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Le projet de réforme sur lautorité parentale semble repositionner la place du père et de la mère sur le plan familial et sociétal. Pourriez-vous nous préciser les concepts et les mesures concrètes qui vous paraissent indispensables à mettre en place ?
Irène Théry : La place du père a été surtout fragilisée dans les situations de rupture du couple. Le grand changement consiste depuis 1993 à avoir pour objectif de maintenir le lien de lenfant à ses deux parents et légale responsabilité de ceux-ci. Mais ce principe reste trop souvent lettre morte. De là, la réforme : il sagit de favoriser la co-parentalité, cest-à-dire concrètement toutes les mesures qui permettent quil ny ait plus un parent principal et un parent secondaire. Je pense que la suppression de la notion de résidence principale va dans ce sens : lenfant doit être chez lui aussi bien chez son père que chez sa mère. Ce qui veut dire concrètement que le père divorcé doit pouvoir par exemple obtenir un HLM en arguant du fait quil a trois enfants, même sils ne sont chez lui quune partie du temps. Le droit de visite doit devenir un « devoir dhébergement » et être élargi, sans redouter la garde partagée une semaine sur deux, qui peut très bien fonctionner si des règles simples sont respectées (par exemple, de régularité dans lorganisation du temps pour que lenfant maîtrise bien son temps, ne se sente pas un objet de transaction). Beaucoup de pères rechigneraient moins à dépenser pour lenfant sils pouvaient le faire directement pour lui, et non pas en versant tout à la mère sous forme de pension alimentaire. Il faut favoriser les solutions en ce sens. Il faudra aussi à terme revoir entièrement le système des aides sociales et des allocations familiales, qui efface lun des parents séparés, le plus souvent le père. Mais rappelons-nous aussi que le droit ne peut pas tout ! Il ne peut quaccompagner le mouvement, en favorisant les solutions qui respectent le mieux le lien de lenfant à ses deux parents. Un dernier exemple le montre bien : le droit ne peut pas empêcher un parent de partir à 500 km ou plus, coupant lenfant de lautre parent. Mais il pourrait prévoir au moins une obligation dinformer lautre parent avant, ce qui lui permettrait de ne pas se trouver devant le fait accompli, et éventuellement de saisir le juge aux affaires familiales.
Jean-Pierre Rosenczveig : Il est bien beau que les pères doivent exercer leurs responsabilités, et notamment lors dun divorce, mais encore faut-il préciser « qui est le père ? » et « qui est la mère ? » Or, rien nest dit sur la liberté fondamentale des adultes daccepter ou non leurs responsabilités, comme par exemple, lors dun accouchement sous X, ou quand le père ne reconnaît pas lenfant, ce qui est encore assez souvent le cas lorsquil apprend que sa compagne est enceinte (il arrive même de temps en temps que des dames ne préviennent pas les messieurs ). Personne en fait ne se préoccupe de lenfant si les adultes nassument pas leurs devoirs. En dautres termes, sil ny a pas dactes volontaires tel quun passage en mairie, pour reconnaître lenfant, ce dernier risque dêtre privé de père ou de mère. Le résultat est quau nom de cette liberté des adultes (de gérer leur vie, de vivre avec qui ils veulent, davoir des relations sexuelles avec qui ils souhaitent ) acquise en 1968, et qui, en soi, nest pas obligatoirement mauvaise, il y a de plus en plus denfants orphelins de pères. Car, le mot responsabilité ne rime pas toujours avec celui de libertés. Ainsi, 80 % dhommes non mariés reconnaissent lenfant dans le mois de la naissance, mais il en reste 20 % qui ne le font pas. Ce pourcentage restant appliqué à 50 % denfants naissant hors mariage, cela fait chaque année 30000 à 50000 enfants orphelins de pères. Cette réforme est donc bonne, mais elle nose pas sattaquer à la question fondamentale qui est : « est-ce que reconnaître quon est le père dun enfant est un problème de vie privée ? De libertés individuelles ? Ou simplement une responsabilité publique, et un droit de lenfant ?
Propos recueillis par Guy Benloulou
(1) Publié aux éditions Odile Jacob et la documentation française
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