Numéro 595, 1 novembre 2001

La démarche qualité à l’épreuve

Didier Changenet est directeur de l’institut médico éducatif André Nouaille de Massy dans l’Essonne qui accueille en externat 60 enfants de 4 à 14 ans. Son IME fait partie des cinquante établissements qui sont actuellement soumis à l’expérimentation de l’outil d’évaluation créé par l’ANCREAI. Nous lui avons demandé de nous expliquer où il en était


Quels sont les écueils que vous avez rencontrés pour l’évaluation et l’application de la démarche qualité dans votre établissement ?

Le guide étant en phase d’élaboration, nous avons été parfois gênés par les ajustements proposés en fonction de l’évolution de l’outil. Nous avons également remarqué que l’accompagnateur de la démarche devait à la fois posséder parfaitement l’outil mais aussi de réelles qualités d’analyse, d’animation et de gestion du groupe de travail. Le travail demande énormément de temps et de mobilisation. Conduire ce travail sur les temps de prises en charge des enfants, en ayant le sentiment pour les personnes du groupe de laisser la charge des enfants aux collègues n’a pas toujours été très aisé. L’engagement dans la démarche doit être précédé d’un travail important de présentation. En effet l’ensemble des acteurs doit être parfaitement informé de la nature de la proposition pour y adhérer complètement sans arrière-pensée ! Ainsi le choix d’engager l’établissement dans la démarche ne peut être du seul fait de la direction. La « sécurité » des personnels doit être assurée pour que ceux-ci soient persuadés qu’ils ne seront pas jugés sur leurs propos et sur leurs propositions. Un climat de confiance est indispensable pour permettre un véritable travail d’élaboration.

Comment les travailleurs sociaux et les autres personnes perçoivent-ils cette évolution ?

Évaluation, accréditation, démarche-qualité, sont des mots issus du vocabulaire de l’entreprise et des notions nouvelles, pas encore complètement assimilées dans notre secteur. Les professionnels s’interrogent donc sur la finalité du travail. Pour autant, passé les premières réticences nous pouvons y voir un moyen de faire valoir notre mission, nos spécificités, nos savoir-faire.
Les réserves de professionnels quant à cette évolution du secteur seront levées si les inquiétudes relatives à la finalité de la démarche sont elles-mêmes levées. N’est-ce pas une façon de contrôler les moyens dont nous disposons ? N’est-ce pas une façon de comparer les moyens des établissements de même nature afin de mieux les répartir ? N’est-ce pas un moyen de contrôler notre « productivité » ? N’est-ce pas un moyen de nous faire entrer dans des grilles type ?

Quel bilan pouvez tirer en l’état actuel ?

La démarche a permis de faire un balayage général de tous les aspects de l’établissement. Elle a permis, me semble-t-il, de sensibiliser les personnels sur les aspects qui ne sont pas directement en rapport avec leur propre fonction. Par cette prise de conscience chacun peut entrevoir que ce n’est que la complémentarité donc la différenciation des tâches, des professionnels, des responsabilités qui fondent la cohérence de l’institution.
En étant active et participative la démarche enlève, autant que faire ce peut, le sentiment d’être jugé par « un extérieur » que l’on ne peut qu’estimer incompétent ou au jugement parcellaire. La grille d’évaluation, d’analyse a bien été tissée par nous mêmes en fonction de nos propres critères, admis collectivement.
Première étape de la démarche, la définition des indicateurs va nous permettre de mettre en place une stratégie pour parfaire notre fonctionnement soit en y apportant les améliorations nécessaires soit en entretenant les qualités, les excellences qui sont les nôtres. La démarche ne pourra être considérée comme terminée ni à l’issue de la première étape ni même après avoir apporté les améliorations souhaitées. Elle sera terminée une fois la mise en place d’un dispositif de veille qui, au long cours, aura le souci d’observer, d’actualiser les indicateurs, de dater les procédures pour améliorer en permanence les fonctionnements. Le balayage général des aspects de l’établissement, la visite de tous les recoins ont mis en évidence l’existence de nombreuses procédures non écrites et de ce fait inconnues de certains. Il convient donc de faire un travail d’écriture exhaustif de toutes les procédures qu’elles soient à destination des salariés, des familles, de l’enfant lui-même et des partenaires. Ce travail d’écriture devra nous conduire à terme, grâce aux différents écrits, à constituer les annexes du projet d’établissement qui devra être revu et réactualisé.
En terme de bilan, nous avons à passer de la transmission orale à la transmission écrite en ayant en filigrane le souci de la pluralité des destinataires.
Tremplins de la deuxième étape, les écrits auront pour fonction de garantir à tous la connaissance d’outils communs et partagés. Ce travail d’écriture prendra tout son sens si nous veillons à en assurer une diffusion la plus large possible. La deuxième étape, celle de la veille et de la vigilance, est donc essentielle. La deuxième étape à venir, celle de la veille et de la vigilance, sera donc essentielle.

Propos recueillis par Guy Benloulou


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