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Des parents peuvent-ils inscrire facilement leurs enfants handicapés à lécole du coin ?
La scolarisation des enfants handicapés en milieu ordinaire est un droit fondamental. Elle sest développée de façon constante au cours de ces dernières années car, de plus en plus nombreux, les parents denfants handicapés sont soucieux de voir reconnu le droit de leur enfant tel quil sexprime, notamment dans une circulaire conjointe Éducation nationale/Affaires sociales du 18 novembre 1991 : « Lécole, le collège, le lycée de la commune, du quartier, du secteur ont a priori, la mission daccueillir en intégration scolaire, les élèves handicapés qui relèvent de leur secteur de recrutement. »
Dans les faits, laccueil immédiat denfants présentant un handicap à lécole maternelle et élémentaire est parfois difficile. Cest pourquoi, il est important que les parents sinforment suffisamment tôt des possibilités en ayant un premier contact avec le directeur (ou la directrice !) de lécole de leur quartier. Si celui-ci fait part de certaines difficultés liées aux caractéristiques de son école, les parents de lenfant peuvent demander les coordonnées de linspecteur de la circonscription ou du secrétaire de la commission de circonscription préscolaire et élémentaire (CCPE), qui est une émanation de la commission départementale de léducation spéciale, (CDES). Lun et lautre pourront les aider dans leurs démarches et rechercher avec eux les solutions les plus appropriées aux besoins de leur enfant et à leur souhait. Dans tous les cas, il est essentiel que les parents ne restent pas seuls.
Et quand laccueil savère possible ?
Alors, il est utile que les services spécialisés qui suivent lenfant pour des soins et des rééducations, soient informés par les parents et puissent ainsi prendre contact avec le directeur et léquipe pédagogique. Ils aideront lécole à mieux évaluer les besoins de lenfant et les aménagements qui sont à envisager. Les parents seront associés à lélaboration du projet individualisé qui doit permettre de répondre aux besoins particuliers de lenfant dans les meilleures conditions.
Quels moyens sont donnés à léquipe pédagogique pour réussir cette intégration dans lécole ordinaire ?
Léquipe pédagogique, informée suffisamment tôt, pourra être aidée dans la recherche de démarches pédagogiques adaptées. Dans ce domaine, les enseignants ayant reçu une formation spécialisée dans la prise en charge du handicap (dorigine mentale, sensorielle ou motrice) peuvent apporter informations et conseils pédagogiques à leurs collègues. Le psychologue scolaire pourra également les aider à faciliter laccueil de lélève dans la classe avec ses camarades, qui doivent, eux aussi, recevoir une information appropriée à leur âge. Le secrétaire de la commission de circonscription peut aider léquipe de lécole car il connaît les ressources existantes dans lenvironnement géographique.
Les solutions mises en uvre localement sont diverses. Certains départements ont créé des postes denseignants spécialisés itinérants qui peuvent apporter des conseils pédagogiques à leurs collègues mais aussi des aides techniques particulières, outils pédagogiques appropriés pour répondre à certaines déficiences des enfants, par exemple, visuelles ou motrices. Des actions de formation, même courtes mais bien ciblées, peuvent apporter rapidement aux enseignants des informations indispensables, parfois avec laide dassociations qui ont une bonne connaissance du handicap. Ces informations, souvent très « pratiques », permettent de réduire les inquiétudes et surtout la crainte de ne pas savoir faire.
Pour que lintégration se passe dans les meilleures conditions, il faut que les parents se sentent écoutés mais il faut aussi que les enseignants reçoivent laide dont ils ont besoin pour se sentir « compétents » face aux besoins de lenfant qui leur est confié. Dans tous les cas de figure, une bonne préparation de la démarche est une des conditions essentielles de la réussite.
Dans certains cas, une aide matérielle, dans laction au quotidien en classe, peut également être apportée par des aides éducateurs qui vont aider léquipe denseignants dans la démarche intégrative ou par des auxiliaires dintégration scolaire apportant une aide plus individualisée à lélève en particulier lorsque que celui-ci présente des restrictions importantes de son autonomie.
Un accueil trop systématique ne risque-t-il pas de banaliser la démarche dintégration et de nuire ainsi à la qualité de celle-ci ?
Sil est important déviter la stigmatisation, une banalisation excessive est préjudiciable pour lenfant, car alors il lui est demandé de faire comme sil nétait pas différent. Il est important de trouver la voie équilibrée qui permet à cet enfant dêtre un « élève » mais un élève qui doit aussi être reconnu dans sa différence.
Justement, une fois le principe de la scolarisation acquis, quelles sont les principales difficultés que vont rencontrer les parents tout au long de celle-ci ?
Aujourdhui, selon les lieux, les difficultés rencontrées par les familles sont très variables. Dune part, toutes les familles nont pas le même niveau dinformation et daccompagnement. Dans certains cas, les enfants sont déjà suivis par des services qui peuvent aider efficacement les parents dans leurs démarches. Dautre part, les écoles ne sont pas toutes également informées des possibilités et lintensité de la politique dintégration scolaire, laccompagnement des équipes pédagogiques restent différents selon les départements, parfois à lintérieur dun même département. En outre, lintégration demeure une démarche « exigeante » qui, même si elle se garde dune approche normalisatrice, va confronter lenfant lui-même à sa différence. Or tous les enfants ne disposent pas des mêmes armes pour faire face à cette confrontation. Chaque enfant, quil soit handicapé ou non, est différent. Les contraintes qui sont inhérentes à tout apprentissage, apprentissage de la socialisation aussi bien quapprentissages scolaires, ne pèsent pas de la même manière pour tous. Enfin, plus encore que pour un autre enfant, la situation de lenfant, malade ou handicapé, est fréquemment soumise à des variations, des évolutions, qui vont appeler des adaptations. Dans ce domaine, il nest pas possible démettre des règles trop générales car elles ne rendent pas compte des particularités de chacun.
Combien denfants handicapés peut-on estimer être intégrés dans une scolarisation en milieu ordinaire ?
Il est difficile de recenser avec précision le nombre denfants intégrés, pour des raisons multiples mais qui tiennent, avant tout, à la difficulté de recueil de « données sensibles ». Les estimations faites permettent dindiquer quenviron 25 000 enfants sont intégrés individuellement dans les écoles maternelles et élémentaires, 40 000 dans des dispositifs collectifs. Toutefois, dans ces dispositifs collectifs peuvent parfois être scolarisés des élèves qui rencontrent des difficultés scolaires importantes, sans cependant présenter de réelles déficiences, maladies, ou atteintes cognitives graves. Ce chiffre est donc à prendre avec prudence. Dans le second degré, 16 000 élèves présentant des handicaps sont scolarisés, le plus souvent individuellement.
En général comment se passe la cohabitation entre élèves handicapés et élèves normaux ? Avec beaucoup de problèmes ou dans le meilleur des mondes ?
Les élèves valides sont en général accueillants et témoignent leur solidarité à légard de leurs camarades handicapés. En outre, il existe, de manière certaine, des bénéfices pédagogiques non négligeables pour les élèves de létablissement scolaire qui intègre de jeunes handicapés : les adaptations pédagogiques requises par la présence dun jeune malvoyant ou non-voyant, malentendant ou sourd, savèrent utiles pour de nombreux élèves non handicapés. Des formes de tutorat peuvent également être fécondes au moins autant pour lélève-tuteur que pour celui qui bénéficie du tutorat. Plus généralement la présence de ces élèves invite les enseignants à des approches pédagogiques plus différenciées qui sont opportunes pour tous. A lévidence, dans un établissement scolaire où les adultes sont en confiance parce quils se sentent en mesure de faire face à la situation, les élèves font bon accueil à leurs camarades handicapés. Mais il ne faut pas tomber dans langélisme. Ces attitudes de solidarité, très largement répandues, nexcluent pas la nécessité ponctuelle de recours à quelques rappels à la citoyenneté et à la solidarité, pas plus cependant (et plutôt moins) que dans dautres situations sociales où, dune façon générale, des jeunes vulnérables ou fragiles, même sils ne sont pas handicapés, peuvent parfois faire lobjet de conduites, isolées certes, mais détestables.
Propos recueillis par Guy Benloulou
(1) Marie-Claude Courteix est responsable au ministère de lÉducation nationale de lintégration des élèves handicapés en milieu scolaire
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