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Quand on pénètre dans le nouveau palais de justice de Nantes, cest toute la solennité de linstitution qui vous prend à la gorge : limmeuble est monumental, les plaques de marbre noir qui le recouvrent du sol au plafond vous écrasent avant que la décision judiciaire ne simpose à vous. Aux dires de certains justiciables, « on est déjà jugé avant de passer en jugement ». Plusieurs bureaux hébergent les services de médiation pénale. Y travaillent deux éducateurs spécialisés, un juriste et un officier de police judiciaire en retraite, pour un total de 2,4 postes équivalents temps plein. Sy succèdent les contrevenants dont les infractions auraient été, il y a encore quelques années, classées sans suite. Aujourdhui, rappels à la loi, classements sous condition ou médiation pénale se succèdent à raison de près de 1 200 réquisitions en 2000. Monsieur Dupont a été entendu par la gendarmerie. Une enquête auprès de France Télécom a permis de confirmer que cétait bien lui qui passait des communications téléphoniques malveillantes à une vieille dame. Le parquet a décidé de le convoquer pour un rappel à la loi. Le médiateur le reçoit et commence par lui lire les articles du code pénal le concernant : tout commence par les peines demprisonnement ou damende auxquelles il sexpose. Puis, vient le temps de la demande dexplication. Il ne sagit pas de recueillir simplement une déclaration, comme peuvent le faire les services denquête judiciaire, mais de rentrer dans un dialogue permettant didentifier certes les motivations, mais aussi les difficultés dordre personnel, social ou psychologique que peuvent traduire ces comportements. Cet échange permettra alors denvisager déventuels relais vers des services sociaux ou médicaux. Ce nest pas un contrôle, mais plutôt un accompagnement : chercher avec la personne mise en cause les outils permettant une gestion de ses difficultés. Le second volet de lintervention concerne lattitude adoptée à légard de la victime. Le degré de culpabilité permet-il à lauteur de linfraction de reconnaître les faits, de sengager à ne plus les réitérer et peut-être à présenter des excuses ? Parfois, la réparation symbolique est exigée par le parquet : cest le classement sous condition. Un compte rendu de lentretien est rédigé avec la personne qui la contresigne et en reçoit une photocopie. Ce document est ensuite adressé au parquet qui garde toute latitude quant à la suite donnée. Si la bonne volonté manifestée aboutit au classement de laffaire, cette suite donnée nest nullement une obligation. Si, au contraire, le rappel à la loi semble ne pas avoir dimpact, le magistrat est alors informé de léchec prévisible de laction engagée. Mais, la mesure étant destinée aux primo-délinquants, la plupart du temps, elle porte ses fruits. Il nest pas rare dentendre certains mineurs concernés par un rappel à la loi exprimer leur soulagement du coup darrêt qua constitué leur convocation à la gendarmerie. Quand ils se retrouvent avec leurs parents devant le médiateur, cest loccasion de resituer la place et la responsabilité des uns et des autres. Ainsi de Jérôme, âgé de 17 ans, surpris en état dalcoolisation sur sa mobylette. À la suite de la confrontation avec le médiateur, il rédige un courrier pour résumer ce quil a compris de ce qui sest dit : « je mengage à ne plus boire dalcool lorsque je devrai prendre mon vélomoteur et ma voiture par la suite, à éviter de fréquenter les copains qui ne pensent quà boire de lalcool, à essayer dempêcher quelquun qui a bu de prendre le volant (
) Je demande quon maide si jai des problèmes, je ne veux pas devenir un assassin sur les routes ». Parfois, il apparaît que linfraction justifie dune procédure plus importante : cest la médiation pénale. Ce terme générique désigne les mesures en direction des adultes et celles en direction des mineurs (on lappelle alors médiation-réparation). La démarche consiste à organiser la rencontre entre le plaignant et lauteur des faits afin de permettre la réparation du premier et dorganiser lacquittement de la dette du second. Une altercation entre jeunes dégénère en bagarre. Le médiateur qui reçoit chacune des personnes concernées séparément, puis qui les réunit toutes, réussit à resituer les responsabilités des uns et des autres. Les agresseurs acceptent dadresser une lettre dexcuses à la victime. « Cette affaire est entièrement de ma faute et je suis conscient de la douleur que jai pu causer (
) Ce qui me fait le plus mal, cest davoir embêté une personne innocente » affirme Sandra. « Lintelligence de ma part a fait que ce jour-là jaurais dû réfléchir avant dagir » renchérit, par écrit, Tony. « Je demande à Olivier de bien vouloir accepter mes excuses pour lavoir mis dans une situation inconfortable et assure quil ny aura aucune représaille » sengage de son côté Mickaël. Lécriture est ici libre. Elle est de linitiative du médiateur, mais relève dans son contenu de la responsabilité des personnes mises en cause. Un groupe de jeunes est interpellé un soir après avoir commis quelques dégâts dont le plus grave est dêtre allé déféquer dans une piscine municipale. La médiation engagée aboutira à deux demi-journées consacrées à aider les agents municipaux à entretenir la piscine et au versement de 1000 F au CCAS de la commune. Il arrive parfois que la rencontre soit évitée. Ainsi, cet ancien militaire pris dun coup de folie, qui, narrivant pas à dormir, revêt son treillis, sort dans la rue et se met à crever tous les pneus de voiture quil rencontre. Quand la police prévenue arrive à sa hauteur, il se met au garde à vous, en criant « mission accomplie ». Hospitalisé, il est reçu par la suite par un médiateur et négocie la possibilité de rembourser sa dette (près de 40 000 F), tout en restant dans lanonymat, pour que son geste ne nuise ni à sa femme, ni à ses enfants.
On imagine que si une telle approche répond bien à certains conflits, elle se heurte aussi à des limites, notamment quand la personne mise en cause refuse de reconnaître ses responsabilités ou que la victime narrive pas à dépasser le contentieux. Elle nécessite que chacun de son côté ait le désir de faire un pas vers lautre. De fait, le service de médiation pénale de Nantes obtient un taux de réussite de lordre de 68 %. Le pourcentage le plus bas concerne les conflits familiaux (tels les non-présentations denfants) dont les échecs se montent à 50 % des cas.
Jacques Trémintin
Contact : Service médiation pénale (dépendant de lAssociation daction éducative) Tribunal de grande instance - quai François Mitterrand - 44921 Nantes Cedex 9. Tél. 02 51 17 97 38
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