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Elles ont à peine quinze ans. Créées par une loi de janvier 1987 et législativement modifiées déjà plusieurs fois, les associations intermédiaires (AI) mettent des personnes en difficulté à disposition dentreprises ou de particuliers, « à titre onéreux mais à but non lucratif ». La loi de lutte contre les exclusions a supprimé, il y a trois ans, une clause de non-concurrence interdisant lintervention pour des activités assurées par linitiative privée ou publique. Ce qui était bien. Mais en contrepartie, le nombre dheures autorisées pour une personne mise à la disposition par une association intermédiaire chez un employeur a été limité à 240 heures par an au lieu des 750 heures accordées précédemment. Ce qui est catastrophique. Et cela même si la loi permet la création dentreprise de travail temporaire dinsertion (ETTI) avec des contrats dune durée de 24 mois pouvant déboucher sur des CDD. En effet, actuellement, celles-ci nont pas la capacité daccueillir la totalité des salariés des AI. Cette restriction à 240 heures a donc provoqué la fermeture de certaines structures, la diminution des effectifs et du volume dheures travaillées, le licenciement dencadrant
Autre regret, celui de ne pas voir financer les accompagnateurs sociaux des personnes en difficulté. Or, les personnes les plus éloignées de lemploi, cumulant les difficultés dordre personnel, familial, professionnel, nont pu bénéficier du retour à la croissance ; ce sont elles qui constituent dorénavant la majeure partie des personnes accueillies dans les AI. Bref, la suppression pure et simple de cette limitation des 240 heures de travail est ardemment revendiquée par les associations, certaines régions comme lAquitaine ne lâchant pas prise, la lutte est portée par une gazette associative, Lintermédiaire (1). Une toute neuve Union nationale des associations intermédiaires (UNAI) dont les statuts doivent être déposés dici la fin de lannée est dailleurs née fin mars dernier, rassemblant actuellement près de cent cinquante structures, beaucoup étant déjà regroupées au sein de réseaux départementaux ou régionaux.
Sestimant probablement mal représentés par les structures déjà existantes et vivement inquiets des effets de la loi contre les exclusions, les fondateurs de lUNAI se sont fixés comme objectifs la défense, la représentation et la fédération des associations intermédiaires. Ils veulent que leur union soit également un lieu de réflexion sur les AI et sur leur place au sein de linsertion par lactivité économique.
LUNAI menait sa première action politique en rencontrant des représentants du ministère de lEmploi et de la Solidarité le 3 avril 2001 pour sentretenir de la situation des associations intermédiaires et leur proposer les modifications quelle souhaiterait voir apporter aux décrets : financement de laccompagnement social effectué dans les associations intermédiaires, abrogation des limites dintervention en secteur marchand, clarification du rôle des différentes tutelles (DDTEFP, ANPE, DGAS).
« Du contexte économique et social découle lexclusion dun nombre grandissant de personnes », soutiennent les initiateurs de laccord de partenariat. « Les associations intermédiaires, qui ont pour vocation linsertion par lactivité économique [ ] ont une éthique commune : elles ont lambition dagir concrètement afin que chaque personne en situation de précarité puisse développer ses potentialités, améliorer son statut social et reconquérir ainsi une citoyenneté à part entière. »
Les signataires du texte sengagent à mener sur leur territoire (région, département, commune ) les actions nécessaires à la défense des associations intermédiaires, et à diffuser les informations les concernant. Ils ont, de manière fort éloquente, fait part de la baisse de loffre dinsertion.
Autre exemple, dans le département de la Somme, le taux dencadrement est passé entre 1998 et 1999 de 1,18 à 0,86 encadrants pour 10 salariés en insertion en équivalent temps plein (ETP)). Phénomène dautant plus paradoxal que le public accueilli nécessite un accompagnement plus lourd en amont de la remise au travail.
Les fondateurs de lUNAI dénoncent par ailleurs des parcours dinsertion interrompus, les décrets nenvisageant pas ce quil advient de la personne si, à lissue des 240 heures, les difficultés persistent ; ils pointent une surcharge du travail administratif, au détriment de laccompagnement socioprofessionnel : laugmentation de la part des particuliers dans lactivité des AI amène une augmentation de la gestion administrative de contrats de mises à disposition représentant peu dheures, les liens avec les différentes administrations se complexifient et salourdissent par la rédaction des nombreux dossiers de conventionnement, de rapports, de demandes dagrément ; ils signalent aussi une féminisation du public : selon la DARES (direction de lanimation et de la recherche des études et des statistiques), les AI ont enregistré en 1999, au niveau national, une nette augmentation de la part des femmes (55 % contre 53 % en 98) liée à laugmentation des emplois à domicile et dentretien. Était également constatée une augmentation de la part des heures travaillées chez les particuliers (+ 5 %) au détriment de celles effectuées en entreprises (- 5 %).
Partant de ces constats, lUNAI élaborait quelques propositions pour le plan national daction pour linclusion : consolidation du dispositif association intermédiaire, double financement de laccueil (avec un minimum d1/2 poste jusquà 10 000 heures de mises à disposition (ce qui permet la prise en compte des petites structures) puis un poste au-delà des 10.000 heures travaillées) et de laccompagnement socioprofessionnel (proportionnel au nombre dheures de mises à disposition réalisées au cours de lannée de référence).
Le seuil des 240 heures représentant un frein à linsertion des personnes les plus en difficulté, lUNAI demande labrogation des limites dintervention en secteur marchand : « Nous travaillons sur des parcours dinsertion, cette limite ne tient pas compte des problématiques de chaque individu : certains salariés pourront accéder au marché du travail ou être envoyés dans une ETTI après 110 heures, dautres auront besoin dune immersion plus lente et plus progressive dans le secteur marchand et nécessiteront 400 heures. Il sagit de prendre en compte les particularités individuelles. »
En outre, le rôle des différentes tutelles pourrait être clarifié : lintervention de lANPE pourrait se situer en amont du parcours dinsertion, cest-à-dire à lentrée du dispositif et en aval à lissue du parcours en AI. Dautre part, la DGEFP (direction générale de lemploi et de la formation professionnelle) pourrait unifier leurs pratiques : « Certaines DDTEFP [direction départementale du travail, de lemploi et de la formation professionnelle] refusent la signature de convention entre AI et ETTI pour le financement de laccompagnement social réalisé par lAI au bénéfice des salariés ETTI ou dautres imposent au CDIAE (conseil départemental de linsertion par lactivité économique) leur vision du secteur de lIAE sans concertation », se plaignent les signataires. Enfin la direction générale de laction sociale (DGAS) pourrait faire en sorte que le rôle des DDASS « soit prépondérant dans le fonctionnement et le financement du dispositif AI du fait même de son expertise en termes dévaluation des pratiques sociales ».
La réflexion autour de ces questions est fortement dactualité : dans les propositions émises le 29 mai 2001 par le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et lexclusion sociale (CNLE) (2), les deux premières du chapitre Accès à lemploi sont ainsi formulées : « Dispenser, par voie législative, les associations intermédiaires de la condition dactivité pour les services rendus aux personnes physiques à leur domicile même au-delà de 70 ans, dans le cas demplois nexigeant aucun agrément ; développer des conventions daccompagnement professionnel et social jusque dans lentreprise pour les publics les plus éloignés de lemploi »
À loccasion de son congrès réuni les 14 et 15 juin 2001 à Toulouse (voir linterview de sa présidente), la Fédération des comités et organismes daide aux chômeurs par lemploi (COORACE) (3) lance son 2ème prix de linnovation : il sagit de récompenser laction des structures en faveur des demandeurs demploi, mais aussi de sensibiliser un large public aux efforts entrepris par les structures dinsertion pour permettre laccès à lemploi de tous. Linnovation, en loccurrence, concerne lensemble des relations économiques et sociales, et peut sappliquer à la mise en valeur dune ressource encore inexploitée, la création de nouveaux débouchés et de nouveaux gisements demploi sur un territoire.
Par ailleurs, un amendement semble attendu par les associations intermédiaires dans le projet de loi de modernisation sociale, déjà adopté lors de lexamen en première lecture par lAssemblée nationale : il confirme la possibilité pour les associations intermédiaires de faire bénéficier certains de leurs clients, les particuliers, dune réduction dimpôt, sans pour autant être soumis à la clause dexclusivité (art. L. 129-1 du code du travail concernant le secteur du service aux particuliers). Mais le projet de loi récemment reportée à la mi-juin 2001, lossature du nouveau texte devait être connue 13 juin 2001 , de fait, repousse ladoption définitive du texte à lautomne.
À lavance, la fédération Coorace « se réjouit de cette avancée », quelle avait dailleurs négocié avec le ministère. Cet amendement constitue selon elle une sortie du système de dérogations provisoires qui prévalait depuis la loi du 29 janvier 1996 en faveur du développement des emplois de services aux particuliers. Il permettra, selon la fédération, aux associations intermédiaires de « poursuivre efficacement leur mission auprès des personnes rencontrant des difficultés dinsertion sociale et professionnelle particulières. »
Joël Plantet
(1) Lintermédiaire, journal dAquitaine des associations intermédiaires - 4 mail du Grand Caillou - 33320 Eysines. Tél. 05 56 57 77 48. unaid33@quaternet.fr
(2) CNLE - 7-11 Place des Cinq Martyrs du Lycée Buffon - 75007 Paris cedex 15. Tél. 01 44 36 90 07.
(3) COORACE - 17 rue Froment - 75011 Paris. Tél. 01 49 23 70 50.
Créée en 1990 à linitiative dun centre social rural, lassociation Pays de Bray Emploi couvre deux cantons et dix-huit communes, soit une population de près de 13 000 habitants (1). La région, comme trop dautres, se caractérise par un taux de chômage élevé, et il sagit certes de participer à la lutte contre lexclusion, mais aussi de pallier le manque de service en milieu rural. Composé de neuf personnes, le conseil dadministration réunit des maires ou des adjoints, un conseiller ANPE, des artisans (également donneurs dordres), mais pas de travailleurs sociaux
Il sagit, là aussi dans une logique de proximité, de favoriser linsertion sociale et professionnelle des demandeurs demploi, de rompre leur isolement et de leur donner les moyens de retrouver davantage dautonomie et de dignité. La mise en uvre de linsertion se fait par le travail rémunéré auprès de particuliers, de collectivités, dassociations et dartisans. « Nous travaillons en synergie avec toutes les compétences disponibles », insiste la responsable, Nadine Patrelle : réseau socio-économique à entretenir, partenariat avec les élus, coopération avec lANPE, participation des salariés à des formations mises en place par dautres associations ou centres sociaux, orientation vers lanimateur local dinsertion, les assistantes sociales ou lagent de probation, etc.
153 personnes dont 105 femmes ont été « mises à disposition » pour lannée 2000. Trente-cinq avaient moins de 26 ans, cent quatre (dont soixante-douze femmes) entre 26 et 50 ans, et quatorze plus de 50 ans. La prise de contact se fait via la mission locale, lANPE ou les divers partenaires sociaux. Il est demandé un curriculum vitae, une pièce didentité, une carte dassuré social. La prestation est facturée 64 francs de lheure. Y a-t-il eu des incidents ? Des problèmes de retards, certes, voire de comportement, mais aucun problème majeur : en onze années dexistence, par exemple, aucune plainte na jamais été portée.
Là aussi, lincidence de la loi contre lexclusion se fait sentir (lire page 4). Les statistiques 1999/2000 font apparaître une nette baisse des heures travaillées : 45 146 il y a deux ans, contre 32 144 lan dernier. Plus largement, sur douze des dix-neuf associations intermédiaires de lOise, les ETP par mois sont passés de 177 pour 1998 à 46 en 2000.
Pays de Bray Emploi est représentative des tendances évoquées : ici, nous indique léquipe, les publics sont de plus en plus précaires, les meilleurs partant en agence dintérim ; restent les plus démunis, les moins structurés. En outre, 70 % des salarié (e) s sont des femmes, le plus souvent dévolues à laide à domicile ; toutefois, depuis cette année et à leur demande, on leur permet de soccuper des espaces verts, travaux considérés comme essentiellement masculins (certains clients refusent encore lintervention dune femme pour certaines tâches). Depuis 1999, lembauche dun formateur chargé de mission à temps partiel permet un meilleur accompagnement et des formules innovantes, tel le travail en binôme.
Les difficultés sont vives ici et lactivité à la baisse : les associations sont incitées à se fédérer pour mettre leurs moyens en commun afin de réduire les coûts. Schématiquement, il est demandé à la petite association intermédiaire de sintégrer dans la grosse entreprise de travail temporaire dinsertion. Dailleurs, il est ici actuellement question de la création dune ETTI, à linitiative de quatre associations du département. Question de survie. Un projet, Les jardins de Bray, devrait sadresser bientôt aux bénéficiaires du RMI, avec laide du conseil général. La création dune association demplois familiaux, sur des cantons limitrophes, est également souhaitée.
Le partenariat est dautant plus aisé que Pays de Bray Emploi se situe dans les locaux du centre social rural, dans lequel exercent les travailleurs sociaux de la mission locale, les assistantes sociales du conseil général, des personnels de lANPE et une entreprise dinsertion.
Léo Grenel
(1) Pays de Bray Emploi - 4 rue des Écoles - 60850 Le Coudray Saint-Germer. Tél. 03 44 81 63 27
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