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Festival international de la Ville, 21 septembre 2001. Un élégant chapiteau circulaire, sol en bois, tables de bar, des miroirs partout, des tentures grenat, des vitraux colorés, un éclairage diffus
Un bar, et dans un coin, une batterie pour des concerts éventuels
Le cadre est chaleureux pour évoquer la notion durgence : « Comment les acteurs confrontés aux situations durgence médicale, sociale et familiale font-ils face à ces situations de crise ? ». Ironie caustique du « sort », cest au cours de cette journée quarrive la nouvelle de lexplosion de lusine AZF à Toulouse, laquelle fera émerger dimpérieux besoins en urgence.
Se voulant loin des « ya quà et des faut quon » et désireux à son habitude de déconstruire la chose, le sociologue Saül Karz pense que lurgence se définit en fonction dune logique organisationnelle et dune logique des intervenants : sil sagit bien de faire face à des situations qui nont pas été prévues, différents endroits pourront répondre de diverses manières. Mais la réponse à lurgence peut-elle favoriser un « quadrillage social » ? interroge-t-il encore. Centralisé, un réseau serait ainsi construit, tellement bien pensé que personne nen réchapperait. Le Samu social de Paris, par exemple, laisse-t-il un choix à ceux qui veulent rester à la rue ?
Car et cela peut paraître paradoxal lurgence demande parfois de ne pas agir
Le risque dans lurgence, insiste-t-il, étant alors daller au-delà de ce que nous demandent les personnes en difficulté ! Bref, si lon ne mâche pas ses mots, une culture excessive de lurgence contiendrait-elle « en germe un risque totalitaire » ?
À leur tour, une travailleuse sociale et une psychiatre italiennes de la ville de Bari viennent exposer leur conception de lurgence, le plus souvent définie en termes durgence sociale voire politique , à replacer en tout cas résolument dans un contexte sociétal. En effet elle est souvent à mettre en lien avec la violence conjugale, limmigration clandestine, ou encore le trafic des femmes de lEst. Les deux intervenantes racontent leurs actions en urgence, la police faisant appel à elles pour des cas de femmes violentées ou prostituées, dont la situation, si elle se trouvait améliorée, pourrait échapper à la psychiatrie ! De même, à leurs yeux, un travail social muni des moyens suffisants, en amont, éviterait nombre d« urgences ». Il est donc essentiel « de chercher des réponses aussi en dehors de la santé mentale : distribuer des tranquillisants nest pas notre tâche » et, logiquement, de favoriser lautodétermination des personnes. Au centre de lintervention, en effet, ici, clairement, les droits des personnes, et la reconnaissance de ceux-ci. « Lurgence crée la panique, le chaos dans lorganisation des ressources », préviennent-elles.
Pour un autre intervenant, magistrat de son état, lurgence, au contraire, est parfois un « bon outil ». La délinquance des mineurs peut, explique-t-il, être considérée comme un passage à lacte effectué dans une certaine
urgence, dans la mesure où lauteur ne supporte pas de différer le plaisir. Dans ces circonstances saisir un juge en référé, prendre une décision de placement immédiat dun enfant en assistance éducative ou juger en procédure de flagrants délits sont des réponses rapides nécessaires. Même si le bénéfice se fait sentir surtout pour les affaires simples, le procédé évacuant la complexité. Mais il est vrai tempère le magistrat que pour beaucoup daffaires une décantation est nécessaire. Il faut, convient-il, en justice comme ailleurs souvent « donner du temps au temps ».
Des médecins quant à eux plaideront pour distinguer deux types durgence : lurgence « ressentie » représentant 80 à 90 % des activités des samus et des pompiers ne lest pas dun point de vue strictement médical ; mais elle lest ô combien parfois par la personne concernée ou par son entourage, quelquefois dailleurs en dehors de toute objectivité ; lurgence « vraie », en revanche (intoxication, accident de la route, par exemple) se raisonne en termes de trauma indiscutable, car elle met en péril la vie dans les instants qui viennent et doit se traiter dans un délai « dune heure maximum ». À Mulhouse, le conseil municipal a choisi de donner la parole aux habitantes de deux quartiers « sensibles » de la ville sur la notion durgence en matière de santé, et a filmé cette parole : dans les hôpitaux, les questions daccueil, dinterprétariat et de dignité de la personne sont récurrentes ; et les mères de famille demandent une plaquette dinformation pour mieux se diriger. Face à elles, des urgentistes débordé (e) s pointent linadéquation entre les moyens et les besoins. Au final, à quoi tout cela aura-t-il servi ? Au moins à créer des groupes santé mêlant habitants et professionnels, et à organiser des sessions pour lenseignement des gestes durgence, etc. À se parler, aussi. La notion durgence est à prendre, de lavis général, avec des pincettes. Et comme dautres secteurs professionnels sont aussi à son contact, et pourraient échanger avec le secteur de lintervention sociale.
Léo Grenel
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