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Fréquemment évoqués, quelques chiffres racontent par eux-mêmes la mutation récente de la famille : aujourdhui, dans trois mariages sur dix, les enfants assistent aux noces de leurs parents ; au moins 40 % des enfants naissent hors mariage ; près de trente mille pactes civils de solidarité (PACS) ont été signés en un an ; 40 % des mariages se soldent par un divorce ; lâge moyen des femmes à la maternité est de deux ans plus tard quen 1985 ; la proportion de familles recomposées est en augmentation, et elles étaient déjà 660 000 en 1990 ; le nombre des foyers monoparentaux également, passé de 1,4 million en 1990 à 1,7 million neuf ans plus tard, la proportion représentant 16 % des foyers avec enfants (contre 9 % en 1968).La conférence de la famille du 11 juin 2001 sest vue attribuer deux chantiers principaux : la situation des jeunes adultes dune part, lautorité parentale de lautre. Sur le premier point, des pistes générales de travail ont été retenues : agir en fonction des jeunes autonomes comme de ceux qui sont encore à la charge de leur famille ; soutenir linsertion, la formation et lemploi (le gouvernement ne retenant pas (encore ?) loption d« une expérience précoce du RMI ») ; favoriser les aides au logement, améliorer les dispositifs à cet égard ; prendre mieux en charge la santé des jeunes
Sur lautorité parentale, la Garde des Sceaux avait tracé quelques pistes dorientation en début dannée : affirmation du bien-fondé de la notion dautorité, égalisation de la responsabilité parentale entre le père et la mère, définition dun droit commun à tous les enfants, et soutien des familles les plus fragiles. Mais de multiples autres secteurs sont concernés par la réforme : concernant les enfants de deux/trois ans, linstauration de structures spécifiques est prévue, sinspirant à la fois des jardins denfants et des structures passerelles préparant à lentrée à lécole maternelle : ce sont les jardins denfants éducatifs. Mises en place par décret à lété 2000 à titre expérimental, ces nouvelles structures devraient se développer.
Laccueil dans les services de la petite enfance doit être amplifié, jusquà permettre lentrée de 30 000 à 40 000 enfants supplémentaires ; des projets étaient présentés en avril aux caisses dallocations familiales à cet effet. Dautre part, le complément de lAide à la famille pour lemploi dune assistante maternelle agréée (AFEAMA) concernant environ 150 000 familles modestes était majoré au début de cette année. La Conférence de cette année devrait encore simplifier et améliorer les dispositifs existants.
Mieux concilier vie familiale et vie professionnelle : mise en place au 1er janvier 2001, une allocation de présence parentale compense la perte de revenus dune famille lorsquun des parents interrompt ou réduit son activité professionnelle, dans le cadre dun congé parental, pour soccuper dun enfant atteint dune maladie grave ou dun handicap. Le comité de suivi chargé dévaluer limpact de cette mesure doit se réunir avant lété pour suivre la montée en charge de lallocation. Un guide sera diffusé ce mois-ci, à lusage des parents et partenaires (dont les travailleurs sociaux) précisant les nouveaux droits des parents. Par ailleurs, lallocation parentale déducation (APE) peut désormais être cumulée, dans certaines conditions, avec un revenu dactivité. Le 3 mai 2001, à linitiative du ministère de lEnfance et de la Famille, une journée de réflexion était dailleurs organisée sur le thème Temps du travail, temps de la famille : quels nouveaux équilibres ?, faisant émerger diverses propositions pour une meilleure articulation des temps professionnels, familiaux et sociaux pour les hommes et les femmes.
Avec leurs rapports respectifs Couple, filiation et parenté aujourdhui (mai 1998) et Rénover le droit de la famille : propositions pour un droit adapté aux réalités et aux aspirations de notre temps (septembre 1999), Irène Théry et Françoise Dekeuwer-Defossez avaient largement déblayé le terrain et posé de premières fondations juridiques.
À la demande du premier ministre lors de la Conférence de la famille 2000, un travail interministériel sétait mis en place concernant la filiation, lautorité parentale et le divorce. En février, les députés adoptaient une proposition de loi permettant aux parents de donner à leurs enfants le nom du père, de la mère ou les deux accolés, dans lordre de leur choix. Un avant-projet de loi porté par la ministre de la Justice, Marylise Lebranchu, et la ministre déléguée à la Famille et à lEnfance, Ségolène Royal, propose denvisager la suppression du divorce pour faute et lallégement des procédures lors des séparations amiables. Présenté en conseil des ministres en janvier 2001, le texte sur laccès aux origines personnelles était examiné il y a quelques jours par lAssemblée nationale ; la proposition de loi sur les droits du conjoint survivant, adoptée par les députés en février 2001, devait être présentée au Sénat en juin 2001. Sur la « mise en uvre de la coparentalité dans la vie des familles », un rapport était rendu en mai 2001, présentant des mesures législatives ou non pour que devienne effectif le droit pour chaque enfant dêtre élevé par ses deux parents.
Un plan daction en faveur de ladoption était annoncé en mars dernier : une enquête sur les enfants adoptables et non adoptés est en cours ; le guide pratique, disponible sur le site Internet du ministère, sera disponible dans les jours prochains en version papier ; une autre enquête sur les difficultés des procédures dagrément va être mise en uvre ; un nouveau texte précisant de renforcer lefficacité des organismes habilités sera prêt « avant lété »
Un groupe de travail intitulé Familles et pauvreté avait fait émerger, également fin mars dernier, quelques orientations : un meilleur accès pour les familles à leurs droits pourrait être favorisé, entre autres via la mobilisation des crédits dinsertion du RMI par les collectivités territoriales, et la signature dune convention entre ministère et associations caritatives. Lâge des enfants pris en charge par la PMI pourrait être étendu ; dautres mesures concernent la gratuité de lécole ; un reste à vivre, sous forme de compte protégé, luttera contre la spirale du surendettement. Et, nous concernant plus particulièrement : « le travail social doit opérer une mutation face aux nouvelles situations de vulnérabilité cumulée. Lapproche des professionnels doit être plus centrée sur la famille à travers les individus » ; un plan de développement de la formation des travailleurs sociaux, dans le cadre du deuxième plan de lutte contre les exclusions, est prévu dans le projet de loi de finances 2002, qui intégrerait la dimension familiale dans les plans de formation des personnels sociaux et le développement du rôle des travailleuses familiales (TISF).
Lan dernier, le rapport Naves-Cathala avait esquissé un (premier) bilan dérangeant de la décentralisation de laide sociale à lenfance. Quelques initiatives ont depuis été prises : une circulaire visant à lutter contre toutes les formes de violences commises dans les institutions sociales et médico-sociales accueillant des mineurs était ainsi adressée il y a peu aux préfets. Les premiers États généraux de la Protection de lenfance se tiendront dautre part le 15 novembre prochain à la Sorbonne, avec quatre axes prioritaires : la mise en cohérence du dispositif de laide sociale à lenfance et de la protection judiciaire de la jeunesse ; la question des placements et des critères de la séparation ; laccompagnement et la formation des professionnels ; la prévention de la violence en institution. Par ailleurs, une campagne de prévention contre les violences sexuelles sur mineurs se déroulera en octobre prochain. De même, en partenariat avec le planning familial et à partir de septembre, une exposition itinérante sintéressera à léducation à la sexualité et à la vie.
Enfin, des actions de dimension internationale sont prévues, tels le sommet de New York du 19 au 21 septembre 2001, destiné à la fois à faire le point sur les engagements pris lors du Sommet des enfants de 1990 et à répondre à des problèmes nouveaux dont les enfants sont victimes particulièrement vulnérables (sida, violences, formes dexploitation multiples
). Du 15 au 20 décembre 2001, le deuxième congrès mondial contre lexploitation sexuelle, cinq ans après celui de Stockholm, se tiendra à Yokohama (Japon).Cest à lautomne 2001 que se verront concrétisées les mesures de la Conférence de la famille, avec le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PFLSS).
Joël Plantet
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