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En septembre 2000, on estimait à 125 000 le nombre de jeunes handicapés pris en charge par le secteur médico-social et 65 000 par lÉducation nationale en milieu ordinaire (environ 24 000 dans les écoles, un peu plus de 16 000 dans les collèges et lycées à temps plein ou partiel , et moins de 25 000 dans les classes dintégration scolaire (CLIS)).
Mais, en une inlassable répétition, les lacunes de notre pays en matière dinsertion des personnes handicapées sont régulièrement pointées : ainsi, le Conseil économique et social (CES) déplorait encore, voici un an, labsence d« obligation légale dintégration scolaire pour lenfant ou ladolescent handicapé ». Et préconisait dans la foulée la reconnaissance par la loi dun principe dobligation dintégration scolaire. Deux mois plus tôt, en juillet 2000, lAssociation nationale des communautés éducatives (ANCE) avait elle aussi dénoncé la situation des enfants non scolarisés : une enquête diligentée sur neuf départements faisait alors apparaître dimportantes disparités dans la prise en charge scolaire des mineurs handicapés ; globalement, le manque denseignants spécialisés était souligné. Un an auparavant, la fédération des associations pour adultes et jeunes handicapés (APAJH) avait signalé des décisions de terrain de certaines académies, en contradiction avec les annonces gouvernementales et les textes en vigueur. Certains syndicats, telle la CFDT santé-sociaux, réclamait lamélioration de la connaissance statistique au regard de la diversité des handicaps, le décloisonnement de lÉducation nationale et de la DAS, lamélioration des formations initiales et permanentes
Etc.
Une loi du 15 avril 1909 avait créé des classes de perfectionnement annexées aux écoles élémentaires pour y accueillir les enfants dits alors « arriérés ». Aujourdhui, le dispositif existe bel et bien, plusieurs circulaires layant balisé depuis dix ans. Cest en 1985 que les établissements régionaux denseignement adapté (ÉREA) ont remplacé les écoles nationales de perfectionnement (ENP), elles-mêmes créées en 1951 pour les « élèves ne pouvant fréquenter utilement les classes normales denseignement général ou professionnel » : déficients intellectuels légers ou moyens, déficients moteurs ou sensoriels, mais aussi enfants dits cas sociaux ou caractériels. Cest à partir de la loi du 30 juin 1975 instituant lobligation éducative pour tous les enfants et adolescents handicapés que les ENP, puis les ÉREA, reçurent les enfants sur décision des Commissions départementales de léducation spéciale (CDES). Et quatorze ans plus tard, la loi dorientation sur léducation (10 juillet 1989) confortera encore la nécessité de favoriser lintégration scolaire des jeunes handicapés.
Une circulaire (n°90-082) du 9 avril 1990 définissait lorganisation dun dispositif départemental daides spécialisées aux élèves en difficulté. Lannée suivante, une seconde circulaire (n°91-304) allait préciser les objectifs, lorganisation et le fonctionnement des CLIS, qui se substituaient ainsi aux classes spéciales (pour handicapés sensoriels, pour handicapés moteurs, classes de perfectionnement, etc.). Ces classes organisent une scolarité adaptée pour les élèves handicapés « qui ne peuvent, dans limmédiat, être accueillis dans une classe ordinaire et pour lesquels ladmission dans un établissement spécialisé ne simpose pas ». Limitées à douze élèves, confiées à des enseignants spécialisés en lien parfois avec un autre établissement si lenfant est pris en charge par ailleurs , elle doivent permettre aux handicapés physiques ou mentaux, « une scolarité adaptée à leur âge et à leurs capacités, à la nature et à limportance de leur handicap », avec pour objectif la poursuite totale ou partielle dun cursus scolaire ordinaire. Les classes dintégration scolaire concernent les enfants atteints dun handicap mental (CLIS 1), auditif (CLIS 2), visuel (CLIS 3) ou moteur (CLIS 4).
Deux autres textes (circulaires n°95-124 et n° 95-125 du 17 mai 1995) vont sintéresser plus spécifiquement « à lintégration scolaire des pré-adolescents et adolescents présentant des handicaps au collège et au lycée ». Un dispositif particulier, lunité pédagogique dintégration (UPI) était mis en place dans quelques établissements, pour certains élèves présentant un handicap mental. Après accord de la CDES ou de la Commission de circonscription du second degré (CCSD) (voir encadré), une convention dintégration peut être signée avec un centre de soin, un établissement ou un service spécialisé (1). Un suivi personnalisé dans les disciplines enseignées sexerce alors, en étroite concertation en principe avec les établissements spécialisés.
En date du 21 février 2001 et se substituant aux deux précédentes une circulaire (n°2001/104) jugeait toutefois « indispensable de mettre en uvre dans chaque académie, un plan de scolarisation des élèves handicapés dans les collèges, lycées denseignement général et lycées professionnels » pour assurer aux jeunes présentant des handicaps ou des maladies invalidantes « un parcours individuel sans rupture ». La création de nouvelles UPI était prévue en collège et en lycée pour les élèves présentant des déficiences sensorielles et motrices. Lunité en question accueille des élèves sortant des CLIS de lécole primaire pour lesquels la CDES a estimé possible la poursuite dune scolarité en établissement ordinaire, ou bien des élèves sortant dun séjour en établissement médico-éducatif ou en structures de soins et en mesure (après accord de la CDES) de poursuivre leur scolarité.
Un projet individualisé dintégration est alors établi, à partir de lidentification des besoins et potentialités de lélève, et définit des objectifs. Il doit associer en principe lélève et ses parents, lenseignant chargé de la coordination de lUPI, léquipe assurant le soutien scolaire spécialisé, les personnels de létablissement ou du service spécialisé, ou encore les personnels médicaux ou paramédicaux exerçant en libéral, le médecin et linfirmière de lÉducation nationale, un conseiller dorientation et la CCSD.
Alors, en regard de cet arsenal, quen est-il aujourdhui ? Un plan dactions en faveur des personnes handicapées, présenté par Ségolène Royal en conseil des ministres le 18 juillet 2001, entendait donner encore de « nouvelles impulsions » ; tout le chapitre 2 est dailleurs consacré à lintégration scolaire. Il y est donc de nouveau question de développement des CLIS et des UPI en collège et en lycée, classes désormais étendues à laccueil des élèves atteints de déficiences motrices et sensorielles ; les SESSAD doivent voir leur capacité augmenter ; des CAMSP doivent sinstaller dans tous les départements
Des crédits destinés à lachat de matériels pédagogiques essentiellement de lordre de linformatique adaptée (claviers spécialisés, plage tactile pour le braille, téléthèse de communication, etc.) sont délégués aux académies en trois tranches annuelles 2001-2003 (56,6 MF chacune). De nouvelles mesures (mesurettes ?) « complètent » le plan : édition adaptée de manuels scolaires pour les élèves déficients visuels, révision des conditions particulières dexamen pour les élèves handicapés, constitution dun référentiel de compétence en langue française des signes, plan daction pour les enfants atteints de troubles du langage
Dès cette rentrée de septembre 2001, un dispositif daccueil et dassistance des familles et des écoles rencontrant des difficultés pour scolariser un enfant handicapé est opérationnel, avec lappui des commissions de léducation spéciale. Mille postes supplémentaires dauxiliaires de vie scolaire doivent permettre lintégration denviron deux mille enfants.
Dès septembre 2001, un dispositif de rentrée scolaire est fonctionnel. Néanmoins, observe prudemment le ministère, « les risques de surenchère, au demeurant fort compréhensibles, entre les parents et les établissements scolaires, doivent être maîtrisés par les présidents des commissions »
Un bilan des difficultés et des dysfonctionnements sera établi (dus aux enseignants, aux familles ou aux structures) et présenté au mois de novembre à une réunion de groupe départemental Handiscol. À partir de là, un travail « approfondi » sera initié, dont les conclusions seront présentées en janvier 2002.
En effet, il sagit bien dune logique à inverser : il est plus que nécessaire que laccueil devienne comme allant de soi, naturel, et que le non-accueil fasse lobjet dexplications. Ce qui est loin dêtre le cas actuellement. « Lintégration de chaque élève en situation de handicap vivifie laction pédagogique », estiment les deux ministres en conclusion de leur plan daction, « entraîne des progrès pour lenseignement et léducation de tous, constitue une dimension exceptionnelle déducation civique. Chaque école, chaque collège, chaque lycée qui nintègre aucun élève handicapé doit se dire quil ne remplit pas totalement sa mission et doit rechercher les moyens de le faire ». Cest parfaitement clair.
Joël Plantet
(1) Service déducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD) ou centre daction médico-sociale précoce (CAMSP), par exemple.
Mis en place en février 1999 par
la même Ségolène Royal (alors ministre déléguée à lenseignement scolaire) et Bernard Kouchner (alors secrétaire dÉtat à la Santé et à lAction sociale), Handiscol proposait déjà la création, pour les professionnels et pour les familles, dune cellule découte nationale, dun guide dinformation, et linstallation de groupes départementaux de coordination ; dautre part, des mesures concernant laccessibilité des locaux, le recrutement demplois-jeunes pour servir d« auxiliaires dintégration » et la formation spécifique des enseignants à laccueil dun enfant handicapé étaient également préconisées.
Lors de la présentation par Lionel Jospin, fin janvier 2001, du plan triennal damélioration de lintégration des handicapés, devant le Comité national consultatif des personnes handicapées (CNCPH), il avait été prévu le doublement du nombre des enfants et adolescents accueillis en milieu scolaire ordinaire. « Ce nest plus seulement à lélève, mais aussi à lécole, de sadapter pour accueillir les enfants dans toutes leurs différences », avait indiqué le Premier ministre.
Un numéro Azur (0810 55 55 01) est affecté à Handiscol, accessible de 9 h 00 à 12 h 00 et de 13 h 30 à 17 h 00.
Lorientation vers une unité pédagogique dintégration (UPI) est notifiée par la commission de circonscription du second degré (CCSD), qui procède également à laffectation de lélève. Lintervention de la CDES (Commission départementale de léducation spéciale) est requise lorsque la mise en uvre du projet dintégration scolaire demande lorganisation de soins et de soutiens spécialisés entraînant une prise en charge financière (dans les cas prévus par la loi dorientation du 30 juin 1975). La CCSD est compétente dans les autres cas, mais tient informée la CDES des intégrations réalisées.
La CCSD participe à la définition des objectifs et au suivi des projets individualisés dintégration. Elle est destinataire dun exemplaire de chaque projet individuel dintégration. Elle en est le garant auprès des familles. Elle doit être saisie en cas de difficulté et exercer toutes ses responsabilités. Si la CCSD ne peut résoudre seule le problème qui lui est soumis, elle doit, sans tarder, saisir la CDES.
(À partir de la circulaire du 21 février 2001 sur la scolarisation des élèves handicapés dans les établissements du second degré, collèges et lycées Développement des unités pédagogique dintégration).
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