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Quels objectifs se fixent les CER ?
Les CER ont une vocation première qui nest pas de construire un projet à long terme pour les jeunes qui y sont suivis. Les équipes y travaillent sur lidée dune rupture éducative par la confrontation des mineurs à un mode de vie radicalement différent du leur, avec dautres règles, dautres repères. Cette rupture est conduite en général sur une durée de 3 mois à lissue de laquelle il sagit de passer le relais à des prises en charge plus classiques. Lobjectif des CER nest donc pas tant la réinsertion que la socialisation. Leur réussite se mesure donc sur la capacité à conduire les mineurs au terme dune session dans un circuit éducatif qui agira à plus long terme.
Quel bilan peut-on tirer aujourdhui des CER en termes de réinsertion des jeunes délinquants ?
Les derniers bilans effectués sur le devenir des jeunes qui sont passés dans un CER font apparaître que 71 % dentre eux font lobjet dune mesure éducative en internat ou dun un retour au sein de leur famille. 17 % partent sans quune autre mesure éducative prenne le relais (en sachant quune part dentre eux est proche de la majorité au moment où ils quittent le centre). Enfin, 12 % dentre eux ont été incarcérés après leur passage en CER (en sachant également que lincarcération intervient souvent pour des faits antérieurs au placement dans le centre, le temps judiciaire venant percuter ici le temps éducatif au risque den annuler les effets). Ce bilan des CER est donc à lire par rapport à leur objectif qui est de prendre en charge des mineurs qui ne tiennent pas dans les autres structures éducatives. Nombre de ces mineurs sont placés dans les centres pour éviter lincarcération ou parfois suite à une incarcération (qui peut être réduite parce que le placement en CER est possible) où les mineurs se retrouvent dehors sans solution immédiate viable.
Les CER sont-ils complémentaires dautres structures ?
Bien sûr ! Lidée est de faire avec eux un « détour éducatif » pour les ramener dans un état desprit différent vers des prises en charge éducatives à plus long terme. De ce point de vue, ces centres ne sont pas une alternative aux foyers, aux familles daccueil ou à laccompagnement en milieu ouvert. En revanche, sils étaient amenés à se développer au-delà des 100 structures programmées, cela signifierait quils viendraient se substituer aux autres modèles de prise en charge.
Correspondent-ils à un besoin sociétal ou à une mesure dannonce, destinée à faire baisser le sentiment dinsécurité ?
Si linsécurité nétait quun sentiment, une politique dannonces serait suffisante. Une part importante denfants et dadolescents ne trouve aujourdhui dautre place sociale que dans une délinquance violente. Ils sont pris dans une trajectoire de destruction et dautodestruction. Essayer de les sortir de cette trajectoire constitue bien lobjectif central de toute politique de lutte contre la délinquance juvénile. Ceci étant dit, la tentation de lannonce est présente. Mais, parce que le phénomène de la délinquance des mineurs est bien plus profond que tout ce qui peut se dire sur le sentiment dinsécurité et parce quil est, malheureusement, durablement installé, il condamne à lavance tous ceux qui commettraient lerreur de céder à cette tentation parce que, à terme, ils auront des comptes à rendre. Lobjectif des CER est de soccuper de mineurs dont le choix de vie se situe entre la rue et la prison. Cest à laune de cet objectif quil faut regarder le bilan des CER et on peut le faire aujourdhui dans la durée. Lantidote de lannonce cest lévaluation et la transparence des résultats de lévaluation.
Les CER sont-ils une nouvelle forme de prisons pour mineurs ?
Quiconque est allé dans un de ces centres peut témoigner que ce quil y a vu na rien à voir avec la détention. Ce qui « tient » les mineurs dans ces centres ce ne sont pas les murs ou des verrous, cest un engagement permanent des éducateurs aux côtés des mineurs et un contenu au temps quils vont y passer. Certes, cet accompagnement est aussi porteur dexigences et de contraintes ; contrainte du travail à faire, des règles communes à respecter, dune manière de vivre qui est souvent aux antipodes de celle que ces mineurs ont toujours connue. Mais cette contrainte nest pas celle de la violence. Si des jeunes ne lacceptent pas il y a un échec de la prise en charge comme dans toute structure classique. Les CER ont développé une forme daction éducative qui part de la réalité de ces mineurs délinquants. Entre la contrainte physique qui régit le système de la détention et la recherche préalable de ladhésion du mineur au projet de placement, il y a un espace étroit pour un nouveau travail éducatif qui sest avéré pertinent et qui a relancé le débat sur les rapports entre éducation et autorité, entre négociation et interdit ; un débat qui nest pas nouveau qui a peut-être été un peu trop perdu de vue au sein de la profession éducative au point de courir le risque de perdre de vue certains jeunes dont la prise en charge est au cur même de la mission, rappelons-le éducative et judiciaire, de notre institution.
Propos recueillis par Guy Benloulou
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