Numéro 593, 18 octobre 2001

Quel avenir pour les centres éducatifs renforcés ?

« Maintenant, la question est de savoir s’il y a suffisamment de volontaires pour créer de nouvelles structures ». Entretien avec Frédéric Pierpaoli directeur du Centre éducatif renforcé de Malakoff dans la région parisienne


En gros, à quoi se résume l’histoire des CER ?

Le projet des CER (à l’époque nommés UEER : unité à encadrement éducatif renforcé) est né en 1996 suite à l’impulsion de Jacques Toubon, alors garde des sceaux, commande argumentée plus par rapport à l’aspect politique et sécuritaire qu’à l’aspect éducatif. La présentation du montage de ces structures avait provoqué un tollé quasi général des personnels de la PJJ, pourtant appelés à honorer cette décision. Suite à l’alternance politique de 1997, Élisabeth Guigou, successeur de J. Toubon au ministère de la Justice, ordonna un audit sur les UEER qui aboutit à quelques légères modifications : l’éducatif fut quelque peu mis en avant et les UEER furent rebaptisés CER (centre éducatif renforcé). En bref, le projet de base légèrement modifié fut alors validé par le gouvernement en place.

La prise en charge de ces jeunes délinquants nécessite une grande technicité. Avez-vous les moyens financiers et professionnels de répondre tant aux attentes politiques, qu’à celles de vos usagers ?

Je pense que la prise en charge de ces jeunes nécessite un cadre et une argumentation clairs du placement, des repères bien définis, une équipe pluridisciplinaire disponible, cohérente, investie dans sa mission, ayant évidemment des moyens matériels adéquats, plutôt qu’une grande technicité que nous aurions beaucoup de difficulté à obtenir, puisque les personnels expérimentés ne se bousculent pas pour travailler en CER. Je peux affirmer qu’à ce jour, le CER que je dirige bénéficie de moyens techniques et financiers suffisants pour mener à bien sa mission. J’ajoute que seuls ces moyens ne suffiraient pas si nous ne pouvions nous appuyer sur un dispositif départemental PJJ « accueillant » (ce qui n’est pas le cas pour tous les CER), d’un travail partenarial avec les éducateurs de milieu ouvert, les magistrats… (préparé autant que possible en amont de l’admission), et d’une bonne collaboration dans le respect des fonctions de chacun avec le commissariat de police de secteur.

S’agit-il d’un travail novateur, ou au contraire, d’une « vieille recette remise au goût du jour » ?

Je pense que le côté novateur des CER est le cadre bien défini dans lequel il se situe : le placement sous contrainte judiciaire et la limite dans le temps de l’action éducative. Quant au texte cadre des CER, il laisse un large champ créatif aux équipes éducatives. Concernant « d’éventuelles vieilles recettes », je n’en connais pas. Ce métier nous oblige à nous adapter constamment. Aucune session ne se ressemble, chaque jeune rencontré peut remettre en question, voire enrichir nos techniques professionnelles. À mon avis, seule une « philosophie » pédagogique propre à chaque équipe peut-être utile au bon fonctionnement d’une structure éducative, les CER comme les autres.

Au nombre d’une quarantaine aujourd’hui, les CER sont-ils selon vous appelés à se développer, et quel partenariat ces structures peuvent-elles mener avec les travailleurs sociaux ?

La sollicitation croissante dont le CER « la Maison de Malakoff » fait l’objet, m’amène à penser que ce type de structure est appelé à se développer, d’autant plus que les pouvoirs publics en réclament davantage et ont débloqué des crédits dans ce sens. Maintenant la question est : y a-t-il suffisamment de volontaires pour créer de nouvelles structures ? Le travail en partenariat est indispensable dans toute prise en charge éducative. Il me paraît d’autant plus incontournable dans le cadre d’un hébergement éducatif à court terme : le travailleur social en milieu ouvert et le magistrat demeurent les garants de l’avant, du pendant de l’après CER.

Propos recueillis par Guy Benloulou


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