![]() |
||
Cest en ce mois de décembre 2001 que le congrès mondial de Yokohama (Japon) a été censé établir les bases dune coopération internationale pour lutter plus efficacement contre la prostitution infantile. En France, une mission dinformation sur les différentes formes desclavage moderne, menée par les députés Christine Lazerges et Alain Vidalies, avait récemment proposé une série de mesures contre la traite des êtres humains (dont la prostitution des mineurs est une des scandaleuses facettes). Aux États généraux de la protection de lenfance du 15 novembre 2001, le Premier ministre avait rappelé que, même si lexploitation sexuelle des mineurs était interdite par le code pénal, une relation sexuelle contre versement dune rémunération nest toutefois condamnée en droit que si la victime a moins de quinze ans ! Il était donc décidé de créer une nouvelle infraction spécifique, rendant désormais possibles les poursuites à lencontre de clients de prostitués mineurs de plus de quinze ans. Un amendement modifiant dans ce sens la loi sur lautorité parentale était ainsi défendu devant le Sénat, par le gouvernement, le 21 novembre 2001. Par ailleurs premier pays dEurope à faire une telle démarche un site Internet (www.internet-mineurs.gouv.fr) permet depuis peu de dénoncer les contenus à caractère pédophile auprès de la police et de la justice. En effet, la pornographie enfantine devient un marché tellement lucratif sur Internet que le Conseil de lEurope et le Fonds des Nations Unies pour lenfance (UNICEF) ont décidé dunir leurs efforts pour essayer de le réduire. Signée il y a peu par une vingtaine de pays européens mais aussi par les États-Unis, le Japon et le Canada une convention contre la cybercriminalité prévoyait ainsi un chapitre spécifique sur la pédo-pornographie.
Affaire en effet juteuse, donc dangereuse. Selon une étude du même UNICEF, les flux commerciaux engendrés par la pornographie mettant en scène des enfants sont estimés entre deux et trois milliards de dollars (entre 2,2 et 3,3 milliards deuros !) par an
Réalisée en avril sur le moteur de recherche Google, une recherche de sites pédo-pornographiques avait donné, par exemple
450 000 résultats. Depuis dix ans, Internet sest développé à une telle vitesse quaucune réglementation na pu véritablement encore sy adapter : forums électroniques, communautés en ligne et salons de discussion constituent des voies relativement faciles pour accéder à la pédo-pornographie. Alors, cette nouvelle convention européenne contre la cyber-criminalité obligera en principe les États cest une première dans la législation à prendre des dispositions pour interdire la production, la transmission, lobtention et la possession dimages représentant des enfants dans des scènes sexuelles.
Mais concernant lexploitation sexuelle des mineur (e) s, peu de données statistiques existent, plutôt des évaluations. Selon la police, il y aurait ainsi sur le territoire national entre 15 et 20 000 prostitué (e) s, mais chaque année verrait deux mille nouvelles arrivées, dont une majorité constituée de prostitué(e)s occasionnel(le)s. Autre élément important : Europol indique que 44 % des prostituées exerçant en France seraient dorigine étrangère, avec une représentation forte de lAfrique anglophone Sierra Leone, Libéria, Ghana mais aussi, de plus en plus massivement, des pays dEurope de lEst. Et, constat alarmant, les jeunes prostitué (e) s 17-25 ans sont en augmentation. Des mineurs chinois se prostitueraient par exemple situation nouvelle aux alentours des cercles de jeu. Mais le phénomène échappe, encore une fois, à la statistique, les proxénètes arrêtés nexcédant pas quelques dizaines par an. Heureusement, les associations sont en mesure de fournir quelques éléments : la plupart des mineurs se prostitueraient de manière occasionnelle, pour des besoins dargent ponctuels. En toile de fond, cest bien la misère affective, relationnelle et familiale qui prévaut, bien davantage encore que la recherche dargent. Ainsi, la prostitution juvénile denfants de familles installées en France est le plus souvent le signe dune désagrégation familiale et sociale.
De plus les mineurs étrangers sont fréquemment sous le contrôle de réseaux organisés, exploitant tout autant des adultes que des mineurs sans se soucier de leur âge. Le client ? Cest « Monsieur tout le monde », ce qui met en lumière la tolérance, voire laveuglement du milieu social, quoiquune lente évolution soit actuellement perceptible en Europe. Mais celle-ci ne parle pas toujours dune seule voix : les lois dextraterritorialité dont douze pays européens disposent sont différentes quant aux procédures ou aux peines encourues, fragilisant ainsi la recherche des preuves sur place. Il convient par conséquent dharmoniser rapidement les législations européennes, au moins en cette matière.
En outre, laide aux victimes doit être renforcée : en réaffirmant dabord que les victimes sont des victimes, ce qui nest pas le cas encore dans de nombreux pays
Il convient également de souligner encore et encore le caractère criminel de lexploitation sexuelle des enfants : le viol doit rester un crime et lagression sexuelle un délit, quel que soit lâge de la victime et celui de lauteur, à partir du moment où celui-ci dispose du « discernement suffisant ». Mais pour que ces actes puissent être ainsi qualifiés, labsence de consentement de la victime doit être établie, du fait « de la violence, de la menace, de la contrainte ou de la surprise », la contrainte nimpliquant pas nécessairement une notion physique, car elle peut être aussi psychologique. Le viol sans circonstance aggravante est déjà punissable de 15 ans de réclusion criminelle. Sil est commis sur un mineur de moins de 15 ans, il sagit là dune circonstance aggravante qui fait passer la peine encourue à 20 ans de réclusion criminelle. Il en est de même des agressions sexuelles. Les peines encourues sont, dans les mêmes conditions, alourdies.
Latteinte sexuelle (article 227-25 du code pénal, anciennement dénommée attentat à la pudeur) réprime lacte sexuel commis par un majeur sur un mineur de moins de quinze ans sans violence, contrainte, menace ni surprise : la peine encourue est là de cinq ans demprisonnement et de 500 000 F damende. Cest à ce délit que se réfère lexpression « majorité sexuelle », bien que ce ne soit pas le mineur de moins de quinze ans qui soit visé par cette infraction, mais le majeur. Latteinte sexuelle avec versement dune rémunération que cette dernière soit versée directement à lenfant ou à un intermédiaire est punissable de sept ans demprisonnement et de 100 000 francs damende (article 227-26 du code pénal).
Afin de clarifier le cadre juridique et de « faire cesser un certain nombre de confusions gravement préjudiciables à la protection des enfants », la Défenseure des enfants (1), Claire Brisset, préconise dabandonner lexpression de majorité sexuelle dans tous les textes et documents administratifs, dans la mesure où elle semble fixer un interdit au mineur alors que cest le majeur qui est visé par les textes. Elle conseillait également détendre linfraction et les peines qui laccompagnent, lorsquil y a rémunération ou avantage, à toute personne exerçant une atteinte sexuelle sur un mineur quel que soit lâge de ce dernier (jusquà 18 ans) ; nous lavons vu, cest en voie dêtre législativement décidé. Enfin, la Défenseure pense utile de supprimer la possibilité dinvoquer la méconnaissance de lâge de la victime en cas de rémunération ou davantage, afin de faire peser sur lauteur de linfraction une obligation de sinformer. Une telle réforme aurait le mérite de bien distinguer la question des relations sexuelles entre majeur et mineur en dehors de toute contrainte (qui resteraient pénalisées dans le cadre des textes actuels sur latteinte sexuelle) et celle des relations sexuelles impliquant un mineur victime dans le cadre de la prostitution, la rémunération devenant un élément constitutif de linfraction et non une simple circonstance aggravante. Cela, que les faits aient eu lieu en France ou à létranger, lorsquil sagit dauteurs dinfractions de nationalité française ou résidant habituellement sur le territoire national (loi du 17 juin 1998). Il est par ailleurs vivement réclamé le lancement dune enquête épidémiologique pour préciser les contours de la situation, en particulier pour les étrangers victimes des réseaux.
Enfin et ce nest pas le moindre point qui nous concerne il est indispensable de créer des structures spécialisées avec prise en charge psychologique, sanitaire, éducative
pour laccueil de ces mineurs. Ces endroits seraient évidemment sécurisés, et prendraient le mineur en charge après son passage par un « sas durgence ».
Joël Plantet
(1) Défenseur des enfants - 86, boulevard du Montparnasse - 75006 Paris.
| Revenir à l'index, à la page de garde. |
Droits de reproduction et de diffusion réservés © Lien Social 2000 |