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Quels sont les enjeux de lapprentissage en travail social ?
On peut situer les enjeux de lintroduction de lapprentissage dans la formation des intervenants sociaux au moins à trois niveaux : ceux des politiques sociales, des centres de formation et des futurs apprentis :
Du point de vue des politiques sociales, le principe de lapprentissage, en substituant au couple « formateur décole - formateur de terrain », souvent déséquilibré, parfois même « sado-maso », le couple-partenaire « formateur décole maître dapprentissage », participe dun rapprochement entre les problématiques de formation et les problématiques de terrain. Lapprentissage pourrait bien faire le lien, de manière modeste certes, entre la logique des schémas de formation initiés presque par inadvertance par la loi contre les exclusions en 98 -, et la logique des schémas territoriaux daction sociale initiés par la loi de 75, soutenus par les lois de décentralisation et la loi particulière, et mise en avant par le projet de réforme de la loi sociale. Or, tant que ce lien nest pas établi, de manière pertinente et durable, les quiproquos entre les espaces de mise en uvre des politiques sociales et les espaces de formation, ou, pour faire court, entre les employeurs et les formateurs perdureront.
Du point de vue des centres de formation, la relation contractuelle de lapprentissage rompt avec celle des formations traditionnelles en alternance et de la recherche permanente des terrains de stage. Dans les formations traditionnelles, on pourrait dire de manière caricaturale que le mode de relation entre « le centre » et « les terrains » (périphériques ?) fonctionne sur le principe du « service » rendu à lécole par les terrains, école qui se protège plus ou moins dune intrusion de ses créanciers dans ses champs de compétences. Doù, souvent, un sentiment de frustration des formateurs de terrain, doublé dune impression diffuse de « manipulation » des uns par les autres. Lapprentissage me paraît être un contrat tripartite plus équilibré, où chacun apporte et reçoit du travail, des compétences et des services : le maître dapprentissage, inscrit dans une problématique institutionnelle et territoriale de services spécialisés à rendre à une population donnée, transmet des compétences actualisées et guide lapprenti dans les méandres organisationnels, professionnels et techniques de son espace de travail. Il a besoin, pour mener à bien son engagement contractuel auprès de lapprenti, des compétences formatives de lécole. En contrepartie, il bénéficie de la force de travail de lapprenti à un moindre coût. Le centre de formation sinscrit concrètement dans les problématiques de terrain par un contrat clair de formation et peut légitimement et de sa place interroger les modes dorganisation et les compétences attendues pour un service donné.
Du point de vue de lapprenti, ce mode de formation a au moins trois avantages :
Est-ce antinomique avec les processus de formations actuels du travail social ?
Effectivement à linverse de ce processus, les formules actuelles dentrée en formation fonctionnent sur la sélection dune population qui a les moyens financiers de se former en deux ou trois ans et qui, dès quelle est reçue en sélection, participe de lévaluation du centre de formation : en effet, le critère déterminant, quelle que soit la région, dévaluation des centres de formation est la réussite aux examens. Cette règle produit un effet pervers qui veut que lorsquun candidat est admis, son échec ou sa réussite soit celui de lécole. Léquipe pédagogique, de manière consciente ou pas, va « porter » le maximum dinscrits au diplôme, quitte à soutenir létudiant et à étayer ses travaux plus que nécessaire, ce qui naide pas les équipes de terrain qui auront à intégrer ces candidats « supportés ». Combien de directeurs de centres, lorsquon leur demande une évaluation du service de formation rendu sur une année répondent : « 98 % dadmis chez les ES, 79 % chez les AS »
Voyez-vous cependant une dérive possible avec ces contrats dapprentissage ?
Largumentation sur les enjeux de lapprentissage est toute théorique dans la mesure où nous navons que peu expérimenté ce type de formation : elle ne tient pas compte de la stratégie des acteurs, de leur volonté de conserver, dans tout processus de changement, leur « zone dincertitude et de pouvoir » comme dit lautre. Elle suppose que chacun assume les rôles attendus par les autres partenaires. Rien nempêche un « maître dapprentissage » dutiliser un apprenti éducateur à un travail de gardiennage, rien noblige un centre de formation à reconnaître la fonction du maître, rien noblige un apprenti à travailler. Il faudra donc suivre avec attention les premières expérimentations et mettre en place un mode dévaluation pertinent.
Propos recueillis par Guy Benloulou
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