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Nul ne peut aujourdhui nier la nécessité de la collaboration entre les intervenants sociaux et le travail en réseau. Si la notion de partenariat est devenue incontournable, ses conséquences le sont tout autant. Ainsi en va-t-il du partage des informations mais aussi de larrivée massive de nouveaux outils appelés à faciliter cette démarche, au premier rang desquels on trouve linformatique. Pour autant, cela ninterdit pas aux professionnels davoir à réfléchir à la façon dont il est souhaitable que ces évolutions adviennent.
Pour Christine Garcette, directrice de lANAS, les professionnels sont soumis à deux injonctions paradoxales. La première consiste à respecter la vie privée, lautre à ne pas travailler seul face à lusager, et donc dentrer en relation avec les autres professionnels. Comment concilier ces deux exigences ? Le partage de linformation peut aussi déboucher sur une approche totalisante, sinon totalitaire. Poussé à son comble, ne risque-t-on pas de déboucher sur cette image digne du roman dOrwell, dune personne faisant une demande dHLM, déposant un dossier à la CAF, allant consulter un médecin, adressant un dossier de bourse pour ses enfants, cherchant à obtenir une aide au CCAS pour la cantine etc. et se trouvant face à des interlocuteurs successifs qui, dune seule manipulation de clavier dordinateur, pourraient avoir accès à un dossier unique retraçant toute sa vie et toutes ses difficultés ? Or, les usagers doivent continuer à bénéficier dun droit absolu : celui de disposer despaces propres qui restent dans langle mort de lobservation des services socio-éducatifs.
Gérard Chevalier, auteur dun récent ouvrage portant sur la question de linformatisation (1) plaide avec conviction pour linformatique qui nest, pour lui, que loutil quon veut bien en faire. Depuis un quart de siècle, cette technique sest développée dans toutes les sphères de la société : la puissance de travail, la rapidité, les capacités de mémoire, la fiabilité et luniversalité de cet instrument se sont imposées au point de le rendre incontournable. De fait, en 1997, on comptabilisait déjà 69 départements qui sétaient lancés dans un projet dinformatisation de leurs services. Dès lors, affirme Gérard Chevalier, ce dont il sagit aujourdhui nest plus tant de réfléchir à la pertinence de la démarche que de sintéresser aux modalités dapplication qui sont envisagées. Et loutil est à limage des pratiques professionnelles quil entend servir : très diversifié. Certes, on peut en limiter lutilisation à un simple usage bureautique. Mais, il est le plus souvent exploité, grâce à des logiciels spécialisés, dans le sens dune déconstruction et dune reconstruction du travail des intervenants. Il les contraint à repérer et à identifier leurs phases de travail. A se discipliner dans létablissement de règles de classement et de sélection des données, pour les rendre exploitables par la machine, ce qui les rend dautant plus facilement communicables. La rigueur ainsi cultivée ne concerne pas que la façon de collecter et de traiter les faits, elle se concrétise aussi dans le choix et la formalisation des actes et des conduites daccompagnement. Lordinateur en vient même parfois à jouer un rôle de surmoi, instaurant une véritable triangulation, faisant sortir le professionnel dune dualité toujours problématique avec lusager.
Linformatisation apparaît donc ici comme un support particulièrement adapté à une nouvelle culture de partage de linformation qui serait basée sur un langage et des codes communs et une approche universelle. Reste à savoir, si face à lefficacité ainsi gagnée, lunicité et le particularisme de chaque situation ny perdront pas en pertinence.
Jacques Trémintin
(1) « Les services sociaux à lépreuve de linformatique » Gérard Chevalier, ESF, 2000
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