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Les toutes premières maisons de la justice et du droit (MJD) sont apparues dans le Rhône et dans le Val dOise en 1990. Puis, elles se sont développées, et cela depuis la loi du 18 décembre 1998 relative à laccès aux droits et à la résolution des conflits. Celle-ci stipule exactement : « Il peut être institué des maisons de justice et du droit, placées sous lautorité du tribunal de grande instance dans le ressort duquel elles assurent une présence judiciaire de proximité et concourent à la prévention de la délinquance, à laide aux victimes et à laccès au droit. Les mesures alternatives de traitement pénal et les actions tendant à la résolution amiable des litiges peuvent y prendre place ». Aujourdhui, soixante-quinze ont été créées, et linstallation de cinquante autres a été décidée au dernier comité interministériel des villes, tenu en octobre dernier ; cent points daccès au droit seront également instaurés.
Une MJD est, en principe, constituée de travailleurs sociaux du secteur public ou associatif, de magistrats, dagents de justice le plus souvent des emplois-jeunes , davocats ou dhuissiers, de conciliateurs, de conseillers de probation et dinsertion, dun délégué du procureur de la République, déducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), dun greffier, de médiateurs judiciaires, et de représentants dassociations daide aux victimes.
La maison de la justice et du droit du secteur nord-est de Paris a ouvert ses portes début février 2001 (1). Son secteur de compétences comprend six arrondissements peuplés et « populaires ». Laccueil du public et des justiciables est assuré tous les jours par les greffiers, les agents de justice et les agents daccès au droit. Le délégué du médiateur de la République, ainsi que des juristes généralistes, y sont présents tous les jours, et le conciliateur une après-midi par semaine.
Ici, deux associations sont essentielles à la bonne marche de lendroit : le Centre de médiation et de formation à la médiation (CMFM) et lAssociation daide pénale (AAPé) (2). Elles sont chargées dassurer les médiations et les réparations, pour les majeurs comme pour les mineurs.
La médiation dure en général trois mois. Léducatrice de lAAPé définit son intervention en termes de « mesures éducatives de responsabilisation » ; sagissant des mineurs quelle reçoit, elle estime que ce sont les jeunes eux-mêmes qui doivent trouver les réponses à leurs actes : nettoyage de tags, excuses, etc. Selon les situations, les rencontres entre les auteurs dun acte délinquant et leur(s) victime(s) peuvent ou non senvisager ; dans les cas où la rencontre serait par trop explosive, le médiateur reçoit les parties séparément. Par ailleurs, les jeunes peuvent être vus avec leurs parents. Mais certains jeunes refusent la médiation : en cas de rendez-vous non honoré, une relance est faite. Si celle-ci reste sans effet, rapport est fait au procureur.
Les agents daccès au droit sont des emplois-jeunes (bac + 4 en droit) ; ils ne sont pas du quartier, nous explique-t-on, mais recrutés par la mairie (qui les finance, de même que les locaux, alors que le ministère de la Justice prend en charge les postes dagents de justice et de greffiers). Ils « débroussaillent » les situations lentretien dure en moyenne 45 minutes, peuvent donner une information juridique, mais « en aucun cas un conseil ». Ce sont les juristes spécialisés venant dassociations Association pour le couple et lenfant (APCE), par exemple (3) , eux-mêmes supervisés par un avocat, qui émettront la préconisation finale.
Les règlements amiables des litiges entre usagers et administration (CAF, Sécu, préfecture de police, etc.) sont assurés par un (e) délégué (e) du médiateur. Toutefois, leur saisine nest pas directe, le réclamant devant demander à un parlementaire de transmettre sa réclamation.
Institués par une loi du 3 janvier 1973, les médiateurs peuvent être issus du travail social, de ladministration ou des associations. Dune centaine, leur nombre doit passer à trois cents dici à 2003. Celle qui nous reçoit nous indique que les requêtes concernent « massivement le secteur social » (litiges avec les Assedic, avec la CAF ou la Sécu), suivi de près par le secteur fiscal
Les demandes concernent le plus souvent des cas de mauvais fonctionnements des services publics, des décisions inéquitables ou considérées comme telles ou encore des refus dexécution dune décision de justice. Mais il peut sagir aussi simplement de la mauvaise compréhension dun courrier, précise notre interlocutrice. Les dossiers les plus complexes remonteront au médiateur de la République, mais la plupart des dysfonctionnements se règlent là, à la MJD, avec « un bon taux de réussite ». Les conciliateurs, eux, sont des retraités de différentes professions juridiques ou de la magistrature ; ils sont nommés par le président de la Cour dappel ; ils soccupent (bénévolement, ici) des conflits entre usagers. Les entretiens avec médiateurs ou conciliateurs sont dune durée denviron trente minutes. Un huissier est disponible, en mesure dexpliquer les procédures quant aux expulsions.
Dune manière générale, la MJD est en lien avec les assistantes sociales de secteur, avec les commissariats, avec nombre dassociations locales, avec les mairies
Les différents partenaires leur envoient des personnes demandeuses, mais les publics peuvent également venir de leur propre initiative. Elle désengorge donc les tribunaux, règle au maximum les choses à lamiable, nétant « pas là pour inciter les gens à faire des procédures ». Mais la responsable une des deux greffières nous avouera être submergée de demandes. Limplantation géographique explique probablement en partie le phénomène : pour le seul mois de mars 2001, par exemple, la maison de la justice du secteur sud de la capitale, implantée dans le XIV arrondissement, a reçu 410 personnes. Celle que nous visitons a été bien davantage sollicitée : 543 personnes y ont été accueillies, pour le même mois.
En janvier 2001, un sondage a été réalisé pour le ministère de la Justice, duquel il ressortait quun Français sur quatre seulement connaissait lexistence des maisons de la justice et du droit. Trois mois plus tard, une enquête de satisfaction des usagers de la justice pour la Mission de Recherche Droit et Justice faisait apparaître le souhait de 66 % des Français à participer au fonctionnement de la justice pénale, et de 53 % de voir les procédures pénales simplifiées.
Joël Plantet
(1) MJD - 15/17 rue du Buisson Saint-Louis - 75010 Paris. Tél. 01 53 38 62 80.
(2) CMFM - 24, rue Tournefort - 75005 Paris. Tél. 01 47 07 57 15 AAPé - 8, rue Gît-le-cur - 75006 Paris. Tél. 01 40 51 88 29.
(3) APCE - 228, rue de Vaugirard - 75015 Paris. Tél. 01 45 66 50 00.
Dans le cadre de la promotion 2000, des éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) avaient effectué un reportage à la maisons de la justice et du droit de Garges-lès-Gonesse (Val dOise). Voici comment cette dernière définit ses atouts : proximité avec les habitants, présence judiciaire, réponses adaptées à la petite délinquance quotidienne prévention, mesures alternatives, action dinsertion , mais aussi aux litiges dordre civil (consommation, voisinage, logement ) par la médiation. Cest également un lieu daccueil, découte, dorientation sur les droits et les obligations de tout un chacun. Des permanences juridiques, des services daide aux victimes sont à disposition. Ses prestations sont gratuites et confidentielles.
Le lieu nest ouvert que depuis septembre 2000. La ville ayant connu « un climat tendu » ces dernières années, la volonté des différents partenaires dont celle du sénateur maire a convergé pour aboutir à cette installation. Parquet et mairie en ont conjointement assuré la publicité : distribution de tracts et de plaquettes dans les boites aux lettres et les lieux publics, inauguration en présence des personnalités locales et du journal Le Parisien, plaquette personnalisée
Les éducateurs-reporters sont frappés demblée par un « extérieur discret » cest un ancien appartement et la chaleur du lieu : « peintures pastel, tableaux réalisés par les enfants du collège dà côté sur le thème des droits et des devoirs, plantes vertes
témoignages dune volonté apaisante de la justice de proximité ! »
Ils y sont accueillis par le greffier, qui se définit comme le « responsable de la prise en charge du quotidien » et dont le rôle est daccueillir, de conseiller et dorienter les personnes. « Une justice de proximité, cest permettre de traiter les affaires plus rapidement. Non déférées à la MJD, beaucoup dentre elles mettraient plus de temps à être résolues, ou ne le seraient pas du tout », défendant ainsi une idée-force ayant présidé à linstallation de ces structures.
Mais la population se sert-elle de cet outil ? « Concrètement, ce quils [les habitants] voient, cest quils ont un lieu pour résoudre leurs problèmes », assure le greffier. « Ils ont une demande urgente et immédiate (
). Ils ont du mal à comprendre quil leur faudra attendre de pouvoir rencontrer lintervenant (lors de sa permanence) qui sera en mesure de laider. (
) Les gens qui viennent ici sy sentent bien et nous le disent. Cest un lieu où les personnes sont entendues dans leur demande, dans leur détresse
».
Qui vient et pourquoi ?
La majorité des problèmes exposés ici concerne les violences familiales, les problèmes de couple, mais aussi les difficultés parents/enfants : « Dernièrement, une mère est venue se renseigner auprès de nous parce quelle ne savait pas quoi faire pour sa fille qui fuguait régulièrement ». Plus de 400 personnes sont venues en un trimestre, sans compter les dossiers déférés par le parquet. Mais la plupart des personnes sont concernées par les médiations.
Dans le cadre de leur enquête, les étudiants sont allés interroger les habitants de Garges sur quatre points : connaissez-vous la MJD ? Savez-vous quelle est sa mission ? Avez-vous déjà utilisé ses services ? Dans une situation difficile, iriez-vous facilement utiliser les services de la MJD ? Ils ont ainsi questionné cinq jeunes de 10 à 15 ans, cinq ados de 16 à 18 ans, quatre adultes de 18 à 25 ans et quinze adultes de 25 à 75 ans « dont six commerçants, trois policiers, trois enseignants, un principal adjoint, un éducateur sportif et une retraitée » , soit au total 29 personnes.
La connaissance de la MJD du groupe 10-15 ans est « succincte, essentiellement transmise de bouche à oreille. Certains arrivent à identifier les personnes qui peuvent y intervenir, dautres pas du tout, mais unanimement ils iraient volontiers consulter dans une MJD ». Les adolescents la connaissent peu et, préférant régler leurs problèmes par eux-mêmes, « ne sy rendraient pas volontiers sauf en cas de problème avec la police ». La tranche dâge 18-25 ans na pas de connaissance de la MJD ! En cas de litige, elle « ferait intervenir la police en priorité ». Toutefois, lun deux sy intéresse et questionne les enquêteurs (il ira finalement exposer un problème de licenciement abusif à la MJD). Une partie de la classe des 25-75 ans est sensibilisée et a déjà utilisé les services de la MJD, mais émettent des réserves sur son impact : par exemple, des commerçants victimes de dégradations se plaignent que les auteurs des actes ne se soient pas présentés à la confrontation. Le corps enseignant, malgré la proximité du lieu avec le collège, ne semble pas au courant de son existence
Après quatre mois dexistence, concluent les éducateurs : « Il reste beaucoup de choses à faire : à commencer par linformation du public (
). On peut se demander si limpact est réellement celui escompté ». Ils posent en outre deux questions plus globales : « Lindépendance de la justice ne risque-t-elle pas dêtre menacée par le fait que son installation hors tribunal est financée par les collectivités locales ? De plus, laspect de lacte de juger ne risque-t-il pas dêtre banalisé du fait de son implantation dans la cité ? »
Joël Plantet, avec Valérie Calvet, Nadia Fettahi, Sébastien Boutet, Erwan Calvé, Jean-Michel Mériguet, Jean-Michel Molard, de la PJJ.
Au plan de la prévention et du traitement de la petite délinquance, la médiation pénale vise « à assurer la réparation du dommage subi par la victime, à mettre fin au trouble à lordre public résultant dune infraction et à permettre le reclassement de son auteur ». Lintervention dun tiers doit permettre une solution négociée. Le rappel à la loi, lui, vise à prévenir la récidive de la petite délinquance : les délégués du procureur reçoivent lauteur des faits et sassurent de l« exécution de lobligation quils mettent à sa charge ». Cest le procureur qui décidera si laffaire peut être classée sans suite.
Laccueil des familles de détenus et des probationnaires peut être assuré par le service pénitentiaire dinsertion et de probation, qui reçoit alors les personnes concernées à proximité de leur domicile.
Le règlement amiable des conflits est possible dans ceux qui « présentent toutes les garanties dimpartialité et de discrétion pour les justiciables » : litiges de la vie quotidienne, conflits entre particuliers et administration sont traités par les conciliateurs de justice.
Des consultations juridiques spécialisées sont assurées par des avocats ou juristes dans les domaines suivants : droit de la famille, des mineurs, des majeurs protégés, du logement, du travail, de la consommation ; droit des étrangers, droit des victimes, accès à la nationalité française
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