Numéro 601, 13 décembre 2001

Une nuit en maraude avec le Samu Social de Paris

En compagnie d’une équipe mobile d’aide

Un peu comme un taxi qui circule en quête de clients, l’équipe mobile d’aide en camionnette sillonne les rues à la recherche de ceux qui ne demandent rien et qui ont besoin de tout. De 21 heures à 5 heures du matin, Mireille Roques a accompagné Dominique le chauffeur, Nadège l’infirmière, François l’éducateur spécialisé qui apportent à des SDF des soins médicaux d’urgence, une couverture, un café ou seulement une parole.


20 heures : Une petite pluie fine me cueille à la sortie du métro. Je me demande comment je vais faire, tout à l’heure, sur le terrain. Mettre une capuche ? Je n’en ai pas. Ouvrir mon parapluie ? Difficile à imaginer… Mais, dans l’immédiat, ma préoccupation est de rejoindre la rue Jeanne Jugan, à la limite du très commerçant XII arrondissement et de la très bourgeoise commune de Saint-Mandé à une encablure du périphérique.
20 heures 15 : En attendant l’arrivée des équipes, je visite les locaux et tout particulièrement le centre Saint-Michel, au premier étage, où un hébergement et des soins infirmiers sont offerts aux SDF présentant des problèmes physiques. Jambe dans le plâtre, vilaine plaie, bronchite, suites opératoires… les personnes accueillies ne sont pas assez atteintes pour être dirigées vers un service hospitalier mais suffisamment pour nécessiter une surveillance sanitaire pendant quelques jours. Elles pourront également profiter de ce temps pour rencontrer un travailleur social.
Un groupe d’hommes est réuni devant la télévision et commente bruyamment l’actualité, tandis qu’un vieux monsieur, à l’écart, garde la tête baissée, l’air infiniment triste : coin de trottoir, bout de couloir : pour lui, sans doute, il est trop tard.

20 heures 30 : Dans la magnifique cave voûtée de ce qui fut, au XVIIIe siècle, un hospice pour nobles déchus, ceux qui vont travailler tout au long de cette nuit se retrouvent pour un « briefing ». Chaque équipe est constituée d’un chauffeur, d’un travailleur social et d’un infirmier, les deux derniers étant obligatoirement des professionnels. Les chauffeurs peuvent être des bénévoles, des « Samaritains » comme sont nommés ceux qui interviennent en renfort des équipes.
Un coordinateur pour le médical et une coordinatrice pour le social donnent quelques instructions, en fonction des personnes rencontrées les jours précédents et des fiches remises par les intervenants : demander à Michel F. le nom de l’assistante sociale qui s’est occupée de son dossier RMI ; apporter un duvet à Nicole ; essayer de convaincre Paul L. de voir un médecin… Les EMA (équipes mobiles d’aide) sont ensuite constituées et trois ou quatre arrondissements attribués à chacune d’elle. Pas d’équipes fixes, pas de secteurs réservés…
C’est ainsi que je me retrouve avec Dominique, le chauffeur, François, le travailleur social et Nadège, l’infirmière, sur le secteur nord est de Paris. J’enfile l’anorak bleu du Samu Social, indispensable pour être tout de suite identifiée par les personnes abordées. Le Samaritain, ce soir, ce sera moi… !

21 heures : Les six camionnettes franchissent une à une le portail et partent chercher les personnes qui ont appelé dans la journée et à qui un hébergement a été réservé. Elles sillonneront ensuite les rues pour aller à la rencontre de ceux qui n’ont rien demandé, ces SDF qui hantent les coins sombres de la Ville lumière et n’ont plus le courage ou l’envie de faire le 115. C’est la « maraude » et le véhicule où j’ai pris place s’y consacrera exclusivement. La maraude, toutefois, peut être « dirigée », c’est à dire répondre à un signalement effectué par un résident, un passant… Pour ce qui nous intéresse, l’appel a eu lieu en début de soirée et fait état de personnes en difficulté dans une petite rue près de la Bastille.
Pendant le trajet, je fais connaissance avec mes compagnons : Dominique, au volant, qui semble connaître Paris comme sa poche, ce qui n’a rien d’étonnant puisqu’il est chauffeur de profession. Il intervient bénévolement au Samu social depuis quelques années, à raison d’une à deux fois par mois ; Nadège, l’infirmière, qui a quitté il y a deux ans la maison de retraite médicalisée où elle travaillait parce que, dit-elle, « depuis un bon moment, je tournais autour de cette idée d’un autre type d’intervention » ; François, enfin, éducateur spécialisé fatigué de l’urgence en foyer, qui a envie de « faire autrement » et qui, depuis trois mois qu’il pratique, constate que ce travail de rencontre et de relation pure est « une pause », une cure de redynamisation…

21 heures 30 : Sur notre route, nous repérons un carton, coincé entre deux piliers pour faire paravent. Dominique s’arrête. « Je surveille la bûche ! » nous rassure-t-il tandis que le froid nous saisit à la sortie du véhicule. La pluie a cessé mais il ne fait pas bon s’attarder dans ce coin livré aux courants d’air. C’est pourtant là que Christian a élu domicile, dans l’encoignure d’un bâtiment de bureaux ; là que nous le découvrons, allongé sous un néon implacable, la capuche de son anorak bien serrée sur la tête et seulement deux pauvres couvertures pour le protéger. Il nous accueille avec le sourire et la conversation s’engage, « naturellement » pourrait-on dire, n’était le caractère incongru de la situation. Camerounais, il est en France depuis longtemps, possède un titre de séjour mais, depuis trois ans, il est sans emploi. Il perçoit le RMI mais ce n’est pas suffisant pour louer un appartement. Quant aux foyers, d’urgence ou non, il n’en veut pas. Il connaît, il a pratiqué : saleté, violence, promiscuité. Lui, ne boit pas, ne fume pas. Il est « clean » et préfère rester là, même si ça l’oblige à partir tôt le matin, au risque de recevoir les insultes, voire les mégots, des salariés qui prennent leur travail… L’année dernière il est retourné au Cameroun enterrer sa mère mais, là-bas non plus, il n’a pas sa place. Alors, autant revenir en France. D’ailleurs, il est très organisé, sait où prendre une douche, laver son linge. Il ne se laisse pas aller, passe de temps en temps au CCAS (centre communal d’action sociale), voit régulièrement un médecin, suit son traitement - il a des problèmes cardiaques - « Vous devez manger souvent froid ? » s’inquiète François. Il le reconnaît, même que cela lui occasionne des troubles digestifs… A ce propos, demande Nadège, veut-il une soupe, un café ? Non, ça ira. Un duvet ? Pas de duvet non plus. Oui, il veut bien nous dire son nom, son âge et même l’adresse du service social qui s’occupe de lui. Et merci de la visite. Si le Samu pourra passer de nouveau, un autre soir ? Sans problème…

22 heures : Après avoir un peu tourné, nous repérons les personnes ayant fait l’objet de l’appel. L’obscurité d’une entrée de parking nous les dissimulait mais, dès qu’elles voient la camionnette ralentir, elles nous font signe. Ils sont trois hommes, deux Polonais et un Allemand. Tout de suite, ce dernier nous montre ses pieds, en faisant des mimiques de douleur. « Il souffre énormément » croit devoir nous traduire l’un des deux autres, un bel homme d’une quarantaine d’année, la barbe impeccablement taillée, vêtu légèrement pour une nuit de novembre mais très correctement, souriant, aimable, cherchant visiblement le dialogue. Il nous dit s’appeler Bogdan et nous présente son compatriote, Pietr, ainsi que le troisième compagnon, Helmut. Nadège entraîne celui-ci un peu à l’écart, le fait asseoir et se déchausser. Odeur des pieds mal lavés, des plaies purulentes, de la macération dans les chaussettes humides, sous le cuir durci des chaussures. Nadège se penche, observe, nettoie succinctement, met une gaze. J’admire la jeune femme qui ne laisse transparaître nul dégoût et qui, lorsque je lui demande si elle est souvent amenée à faire cette sorte de soins, me répond sobrement que « pour ceux qui vivent dans la rue, les pieds sont souvent extrêmement maltraités… » Avec ses trois mots d’allemand et mes deux mots d’anglais, nous parvenons à comprendre l’histoire d’Helmut. Il était peintre et, il y a une quinzaine d’années, il a eu un accident de voiture alors qu’il conduisait. Sa femme et ses enfant sont morts et lui-même est resté plusieurs semaines dans le coma. Il en est sorti, mais la mort ne l’a plus quitté : il montre ses poignets, mime une tentative de suicide… La douleur est là, insurmontable. Quelle a été la vie d’Helmut ces dernières années, nous ne le saurons pas, mais il semble qu’il se soit rendu en Espagne, à vélo, que celui-ci lui ait été volé et qu’il ait poursuivi à pied, jusqu’à Paris.
Pendant que Nadège continue à s’occuper de lui, je rejoins Bogdan et Pietr, en grande conversation avec François. En fait, c’est surtout Bogdan qui tient la vedette, parti dans le récit d’une expédition au Bois de Boulogne, avec sous-entendus coquins et expressions témoignant d’une parfaite maîtrise de la langue française. De lui, par contre, il ne dit rien, sinon qu’il est depuis longtemps en France, qu’il a perdu son emploi, ses papiers… Une famille ? Il élude. Nous n’insistons pas. Pietr, un peu en retrait, s’agace de toute évidence du numéro de son compatriote. François s’en aperçoit, se tourne vers lui. Le dialogue est plus difficile et Bogdan se concentre sur son gobelet de soupe, traduisant du bout des lèvres. Pas de solidarité apparente, tout au plus une origine commune, une galère un moment partagée. François me confirmera que les SDF sont le plus souvent seuls, que les vols et les agressions sont nombreux ; la rue ne rend pas tendre. Pour ce qui est de Pietr, nous parvenons tout de même à comprendre qu’il est veuf, que ses quatre enfants sont en Pologne, chez sa mère, et qu’il passe régulièrement la frontière pour gagner de quoi les nourrir. Il est mécontent car il vient de travailler une semaine pour un Egyptien qui, en fin de compte, ne l’a pas payé… Il a de nouveau trouvé un job mais ne peut se permettre d’aller à l’hôtel, soucieux de ramener le maximum d’argent au pays.
Helmut ayant accepté la proposition de Nadège de le conduire dans un foyer, celle-ci se met en rapport avec la coordination qui l’oriente vers le Secours Catholique, sur les boulevards extérieurs. Cet appel s’inscrit également dans le travail de statistiques et d’analyse que le Samu produit annuellement (1) (lire encadré) et permet de relever qu’Helmut a déjà bénéficié d’un hébergement, via le Samu, voilà une dizaine de jours.
Qu’a-t-il fait depuis, comment a-t-il vécu ? Mystère. Il n’a pas de bagage, pas plus que ses compagnons : ni sac ni quoi que ce soit dans le secteur qui témoigne de leur installation, sinon un rectangle de mousse sur lequel ils dorment. Pourtant, comme Christian, ils ne veulent pas aller en foyer. Par contre, ils nous réclament des duvets. Ceux-ci sont fournis par une association bienfaitrice mais il ne s’agit pas de les distribuer à tout va : là encore, des trafics et des vols ont lieu et, de plus, ils sont difficiles à transporter ou cacher. Cette nuit, toutefois, sur leur matelas de mousse, Bogdan et Pietr n’auront pas trop froid.

23 heures : La camionnette a rallié les boulevards extérieurs, abandonnant les lumières du centre ville et saisissant dans le faisceau des phares les petites prostituées en short lamé de la porte de la Chapelle. Arrêt devant le foyer. Des hommes dans le couloir, dans l’entrée. L’un d’eux nous accueille d’un « Bientôt on verra ici plus de gens du Samu que de pensionnaires ! » et un autre, un habitué, voudrait bien qu’on lui donne le numéro de téléphone de Nicole, l’infirmière qui l’a amené quelques instants plus tôt ! Le responsable prend tout de suite en charge Helmut, toujours pieds nus. D’abord s’occuper de ça : un bain, des soins… François glisse un mot de ses tendances suicidaires, conseille de ne pas trop le laisser seul… Demain, il pourra rencontrer l’assistante sociale du foyer et une liaison entre elle et la coordinatrice de jour du Samu permettra peut-être qu’une solution provisoire soit trouvée, un retour en Allemagne préparé. Peut-être aussi que, dans quelques jours ou quelques semaines, une équipe du Samu, répondant au signalement d’un SDF, retrouvera Helmut, son cœur brisé et ses pieds torturés.

23 heures 30 : Pas grand monde dans les rues, ce soir, même autour de Pigalle où le permanencier a signalé un homme, dans l’entrée du métro. Le coin n’est pas très apprécié des équipes qui, surtout le samedi soir, se font parfois recevoir à coups de canettes par les gamins en goguette. Mais cette nuit, c’est le grand calme et nous ne trouvons personne dans le métro. Nous remontons et sommes abordés par un homme plutôt jeune, le visage creusé par la maigreur et la barbe, qui mange un pain indien au fromage. L’odeur, associée à celle de la crasse, devient bientôt écœurante. Pas besoin d’entrée en matière ni de présentation - encore que nous échangions nos prénoms - car Farid connaît bien le Samu, et les services sociaux et caritatifs en général, même s’il n’a guère recours à eux. Le jour, il se débrouille, se « balade », et le soir, il squatte un couloir d’immeuble, avec l’accord du gardien. Farid a besoin de parler, de raconter comment il était « avant » : avant le VIH, la came, l’alcool, les conneries, la galère… Il pesait 85 kilos, pratiquait la boxe. Maintenant, il boit ses deux à trois litres de rosé par jour - « ça ne se voit même pas » -, mange trois fois rien… Son problème, actuellement, est un abcès à la jambe, si gros qu’il peut « passer le doigt. » Il relève sa jambe de pantalon : la chaussette est raide de sang séché. Nadège interroge : oui, il a vu un médecin mais il a peur d’aller à l’hôpital ; il a collé du sparadrap et risque de déguster quand on l’enlèvera. Il prend du Nurofen, ça le calme… Nous insistons : il a besoin de soins, sans plus tarder : il hésite, hésite encore. Comme pour les autres SDF, le froid ne semble pas avoir prise sur lui. Ce n’est pas notre cas. Nous nous faisons plus persuasifs et il accepte d’être conduit à l’hôpital et, de là, dans un centre d’urgence pour soins infirmiers. Nadège fait le nécessaire : une place lui est retenue à Saint-Michel.

Minuit : Grosse discussion dans la chaleur de la camionnette qui réchauffe nos os mais rend quasiment insupportable le mélange d’odeurs… Farid continue à nous raconter sa vie : la mise à l’épreuve, la maman en banlieue qu’il va voir de temps en temps, le frère, « un petit merdeux qui veut (lui) faire la leçon »… Une forme allongée sur une grille de métro, un amas de couvertures : il repère ses compagnons de misère, certains bien connus du Samu, telle Annie, une des rares femmes à survivre dans ce monde de la rue. Pieds nus dans des sandales, été comme hiver, elle refuse toute aide, dort près de la bouche de chaleur du Prisunic, n’aime pas la compagnie. L’équipe psychosociale du Samu passe la voir, en journée, fil ténu qui, peut-être, continue à la relier au monde.
Nous arrivons à Lariboisière. Misère contre misère. Des hommes abattus, une jeune femme énervée, une infirmière qui attend sans intervenir que Farid se décide. Ça prend encore du temps mais il parvient à vaincre sa peur. Pendant que nous patientons, un grand gaillard nous interpelle. François et Nadège se jettent un regard consterné : Alexis est bien connu du Samu, drogué jusqu’aux yeux, toujours en demande d’aide, mais ingérable. Ainsi a-t-il été posé, comme condition à une nouvelle prise en charge, qu’il fasse des examens pour pouvoir commencer un traitement. De plus, il a de gros problèmes de syntaxe, ce qui ne favorise pas le dialogue. Cela pourtant ne le gêne pas et son insistance a raison de François et de Nadège, d’autant qu’il brandit les résultats d’une série d’analyses, preuves de sa bonne volonté et du délabrement de son état : en matière de maladies infectieuses, Alexis a à peu près tout ce qui existe ! Nadège ne veut pas néanmoins prendre seule la décision et préfère en référer au médecin d’astreinte. L’échange est assez long mais, une fois encore, il est décidé de donner une chance à Alexis et de l’admettre en centre d’urgence pour soins infirmiers. En espérant qu’il tiendra plus d’une nuit…

1 heure : Farid sort tout content de la salle des soins : il n’a pas eu trop mal. Il doit maintenant attendre le médecin. L’équipe ne peut rester plus longtemps et décide de ramener Alexis et d’en profiter pour faire la pause, obligatoire et bien nécessaire après ces quatre heures de maraude. Farid nous fait promettre que nous reviendrons le chercher : « C’est sûr, hein, vous ne m’oublierez pas… ? ». L’équipe reviendra, comme promis, mais Farid sera parti. La deuxième partie de la nuit sera plus calme : une femme, qui sera conduite en foyer ; un homme, endormi qu’on ne réveillera pas ; un touriste, à la recherche d’une chambre…

Cinq heures : Dominique gare la camionnette, François et Nadège remettent leur rapport et tous rentrent chez eux, fatigués mais, assurent-ils, étonnamment sereins. Bien sûr, certaines maraudes sont plus difficiles que d’autres et parfois l’agressivité est présente. Mais, la plupart du temps, les contacts sont chaleureux, des contacts qui, pour une partie, n’auront jamais de suite mais qui, pour d’autres, nuit après nuit, permettront d’établir une vraie relation, « créer des liens » comme aurait dit le renard.

Mireille Roques

(1) Par le biais du logiciel installé au 115 et agréé par la CNIL


Le Samu Social de Paris

Le Samu Social de Paris est créé le 22 novembre 1993 par le maire de Paris, à l’initiative du docteur Xavier Emmanuelli. Un an plus tard, il se donne une structure juridique et financière, garante de sa pérennité, et se constitue en groupement d’intérêt public. De fin 1993 à aujourd’hui, le Samu Social (1) crée ou prend en charge des structures d’accueil, en hébergement d’urgence simple et en hébergement d’urgence pour soins infirmiers. Il ouvre également un centre d’accueil de jour - « La Maison dans le Jardin » - ainsi qu’un centre ophtalmologique et optique.
En 1997, le Samu regroupe dans un comité de parrainage et autour d’une charte des partenaires qui, depuis, n’ont cessé de se multiplier. En 1999, il lance l’opération « Samaritains » et accueille des bénévoles dans les équipes. Toujours en 1999, et suite à la loi du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions, il est chargé d’organiser le dispositif de veille sociale et met en place l’Observatoire du Samu Social de Paris.
Cette même année encore, Xavier Emmanuelli crée le Samu Social international (2) et offre ainsi aux grandes capitales étrangères la possibilité de monter un dispositif analogue à celui de Paris. Cette démarche trouve toute sa légitimité dans le succès considérable que le Samu Social de Paris a rencontré au plan national et, actuellement, une cinquantaine de Samu fonctionnent sur ses principes et ses méthodes.

(1) Samu Social - 35 avenue Courteline - 75012 Paris - Tél : 01 41 74 84 84
(2) Tél : 01 53 66 12 64 - email : x.emmanuelli@easynet.fr


Les études épidémiologiques sur les quatre dernières années montrent la progression régulière des appels au 115, progression qui, pour 2000, s’explique en partie par l’afflux des demandeurs d’asile. Jusqu’au mois d’août, période où est mise en place la CAFDA (1) - vers laquelle ceux-ci seront alors systématiquement orientés - on comptabilise jusqu’à 60 000 demandes sur un mois. A partir de septembre, ce nombre retombe entre 30 000 et 40 000. Ces demandeurs d’asile expliquent aussi l’augmentation des familles secourues (plus 115 % par rapport à 1999), souvent monoparentales (plus 138 %) et celle des enfants, y compris des mineurs isolés. Pour le reste, on retrouve les constantes : une forte population d’hommes (72 % pour 18 % de femmes), la plupart isolés, d’un âge moyen avoisinant la quarantaine - encore qu’une tendance au rajeunissement se manifeste, les moins de trente ans étant par ailleurs les moins en demande d’aide.
Les demandes effectuées auprès du Samu s’effectuent majoritairement de jour - 250 en moyenne, et 1400 si l’on comptabilise les reports et les prolongations (2) - mais les appels de nuit sont conséquents - 191 en moyenne - En 2000, toutes les demandes d’hébergement n’ont pu être satisfaites - on parle de « lits épuisés » - et la pénurie peut se manifester dès le matin. Un tiers des personnes qui ont appelé le 115 ne l’ont fait qu’une fois dans l’année et, pour une moitié, de 2 à 50 fois. Le reste a pu obtenir jusqu’à 200 orientations, chiffres qu’il faut là encore mettre en relation avec l’afflux des demandeurs d’asile au cours du premier semestre.
Les personnes rencontrées par le Samu sont, pour la majorité, à la rue depuis moins d’un mois, voire d’une semaine. Elles sont néanmoins nombreuses à vivre depuis longtemps dans l’errance et, pour environ 12 % d’entre elles, il faut compter en années. La plupart (65 %) sont sans ressources - et presque autant sans couverture sociale -, les autres perçoivent le RMI, les ASSEDIC, l’AAH ou une quelconque prestation sociale, certaines ont même une rémunération. La moitié bénéficie déjà d’un suivi social, ce qui peut expliquer qu’un quart environ des appels émanent d’associations et d’institutions et non pas des personnes elles-mêmes.

(1) Coordination d’accueil des familles demandeuses d’asile

(2) Report : concerne les centres d’hébergement pouvant accueillir les personnes pendant 7 nuits. Chacune de ces nuits est comptabilisée par le 115
Prolongation : suite à une demande sociale ou médicale, la durée d’hébergement peut être prolongée. Même décompte que pour les reports.


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