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La famille pourrait apparaître aujourdhui comme lune des institutions les plus menacées dans son devenir, du fait des mutations en cours. Pour autant, 87 % des 15-29 ans interrogés en 1998 considéraient quelle devait rester la cellule de base de la société. Pour comprendre cette contradiction, il faut peut-être en revenir à la profonde diversité de ce qui constitue cette organisation élémentaire de la communauté humaine, qui a toujours su sadapter aux besoins manifestés par son époque. Finalement, ce qui est contesté, ce nest pas tant la famille comme mode dorganisation aux formes très diverses, mais son expression unique telle que nous la connaissons aujourdhui et son exigence dexclusivité. Car, la famille ne se résume pas à sa forme actuelle la plus répandue : le couple parental et ses enfants. Cette version constitue en réalité le maillon dune longue chaîne qui a proposé de nombreuses combinaisons différentes par le passé et qui continuera à agencer dautres types dassemblage encore à lavenir. Cest au XIXe siècle que ce noyau nucléaire sest imposé, au détriment des autres modalités telles la famille communautaire (tous les fils se mariaient et sétablissaient au foyer parental) ou encore la famille-souche (un seul des fils héritant et restant avec ses parents, les autres devant sinstaller ailleurs). Mais, cette suprématie na pas duré très longtemps. Dautres modèles ont émergé, sous leffet du basculement de la référence au groupe à la référence à lindividu. Le triomphe de cet individualisme revendiquant lépanouissement de chacun et lauthenticité des relations a entraîné le rejet des règles traditionnelles et des conventions, ainsi que la disqualification de la morale. La vie privée nest dès lors plus fixée à lavance en fonction dune nécessité ou dune norme sociale. La recherche du bonheur personnel passe avant la soumission à un code que la société, auparavant, imposait. Le choix de se marier et de se séparer relève dorénavant de la conscience individuelle. Le cadre familial imposant un carcan qui écrasait les désirs et aspirations de chacun et notamment des épouses (reléguées à léducation des enfants et à lentretien des foyers pour 71,4 % dentre elles encore en 1961) a craqué de toute part. Lexigence de sincérité soppose au formalisme de la convention. Le libre engagement au sein du couple ne rend plus nécessaire une institution du mariage créée à lorigine pour sceller la relation de deux familles au travers de personnes qui ne sétaient pas le plus souvent choisies : « le mariage damour tue le mariage ! » Doù une crise majeure de la nuptialité : entre 1960 et 1995, les mariages sont passés de 320.000 à 255.000, les divorces de 32.600 à 124.000 et les naissances hors mariage de 6,1 % à 37,6 %. Plus de 4 millions de personnes (sur les 30 millions qui vivent en couple) ne sont pas mariés. Si une large majorité de la population reste attachée à la conception du mariage et de la famille nucléaire, une minorité non négligeable a pu développer ses propres formes de vie de couple et de famille, sans craindre ni lopprobre, ni la stigmatisation présentes, il y a encore 20 ans. En 1994, on comptabilisait 82,8 % des enfants de 0 à 18 ans vivant avec leurs deux parents. La vie familiale traditionnelle reste donc bien le cadre dans lequel évolue la plupart des mineurs. On compte néanmoins 11,5 % dentre eux qui vivent avec seulement lun des deux parents (10,7 % avec la mère et 0,8 % avec le père) : ce sont les familles dites monoparentales. Pour 4,6 % autres, le mode dexistence se déroule avec lun des deux parents et son nouveau conjoint : ce sont les familles dites recomposées. Enfin, pour 1,1 % de lensemble, soit quand même 132.000 mineurs, ils ne vivent avec aucun des deux parents : ce sont, entre autre, les situations de placements en famille daccueil ou en internat éducatif.
Lévolution actuelle du droit de la famille démontre ce quaffirmait Irène Théry : « la société considère quil existe une contrepartie très forte à la liberté accrue du couple : lobligation corrélative pour chacun des deux parents de maintenir sa responsabilité à légard de lenfant et de respecter et encourager celle de lautre. » Il apparaît donc que lindissolubilité du mariage, en disparaissant, a laissé la place à lindissolubilité de la filiation, tout adulte devant continuer, quelles que soient les circonstances, à assumer ses responsabilités parentales tout dabord, éducatives ensuite auprès de lenfant auprès de qui il sest engagé. Finalement, ce qui compte, cest que lenfant se voit garantir, quelle que soit la forme des familles au sein desquelles il est élevé, les conditions daffection, de soins et déquilibre nécessaires à son épanouissement.
Jacques Trémintin
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