Numéro 592, 11 octobre 2001

« La raison d’être des CAT c’est l’accompagnement médico-social de personnes handicapées à travers une activité professionnelle »

Un entretien avec Philippe Didier-Courbin, directeur du service des personnes handicapées à la direction générale de l’action sociale.


Pensez-vous que les objectifs de production peuvent s’opposer à ceux d’accompagnement médico-social dans les CAT ?

La raison d’être des centres d’aide par le travail c’est l’accompagnement social des personnes au travers d’une activité professionnelle. Il n’y a donc pas de raison pour qu’existe un clivage entre activité productive et soutien médico-social. Ce n’est pas parce qu’on dispose, d’un côté, d’un budget commercial avec du personnel d’encadrement technique et, de l’autre d’un budget social avec des professionnels socio-psycho-éducatifs que cela correspond pour autant à une juxtaposition de deux projets d’établissement différents. C’est un tout dont les parties doivent rester complémentaires pour le plus grand bien des usagers.

Ces usagers d’ailleurs, se sont largement diversifiés ces dernières années et de nouveaux publics intègrent aujourd’hui les CAT (handicap social, malades mentaux). Pensez-vous qu’ils soient assez outillés pour accueillir ces nouvelles populations ?

Il y a quelques années, notamment en raison de la situation de l’emploi, on a vu des personnes que vous appelez des « handicapés sociaux », être orientées en CAT pour des raisons liées à leurs difficultés d’adaptation à l’environnement professionnel. Il convient de proposer à ces personnes une solution plus adéquate garantissant le retour vers une vie professionnelle et sociale. Aujourd’hui, il est vrai que les CAT sont amenés à recevoir des personnes présentant des handicaps psychiques. Compte tenu de l’évolution en cours dans le secteur de la santé mentale, on peut considérer que ces personnes ont non seulement besoin d’une prise en charge par les professionnels de la santé mentale, mais également d’un accompagnement social, voire médico-social. Ayant des difficultés à travailler en milieu ordinaire, provisoirement ou durablement car leurs capacités d’autonomie dans la vie de tous les jours n’est pas garantie, elles ont besoin d’un accompagnement éducatif ou social. Les dispositifs médico-sociaux sont donc offerts à ces personnes, au même titre que celles qui présentent d’autres types de handicaps.

Cela génère cependant des mixités pathologiques difficiles à gérer. Les CAT sont-ils en mesure de répondre de manière cohérente à ces difficultés ?

Ce n’est pas parce qu’un éventail large de personnes peuvent trouver dans un CAT une réponse à un moment donné, que cela signifie que n’importe quel CAT peut accueillir n’importe quel profil de personne. Il ne faut pas répondre par des généralités, mais inciter chaque équipe, chaque instance chargée de l’orientation à s’interroger sur l’adéquation entre ce qu’elle a vocation et compétence à offrir et les besoins spécifiques de l’usager.

Finalement, est-ce que le cadre réglementaire des CAT convient encore aujourd’hui ?

L’administration a déjà apporté des réponses à cette question pour une partie des structures accueillantes. Il y a eu, par exemple, des « remises à plat » des annexes XXIV, et la question de l’opportunité de rédiger une nouvelle circulaire sur les CAT a été posée.
La publication de la prochaine loi rénovant l’action sociale et médico-sociale permettra sans doute d’aller plus loin qu’une simple circulaire. Il faut donc évaluer le dispositif actuel et savoir s’il reste solide et adapté aux besoins ou s’il faut remettre à plat certains aspects techniques et juridiques. Il faut savoir si la réglementation actuelle facilite ou freine le projet d’établissement, la démarche qualité et la mise en œuvre d’un projet individuel qui tienne compte des besoins et des attentes de la personne et de son entourage. Les pouvoirs publics en ce domaine ont un rôle d’impulsion. Ma volonté est d’ailleurs de continuer à jouer ce rôle en concertation avec les acteurs de terrain.

Justement, afin d’éviter cette dérive de l’enfermement, les CAT ne sont-ils pas entrés en concurrence avec les associations d’insertion ?

Si on considérait que les critères réglementaires sont suffisants pour connaître les personnes qui relèvent d’un atelier protégé, d’un CAT ou d’une autre modalité de travail, je dirais alors que les CAT ne sont pas en concurrence avec les autres structures d’insertion professionnelle. Mais ce serait trop simple. Aujourd’hui, des nouveaux publics présentent des difficultés spécifiques auxquelles les CAT savent à priori apporter des réponses. Ce qui fait également la différence avec d’autres types de structures d’insertion professionnelle, c’est le caractère plus durable de l’accompagnement proposé par le CAT. Il n’en reste pas moins nécessaire de doter les COTOREP d’outils d’évaluation améliorés leur permettant de mieux jouer leur rôle d’orientation.

Propos recueillis par Guy Benloulou


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