![]() |
||
Comment les associations intermédiaires se positionnent-elles dans leurs missions anciennes et nouvelles ?
Les associations intermédiaires sont apparues dabord en réponse à lémergence du chômage de masse dans les années 80. Il sagissait avant tout dapporter une réponse conjoncturelle à une situation de crise quon pensait passagère, à savoir déviter que des personnes au chômage perdent le contact avec le monde du travail et entament la spirale, hélas trop connue, de lexclusion. Cétait aussi, répondre aux situations de fin de droits. Elles sont nées non seulement de linitiative de politiques mais aussi de celles de tous les autres acteurs dun territoire : syndicalistes, chefs dentreprises, travailleurs sociaux, acteurs de mouvements caritatifs, retraités, actifs
Cette dynamique de création reste toujours celle de notre fédération qui milite dans le cadre dun projet associatif.
Dans le cadre de la loi de lutte contre les exclusions de juillet 98, 3 types de structures dinsertion par lactivité économique figurent de plein droit dans les secteurs marchands concurrentiels : les AI, les EI (entreprises dinsertion) et les ETTI (entreprises de travail temporaire dinsertion). Sur la mise à disposition en entreprise par les associations intermédiaires limitée à 240 heures : nous avons protesté fortement contre cette disposition réglementaire car elle se « légitime » par des problèmes de concurrence sur le marché de linsertion et non par lintérêt des demandeurs demploi ce qui est un comble, dautant que la moyenne de mise à disposition en entreprise ouvrant de réelles chances de requalification sociale et professionnelle sévalue à plus de 300 heures par an, ce qui prouve labsurdité de la limite des 240 heures lorsque la personne nest pas prête à passer en ETTI ou lorsquil ny a pas dETTI à proximité. Jajoute également que lassociation intermédiaire permet aux personnes dexpérimenter des secteurs dactivités différents ce qui autorise de construire avec plus de chances de succès un réel projet professionnel : les AI ont à ce titre un rôle dorientation essentiel alors même que les personnes employées par lETTI ont déjà un projet professionnel plus affirmé pour la plupart.
Cela signifie-t-il quactuellement vous navez pas réellement les moyens de réinsérer des personnes en grande difficulté ?
Par rapport à nos difficultés actuelles : je confirme que notre public est de plus en plus éloigné de lemploi avec des problèmes non seulement de savoir-faire, déficit des connaissances de base, absence de qualification, absence de projet, perte des repères par rapport à la « valeur travail », mais aussi de savoir-être. Le problème auquel nous sommes confrontés est donc double : linadéquation entre loffre et la demande sur le secteur des entreprises (doù une baisse dactivités importante pour une majorité dassociations intermédiaires), et la nécessité dune plus grande vigilance pour la mise à disposition chez les particuliers.
Ce recentrage de la pratique des associations intermédiaires nécessite-t-il des formations supplémentaires pour leurs intervenants ?
Notre réseau travaille depuis plusieurs années à la qualification des salariés permanents des structures et donc des associations intermédiaires. La problématique complexe des personnes, la nécessité de travailler avec elles dans la durée voudraient que nous puissions renforcer qualitativement et quantitativement les équipes de permanents, ce qui induit naturellement les niveaux correspondants de rémunération. Or, hormis lexonération de charges sociales patronales, et les mesures daccompagnement social individualisé
arrachées de haute lutte, les associations intermédiaires ne bénéficient pas dun financement pour leur fonction de suivi et daccompagnement. Autrement dit, elles ont aujourdhui autant de devoirs mais moins de droits que les EI et les ETTI !
Il nous faut donc envisager deux perspectives : dune part, resserrer les liens avec les acteurs du territoire et en particulier avec les partenaires sociaux avec une entrée filières métiers ; et dautre part, travailler les articulations en amont (avec les chantiers dinsertion par exemple) et en aval de lAI pour des parcours cohérents avec lobjectif de retour à lemploi de droit commun.
Enfin, je reprécise, et jy tiens, que la fédération Coorace regroupe certes une majorité dassociations intermédiaires mais quelle fédère quelque 60 ETTI, plus dune quarantaine dassociations de services aux personnes (sous label ProximServices), une centaine de chantiers dinsertion, et seulement quelques EI.
Quel est pour vous lenjeu principal de demain pour les associations intermédiaires ?
Quelle que soit la couleur politique du gouvernement il y a toujours eu un désir non avoué dinstrumentaliser le secteur de lactivité par linsertion économique, or, nous revendiquons depuis notre création de pouvoir travailler dans le cadre associatif, car cest bien la mobilisation des acteurs dun territoire qui peut aider à dépasser le problème du chômage et de lexclusion. Et même si on peut collaborer à la mise en uvre des politiques publiques, on ne peut en aucun cas devenir des prestataires de services.
Propos recueillis par Guy Benloulou
| Revenir à l'index, à la page de garde. |
Droits de reproduction et de diffusion réservés © Lien Social 2000 |