![]() |
||
Cest, au regard dune situation aussi caricaturale, une véritable aurore que paraît annoncer, après quatre années datermoiements, le projet de loi que le gouvernement se propose de faire voter. Ce projet comporte quatre orientations principales non comprise la substitution, qui est de lordre du vocabulaire, dune Aide personnalisée à lautonomie (APA) à la PSD : luniformisation du barème de lAPA sur tout le territoire ; laménagement des règles relatives à la mise en uvre de la condition de ressources dans le sens dune plus grande simplicité et dune atténuation des effets de seuil ; laménagement des règles subordonnant lattribution de la même APA à domicile à un certain nombre de conditions ; le « calage », en ce qui concerne la prestation en établissement, de la prestation et des tarifs dépendance de létablissement. La combinaison de ces différentes mesures devrait porter à quelque 500 000 personnes en 2002 le nombre de bénéficiaires de lAPA. Et le coût total de la prestation devrait passer de 2,5 à 17 milliards. Ce qui rend nécessaire la création dun fonds compensant entre les mains des collectivités locales, qui en restent gestionnaires, une partie significative de la dépense, faute de quoi se trouverait posé un problème constitutionnel datteinte à leur autonomie. Et ce devrait être, pour lessentiel, une fraction du produit de la CSG, dont les modalités daffectation feront lobjet dun nouvel ajustement, qui fournira la ressource nécessaire. Ce nest pas exactement ce à quoi aspiraient les collectivités locales, qui auraient aimé bénéficier dun accroissement de la dotation globale de décentralisation.
Les deux rapports qui ont éclairé la préparation de la loi, le rapport Brunetière et le rapport Sueur nont pas méconnu certains des défauts de la grille AGGIR. Ils se sont néanmoins bornés à indiquer quil fallait être capable den promouvoir un bon usage, den corriger les insuffisances, notamment en ce qui concerne lappréciation des handicaps sensoriels (cécité) ou dordre psychiatrique, par le recours à un outil complémentaire. Ce qui reste à faire. Recours à un outil complémentaire voulant en bon français dire recours à un outil ayant pignon sur rue, et ajustement en conséquence des dispositions réglementaires applicables. Et bon usage voulant dire sortir du bricolage qui a jusquà présent prévalu ; et notamment dune contestable répartition des tâches, pour lévaluation du degré de dépendance des candidats à la prestation, entre opérateurs qui servent la grille, et opérateurs qui, après avoir fait marcher lordinateur, dégagent le classement ; renonciation aussi à la tentation décluser le flot des demandes à coup de refus stéréotypés, sans appréciation en clair, inintelligibles pour le demandeur, en se bornant à le renvoyer à sa classification dans la grille AGGIR, telle que dégagée par le traitement informatique ; on nest pas loin, en lespèce, de la situation prohibée par larticle 2 de la loi informatique et libertés du 6 janvier 1978, laquelle proscrit que le traitement automatisé dinformations serve de fondement exclusif à la prise de décisions administratives ou juridictionnelles.
La question du classement selon les critères de la grille AGGIR, du « girage » risque aussi dêtre une source de conflits entre autorités de tutelle et établissements daccueil, quil faudra arbitrer. Puisque le « calage » de la prestation et du tarif dépendance, (du volet dépendance du tarif « tripolaire » : soins, hébergement, dépendance) na de sens que si déventuels litiges sont promptement arbitrés, ce que la loi entend confier aux commissions régionales de tarification. Lidée est bonne. Pour peu que ces juridictions, comme celles de laide sociale, auxquelles est renvoyé le contentieux individuel de lAPA, ainsi quanciennement celui de la PSD, ne soient pas débordées. Car tout mécanisme, dont la sophistication, serait-elle inévitable, franchit un certain degré, appelle une régulation, si possible une régulation par un juge, et plus précisément un juge digne de ce nom, ce qui nest pas, pour lheure, le cas, sagissant à tout le moins des commissions départementales daide sociale.
Il nest pas, pour les décideurs, aisé de sarracher aux impasses auxquelles leurs prédécesseurs ont consenti ou quils ont aménagées. Mais il serait, sils y manquaient, au-dessous de leur tâche.
Jean-Michel Belorgey
| Revenir à l'index, à la page de garde. |
Droits de reproduction et de diffusion réservés © Lien Social 2000 |