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« Le coupable est Monsieur Voiessansissue », affirme Pauline, lunettes et chaussures roses, socquettes blanches, barrette en cur. Cet après-midi, dans la classe de CM1, les élèves lisent « Rififi au collège », un polar. Petite et chaleureuse, la classe affiche les règles de grammaire, les photos dun séjour au parc de France Miniature, les dessins denfants et les tableaux de maîtres. La plupart des 12 élèves sont en fauteuil, certains serrés dans un corset. Le clavier de lordinateur remplace parfois le stylo. Tables en bois et tableau à craie, la classe fait partie de létablissement régional denseignement adapté (Eréa) Toulouse-Lautrec (1), près de Paris. Dehors, dans un cadre verdoyant, des élèves saffairent autour du baby, discutent, jouent ou poussent le fauteuil dun camarade.
« Dans notre établissement, les relations entre enfants handicapés et valides se passent très bien. Les enfants handicapés accueillent leurs camarades valides, à linverse du milieu scolaire traditionnel », souligne Danièle Durif-Ferniot, proviseur. En effet, depuis sa création en 1980, létablissement, déclaré mixte, accueille en priorité les enfants handicapés et complète ses effectifs avec des enfants valides. Il compte 420 élèves, 300 handicapés moteurs (IMC, myopathies, séquelles de poliomyélites, paraplégie, tétraplégie
) et 120 valides. En 1985, les EREA ont remplacé les écoles nationales de perfectionnement (ENP). Ils appartiennent aux structures spécialisées de lÉducation nationale. Linscription des élèves se fait sur notification des commissions départementales de léducation spécialisée. Ils poursuivent une scolarité conforme aux objectifs et à la législation de lÉducation nationale. « Toulouse-Lautrec nest pas un établissement spécialisé, mais un établissement adapté », insiste Danièle Durif-Ferniot. « Lécole est prioritaire et le centre de soins vient en prestataire de services ».
« Le point fort de notre établissement est dapporter du soin sur place à des enfants lourdement handicapés qui ne pourraient pas suivre de scolarité normale, si les soins étaient dispensés à lextérieur, à différents endroits », précise-t-elle. Le centre de soins intégré à létablissement permet aux enfants de bénéficier de soins sur le temps scolaire. Plusieurs services le composent : médical et paramédical, psychologique et social. Une équipe éducative assure les activités périscolaires.
Toulouse-Lautrec est le seul EREA en France à proposer une scolarité allant du CP au BTS. 202 fonctionnaires de lÉducation nationale sont chargés de la bonne application des programmes officiels, en vue de lobtention des examens nationaux. Le proviseur sert de trait dunion entre le personnel de soin et les enseignants. De petits effectifs permettent aux professeurs de connaître les besoins de chaque enfant. Le sport a une place prépondérante à Toulouse-Lautrec, aucun enfant nest dispensé. « Létablissement permet aux enfants handicapés de bénéficier dune équipe découte, daccompagnement à la démarche de projet et de la présence de camarades valides. Les enfants qui sortent de Toulouse-Lautrec vont plus tard militer pour lintégration des handicapés moteurs dans la vie quotidienne. Ils ne voient pas la différence ici et ne la verront pas à la sortie », explique le proviseur.
Lécole primaire est constituée de 6 classes de 12 élèves, encadrés par des instituteurs spécialisés. Le travail respecte les rythmes des élèves grâce à une pédagogie individualisée. « Lécole primaire accepte les enfants valides et non valides, mais nos enseignants sont des techniciens spécialistes de lapprentissage aux enfants en difficulté motrice », indique Joëlle Dugué, directrice de lécole primaire. En plus, des six maîtresses, lécole primaire est composée dinstituteurs-éducateurs qui interviennent également dans linternat et dune personne ressource en informatique. Les classes bénéficient déducateurs ou de moniteurs éducateurs du centre de soins, qui assurent le lien avec les familles et avec les rééducateurs, proposent des ateliers, des sorties
Des professeurs certifiés et agrégés des collèges enseignent les langues, la musique, léducation physique et sportive et les arts plastiques. Deux infirmières sont présentes à larrivée des élèves, aux récréations, repas et départs. Le personnel de service complète déquipe.
« Le travail avec ces enfants est très minutieux », souligne la directrice. « Organiser lemploi du temps, le programme individuel de lenfant, cest tisser une véritable petite dentelle ». Chaque classe réserve en moyenne deux plages horaires par jour au service de rééducation. Mais chaque enfant a un emploi du temps individualisé. Certains ont jusquà 12 séances de rééducation par semaine.
« Les enfants handicapés vivent la mixité comme une garantie de respect du programme scolaire, ils ne se sentent pas sous-estimés sur le plan intellectuel », note Joëlle Dugué. La mixité leur apporte aussi la normalité. « Ils sentraident, discutent du handicap, sinterrogent, ça se passe très bien. Il faut dire que les parents des enfants valides ont envie quils soient là. Ils voient les bénéfices pour leur enfant ». Les enfants valides « bénéficient de toute lattention de léquipe pédagogique et de laspect cocon chaleureux de létablissement. Travailler ici leur apprend aussi la tolérance. Cependant, jinsiste beaucoup auprès des parents pour quils pratiquent une activité sportive ou culturelle à lextérieur, afin quils vivent aussi autre chose ». A Toulouse-Lautrec, le travail avec la famille est très important. « Je reçois les parents qui désirent que leur enfant soit accueilli dans notre établissement. Accompagner son enfant dans une lieu spécialisé est toujours difficile. Je reçois lenfant un jour ou deux avant les vacances, pour quil puisse visualiser lendroit avant la rentrée. »
Lexistence détablissements adaptés, névite-t-elle pas à lécole traditionnelle daccueillir les enfants handicapés ? « laccueil ne se fait pas de la même façon », affirme Danièle Durif-Ferniot, « lécole traditionnelle nest pas adaptée aux enfants handicapés. Dans les classes dintégration scolaire (CLIS), des maternelles et des écoles primaires, de petits coins aménagés sont réservés aux enfants handicapés. Même sils se mélangent de temps en temps avec leurs camarades, cela constitue, à mon sens, une forme de ghetto ». Elle conclue « Toulouse-Lautrec est une micro-société où chaque élève peut trouver sa place. On ny pleure pas sur son sort. École de la dignité et de la solidarité, les élèves y sont complices, amis, amoureux, ouverts comme on lest à leur âge, avec, dans leurs bagages, un supplément dhumanité ».
Katia Rouff
Etablissement régional denseignement adapté Toulouse-Lautrec - 131 avenue de La Celle Saint-Cloud 92420 Vaucresson. Tél. 01 47 01 09 18.
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