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Mandat a été donné au Conseil supérieur du travail social de réfléchir sur la nécessité de définir ou non des règles déontologiques communes à lensemble du secteur, sur lopportunité de les formaliser dans un code, et sur léventualité de la création dune instance chargée de réguler les questions pouvant se poser quant à lapplication de ces règles (lire interwiev de Patrick Reungoat).
Toute étude portant sur les questions déthique et de déontologie ne peut faire léconomie dune première phase consacrée à la définition des concepts employés. Le rapport du CSTS ne fait pas exception. Premier constat : il ne peut y avoir que chevauchement entre les valeurs morales (qui simposent aux hommes), la déontologie (qui simpose aux professionnels) et les valeurs éthiques (qui renvoient à des choix librement consentis). Pour autant, on ne peut confondre ces concepts les uns avec les autres.
Toute société est organisée autour dun certain nombre de normes qui assurent une fonction de cohésion et de modélisation des conduites. Cest aussi le cas pour une profession qui se structure à partir dun registre de règles instituées, de limites, de devoirs et dinscription dans un collectif de référence. Cest le domaine de la déontologie construite autour de codes. Ces textes de référence sont révisables et sadaptent aux évolutions du temps. Il y a ceux qui ont un statut juridique et qui simposent aux professionnels, tout manquement relevant dun « ordre » (médecins, architectes, avocats
). Et puis, il y a les codes dorigine associative, qui ont une valeur avant tout morale. Dans le secteur social, cest le second cas qui sapplique : on y distingue les textes des professionnels (plus consacrés aux intervenants : droits et devoirs face aux usagers, besoin de se questionner) et les textes des associations et collectivités territoriales (qui sorientent plus vers le droit des usagers). Les codes sappuient sur des valeurs de différents niveaux. Valeurs humaines tout dabord : ce qui est attendu du professionnel (loyauté, tolérance, compétence, engagement
), humanisme envers lusager (respect, écoute, autonomie). Valeurs, ensuite, fondées sur le droit : discrétion, confidentialité, droits individuels et collectifs. Valeurs démocratiques, enfin : conceptions républicaines, maintien de la paix, protection des biens et des personnes, liberté et citoyenneté. Peuvent aussi être évoquées les zones de conflit possible : loyauté du travailleur social face à certaines ambivalences, comme par exemple entre les tâches daide et de contrôle ou encore entre les exigences defficacité et de rentabilité et lintérêt de lusager.
Léthique, quant à elle, se refuse à apporter une réponse toute faite en visant à un objectif bien plus large : réaliser le bien-être existentiel de lêtre humain. Dans les pratiques sociales, léthique est plutôt du registre du questionnement individuel et collectif et du moment de laction. Elle implique le développement du jugement personnel.
Mais, le débat sappauvrirait, sil se limitait à ces deux concepts pourtant essentiels. Toute pratique professionnelle sinscrit dans des normes et références collectives et participe dun espace politique démocratique. Elle dépend dun cadre réglementaire qui linstitue et qui est opposable tant à lusager quà linstitution ou au travailleur social lui-même. Aussi, aucune déontologie népargnera à aucun professionnel linterrogation sur sa pratique et ses actes propres au-delà des règles fixées. Quant à léthique, si elle se réduit à une échelle de valeurs sans jamais se référer au contexte social qui contribue à les faire reconnaître en tant que tel, elle se condamne alors à être un discours en boucle dautolégitimation professionnelle. Doù la pertinence du développement de protocoles institutionnels danalyse des pratiques. Il sagit doffrir des espaces de temps et de débat permettant la confrontation des valeurs de linstitution avec celles propres de chaque membre de léquipe. En effet, la pluralité des acteurs de production normative nécessite que se débattent et sélaborent des significations communes. On se situe dès lors pour le professionnel dans une double logique dobligation (donner à voir sa pratique et être interpellé par ses pairs) mais aussi de garantie (pour lusager ne pas être soumis aux variations dhumeur du travailleur social et pour ce dernier pouvoir interpeller linstitution et en recevoir une réponse).
Le rapport du CSTS se termine par un certain nombre de préconisations adressées aux différentes catégories concernées : aux patriciens de terrain et leur encadrement (mettre en uvre ces analyses des pratiques), aux centres de formation (intégrer la dimension déontologique et éthique à leur cursus), aux employeurs (garantir les conditions de fonctionnement en cohérence avec cette même dimension), enfin à ladministration et à lÉtat (instaurer une mission permanente servant de lieu dinterpellation, de veille et de visibilisation de ce qui est mis en uvre).
Jacques Trémintin
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