Numéro 580, 14 juin 2001

Les associations intermédiaires face aux défis à relever

Une population de plus en plus difficile

Au début il s’agissait de sortir d’affaire des chômeurs en fin de droit, aujourd’hui il faut aider des gens sans aucune qualification et en situation d’exclusion. Tout cela avec moins de moyen. Néanmoins la foi dans un combat associatif est entière. Témoignage de Jacqueline Saint-Yves, présidente de la fédération COORACE


Comment les associations intermédiaires se positionnent-elles dans leurs missions anciennes et nouvelles ?

Les associations intermédiaires sont apparues d’abord en réponse à l’émergence du chômage de masse dans les années 80. Il s’agissait avant tout d’apporter une réponse conjoncturelle à une situation de crise qu’on pensait passagère, à savoir d’éviter que des personnes au chômage perdent le contact avec le monde du travail et entament la spirale, hélas trop connue, de l’exclusion. C’était aussi, répondre aux situations de fin de droits. Elles sont nées non seulement de l’initiative de politiques mais aussi de celles de tous les autres acteurs d’un territoire : syndicalistes, chefs d’entreprises, travailleurs sociaux, acteurs de mouvements caritatifs, retraités, actifs… Cette dynamique de création reste toujours celle de notre fédération qui milite dans le cadre d’un projet associatif.
Dans le cadre de la loi de lutte contre les exclusions de juillet 98, 3 types de structures d’insertion par l’activité économique figurent de plein droit dans les secteurs marchands concurrentiels : les AI, les EI (entreprises d’insertion) et les ETTI (entreprises de travail temporaire d’insertion). Sur la mise à disposition en entreprise par les associations intermédiaires limitée à 240 heures : nous avons protesté fortement contre cette disposition réglementaire car elle se « légitime » par des problèmes de concurrence sur le marché de l’insertion et non par l’intérêt des demandeurs d’emploi ce qui est un comble, d’autant que la moyenne de mise à disposition en entreprise ouvrant de réelles chances de requalification sociale et professionnelle s’évalue à plus de 300 heures par an, ce qui prouve l’absurdité de la limite des 240 heures lorsque la personne n’est pas prête à passer en ETTI ou lorsqu’il n’y a pas d’ETTI à proximité. J’ajoute également que l’association intermédiaire permet aux personnes d’expérimenter des secteurs d’activités différents ce qui autorise de construire avec plus de chances de succès un réel projet professionnel : les AI ont à ce titre un rôle d’orientation essentiel alors même que les personnes employées par l’ETTI ont déjà un projet professionnel plus affirmé pour la plupart.

Cela signifie-t-il qu’actuellement vous n’avez pas réellement les moyens de réinsérer des personnes en grande difficulté ?

Par rapport à nos difficultés actuelles : je confirme que notre public est de plus en plus éloigné de l’emploi avec des problèmes non seulement de savoir-faire, déficit des connaissances de base, absence de qualification, absence de projet, perte des repères par rapport à la « valeur travail », mais aussi de savoir-être. Le problème auquel nous sommes confrontés est donc double : l’inadéquation entre l’offre et la demande sur le secteur des entreprises (d’où une baisse d’activités importante pour une majorité d’associations intermédiaires), et la nécessité d’une plus grande vigilance pour la mise à disposition chez les particuliers.

Ce recentrage de la pratique des associations intermédiaires nécessite-t-il des formations supplémentaires pour leurs intervenants ?

Notre réseau travaille depuis plusieurs années à la qualification des salariés permanents des structures et donc des associations intermédiaires. La problématique complexe des personnes, la nécessité de travailler avec elles dans la durée voudraient que nous puissions renforcer qualitativement et quantitativement les équipes de permanents, ce qui induit naturellement les niveaux correspondants de rémunération. Or, hormis l’exonération de charges sociales patronales, et les mesures d’accompagnement social individualisé… arrachées de haute lutte, les associations intermédiaires ne bénéficient pas d’un financement pour leur fonction de suivi et d’accompagnement. Autrement dit, elles ont aujourd’hui autant de devoirs mais moins de droits que les EI et les ETTI !
Il nous faut donc envisager deux perspectives : d’une part, resserrer les liens avec les acteurs du territoire et en particulier avec les partenaires sociaux avec une entrée filières métiers ; et d’autre part, travailler les articulations en amont (avec les chantiers d’insertion par exemple) et en aval de l’AI pour des parcours cohérents avec l’objectif de retour à l’emploi de droit commun.
Enfin, je reprécise, et j’y tiens, que la fédération Coorace regroupe certes une majorité d’associations intermédiaires mais qu’elle fédère quelque 60 ETTI, plus d’une quarantaine d’associations de services aux personnes (sous label Proxim’Services), une centaine de chantiers d’insertion, et seulement quelques EI.

Quel est pour vous l’enjeu principal de demain pour les associations intermédiaires ?

Quelle que soit la couleur politique du gouvernement il y a toujours eu un désir non avoué d’instrumentaliser le secteur de l’activité par l’insertion économique, or, nous revendiquons depuis notre création de pouvoir travailler dans le cadre associatif, car c’est bien la mobilisation des acteurs d’un territoire qui peut aider à dépasser le problème du chômage et de l’exclusion. Et même si on peut collaborer à la mise en œuvre des politiques publiques, on ne peut en aucun cas devenir des prestataires de services.

Propos recueillis par Guy Benloulou


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