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Pour lannée 1998 derniers chiffres dont nous disposons (1) 91 811 places de centres daide par le travail (CAT) ont été financées par des crédits dÉtat. Créés par la loi de 1975, ces établissements connaissent un développement continu depuis 1970. Dans le cadre du plan pluriannuel 1999-2003 de création de places pour adultes lourdement handicapés, il est dailleurs prévu 8500 places de CAT. Il sagit de résorber la situation des jeunes adultes maintenus en établissements déducation spéciale après lâge de 20 ans (cest lamendement Creton), mais aussi les listes dattente, et dopérer un rééquilibrage entre les régions, frappées de trop importantes disparités.
Globalement, pour lannée 98, indique encore la direction générale de laction sociale (DGAS), plus de deux tiers des travailleurs accueillis en CAT sont des personnes déficientes mentales, âgées pour 69 % dentre elles de 26 à 45 ans. Néanmoins, la proportion dindividus âgés de plus de 45 ans croît régulièrement depuis 1995, et dépasse 20 % dans certains départements. Dautre part, le taux dencadrement se stabilise, se chiffrant grosso modo à un encadrant pour cinq travailleurs handicapés. Et si lon tient compte du fait que le personnel socio-éducatif représente 62 % de lensemble de lencadrement, le taux de celui-ci est dun moniteur (ou autre personnel socio-éducatif) pour huit travailleurs handicapés.
Par ailleurs, 36 % des entrées en CAT proviennent dinstituts médico-éducatifs, 25 % des familles et 11 % dhôpitaux ou du secteur psychiatrique. Les taux de sortie en direction du milieu ordinaire sont faibles, quasi nulles : 0,25 % vers le milieu ordinaire, 0,35 % vers les ateliers protégés !
Lactivité de production peut senvisager sous trois formes distinctes : la production propre à un CAT, cas dans lequel la structure maîtrise le processus de fabrication et de commercialisation ; ce peut être dans des domaines aussi divers que la métallerie, la production agroalimentaire, les travaux dartisanat, etc. Dans le cas dune sous-traitance, en deuxième lieu qui est donc déterminée par un donneur douvrages , le CAT nest pas propriétaire de la matière première et du produit fini (conditionnement, emballage, cannage et paillage de chaises, assemblage
). Dernier cas de figure, le centre daide par le travail peut vendre ses services à un client dans le cadre de prestations de service, par exemple pour lentretien despaces verts, ou la mise à disposition de travailleurs handicapés en entreprise extérieure. Mais concrètement, comment ça se passe ?
Le CAT Léopold Bellan (2) accueille, à Paris, dans ses 900 mètres carrés dateliers et de lieux de vie, 37 hommes et 30 femmes de 18 à 60 ans (quarante-sept dentre eux ont entre 25 et 45 ans), tous déficients mentaux, à la suite de maladies neurologiques, génétiques ou mentales : une majorité présente des retards légers (34) ou moyens (12) et seize dentre eux souffrent de psychose infantile ou de schizophrénie. Globalement, leur capacité de production est estimée à un tiers de la normale. Ici, nous assure-t-on, létablissement est « atypique », dans la mesure où aucune contrainte de production nest exigée : si quelquun est dans limpossibilité de produire, nous indique-t-on, loin dêtre mis à la porte, il sera pris en charge. Par exemple, une personne autiste, exclue de plusieurs autres CAT, a été récemment admise ici à mi-temps
Et lon entend bien ici que laide psychologique soit « sur mesure ». Bien sûr, il existe des crises dangoisse, des conflits relationnels, mais léquipement médico-social que sont loin davoir tous les CAT , mais aussi la cohésion institutionnelle, les espaces de parole permettant la verbalisation, semblent permettre un fonctionnement serein. Moniteurs datelier (au nombre de six), éducatrice de suite, assistante sociale, psychomotricienne, musicothérapeute, psychologue et psychiatre forment les moyens en personnel de ce lieu qui se veut de qualité.
Souplesse dans ladmission, aussi : à son arrivée, le travailleur handicapé se promène pendant six mois dans les différents ateliers regroupant chacun entre 10 et 14 personnes avant de faire son choix par une cooptation réciproque. Deux délégués du personnel sont également cooptés dans chaque atelier : charge à eux de faire remonter, dans une réunion mensuelle, les questions de production, dorganisation du travail, de matériel, de cantine, celles liées aux 35 heures ou aux vacances, voire les problèmes relationnels
Dans ce CAT, on sous-traite des travaux à façon pour limprimerie (empaquetages, pliages, collages) ou encore des mises sous pli, des étiquetages et des envois de courriers en nombre. On travaille assis (ce qui nest pas le cas partout), les commandes sont de courte durée, et on napprend pas de métier spécifique, pour « éviter la sélectivité »). Sentiment dappartenance visiblement fort : nous sommes frappés, en visitant les ateliers, de la pertinence, de la finesse, de la fierté aussi, avec laquelle les travailleurs nous présentent leurs tâches. Les objectifs de létablissement sont bien lautonomie personnelle (aide à la recherche dun hébergement, reconnaissance des droits sociaux, conseil pour les loisirs
), linitiation au travail (polyvalence, sécurité, socialisation) pour tous ces « adultes non professionnalisés ou dé-professionnalisés », mais aussi le développement des talents individuels, en sappuyant aussi sur lextérieur (stages inter-CAT ou en entreprise, formation continue
). Les détachements dans les entreprises sont soit collectifs, en présence dun moniteur datelier, soit individuels, cest-à-dire en immersion totale dans le monde du travail.
Mais, « préoccupation majeure », cest bien linsertion vers le monde ordinaire qui souffre du manque de moyens : un projet de mutualisation des fonds concernerait actuellement plusieurs CAT parisiens
21 juin, fête de la musique. Au bout dune impasse ouvrière du XIème arrondissement parisien, le CAT Maurice Pilod (3). Au standard, une personne handicapée (en permanence à ce poste). Un buffet est proposé sur les pavés, tenu aussi par les travailleurs de la structure. Une personne handicapée nous fait visiter deux étages clairs, avec vue sympa sur les toits de Paris. Ici aussi, on fait du pliage, du routage. Pour lheure, on met en boîte, le plus sérieusement du monde, quelques centaines de
préservatifs, commande faite en vue de la prochaine Gay Pride. On met également en pochette le papier à lettres dune grande marque ; un éducateur nous indique que le travail était fait auparavant par des détenus, et quune pochette de cette marque se vendra 180 francs en magasin, le CAT ne touchant, lui, que
4,75 F par unité. On sétonnera des difficultés financières des établissements !
Mais ce 21 juin, cest avant tout la fête, et lanimateur de latelier musical, Bernard Lacalmette, présente, avec les travailleurs handicapés, le travail de cette année. Des flûtes colombiennes, des tubes en PVC aussi (un son intéressant), les djembés, le xylophone en bois, les percussions, les maracas envahissent peu à peu lambiance. Les parents et amis rythment en cadence. « Jai bien vu Alain/marcher sur les mains/
10, 11, 12, cest du blues », chorales, reprises, chants en chur. Belle fête de la musique. Le disque, en autoproduction, est vendu 50 francs. Et travail convaincant : « véritable alchimie des différences », selon lintervenant musicologue, « la réalisation de ce CD fait un pied de nez aux peurs, aux doutes, à limmobilisme, ouvrant grand les espaces de lexpression artistique »
Pas de doute : les centres daide par le travail ont de la ressource. Les objectifs de développement personnel vont de pair avec ceux de linsertion professionnelle, plus aléatoires. De toutes façons, sans autonomie, personnelle et sociale, pas question daller vers lintégration en milieu ordinaire
Et dans cette double logique finalité sociale, objectifs économiques , le statut juridique des CAT, qui dépendent de laide sociale, est-il encore adapté ? Une enquête de lassociation nationale des directeurs et cadres de CAT (Andicat) (4) faisait récemment ressortir une préférence pour un statut aménagé, mixte, donnant au travailleur handicapé le statut dusager détablissement social, mais lui accordant les moyens de droit commun, en termes de représentation, de formation, dexpression.
Joël Plantet
(1) Infodas n° 72 (juin 2001) Tableau de bord des centres daide par le travail, direction générale de laction sociale (DGAS). Peut être commandé au 01 40 56 87 07 ou consulté sur Internet : www.social.gouv.fr, rubrique Recherches, études et publications.
(2) CAT Léopold Bellan - 5, rue Jean-Sébastien Bach - 75013 Paris. Tél. 01 53 82 80 50. La Fondation Léopold Bellan gère 23 établissements franciliens.
(3) CAT Maurice Pilod - 17, Impasse Truillot - 75011 Paris. Tél. 01 43 14 85 60. e-mail : cat.maurice.pilod@wanadoo.fr
(4) ANDICAT - 1, avenue Marthe - 94500 Champigny sur Marne. Tél. 01 45 16 80 00.
Les centres daide par le travail ont une double finalité : faire accéder, grâce à une structure et à des conditions de travail aménagées, à une vie sociale et professionnelle, des personnes handicapées momentanément ou durablement incapables dexercer une activité professionnelle dans le secteur ordinaire de production ou en atelier protégé, permettre à celles dentre ces personnes qui en ont manifesté par la suite les capacités suffisantes de quitter le centre et daccéder au milieu ordinaire de travail ou en atelier protégé.
Les centres daide par le travail sont, simultanément, une structure de mise au travail (ils se rapprochent en cela de lentreprise) et une structure médico-sociale dispensant des soutiens requis pour lintéressé et qui conditionnent pour lui toute activité professionnelle.
Les personnes qui sont accueillies, que lon dénomme en général des travailleurs handicapés, sont orientés par la commission technique dorientation de reclassement professionnel (COTOREP). Après expertise, elle décide dun taux dinvalidité ou dincapacité pour les personnes pouvant être reconnues travailleurs handicapés et être orientées vers un centre daide par le travail.
Circulaire du 31 octobre 1978
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