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Depuis que les diplômes dÉtat existent dans le secteur sanitaire et social, la formation des professionnels est laffaire des centres de formation. Or le 12 janvier 1998, un accord de branche du secteur sanitaire, médico-social et social crée un fonds national pour lapprentissage et rend techniquement possible la création de CFA dès cette rentrée 2000. Bien sûr, les écoles demeurent le support technique à la réalisation des formations mais, dans tous les autres corps de métier où la formation par lapprentissage existe déjà, la tension est forte entre les employeurs qui financent les formations et lautorité pédagogique qui est garante du contenu de formation. On connaît la tendance à former les apprentis au « just in time » cest-à-dire « au juste nécessaire imposé par lemployeur » qui vient dOutre-Atlantique et gagne lEurope. Les centres de formation savent bien que, en sengageant dans la voie de lapprentissage, ils vont perdre une partie de ce pouvoir dont ils ont certainement trop abusé par le passé mais sur lequel ils ne peuvent pas abdiquer totalement sauf à renoncer à leurs idéaux. Bien sûr, les diplômes sont garantis par décrets et circulaires. Mais faute davoir construit des outils dévaluation avant de mettre les centres de formation en concurrence, il nest pas certain que les autorités de tutelles puissent empêcher les dérives possibles. Dautant plus que le financement par les employeurs soulage leurs propres finances et favorise celle des élèves.
En effet et à linstar des étudiants dont le niveau de vie ne cesse de baisser, les élèves éducateurs font face à des situations de vie de plus en plus difficiles. Beaucoup délèves vivent une véritable galère. Il sagit là dun phénomène aussi nouveau quinquiétant. Jusque dans la fin des années 80, la formation continue est la voie royale vers la professionnalisation. Lélève éducateur, qui part en formation avec laccord de son employeur, ne paye pas les frais de scolarité, perçoit lintégralité de son salaire et peut se faire rembourser une partie de ses frais. Il faut bien reconnaître que la formule est coûteuse pour lemployeur et ce dautant plus que, comble de limprévision, très souvent, aucun contrat ne lie lemployeur et le salarié en formation. Le diplôme obtenu, beaucoup demployeurs perdent ainsi leur investissement. Par ailleurs, les rapports des employeurs avec les centres de formation nont jamais été simples. Toujours suspectée de navoir jamais la bonne mesure, la « parole du terrain » ne pèse guère dans le processus de formation. Pas étonnant alors que les employeurs se soient détournés de la formation de leur personnel éducatif laissant à chaque salarié linitiative et la responsabilité dassurer sa qualification. Aujourdhui, beaucoup de professionnels, qui nont pas eu la chance de bénéficier dun congé individuel de formation (CIF) ou de bricoler une situation pour bénéficier dune allocation de formation pour le réemploi (AFR), suivent leur formation en cours demploi en ayant accepté un temps partiel qui entraîne une diminution de leurs ressources. À linverse, lapprentissage permet aux élèves éducateurs dêtre rémunérés durant leur formation. La création des filières de formation par lapprentissage est donc une aubaine pour les élèves éducateurs et pour les employeurs qui reprennent la main sur les formations.
Lidée de la création des CFA étant loin de faire lunanimité, quest-ce qui pousse alors les écoles à se passer la corde autour du cou ? Il semble que les centres de formation sont engagés dans des stratégies de survie où la nécessité de trouver des fonds propres est un objectif, sinon prioritaire, du moins égal au souci de la qualité des prestations fournies. Sur le marché non extensible de la formation la concurrence est si rude que celui qui ne parvient pas à se placer sur un nouveau créneau court immanquablement le risque de disparaître. Dès lors, en étant la première à fédérer ses adhérents, lUnion des fédérations et syndicats nationaux demployeurs sans but lucratif du secteur sanitaire, médico-social et social (UNIFED) prend incontestablement un sérieux avantage, en même temps quelle ne laisse aux autres employeurs et centres de formation que le choix de se rallier ou de renoncer.
Philippe Gaberan
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