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En France, plus dune personne âgée de plus de 85 ans sur quatre est accueillie en établissement, mais le problème des places est crucial et le phénomène est dailleurs identique dans la plupart des pays : « cest maintenant la solution du maintien à domicile qui est préconisée par les gouvernements et facilitée par le développement de nouveaux services de proximité », avait fait remarquer la même étude.
Une autre recherche de lInsee (2) avait chiffré à 475 000 le nombre de personnes âgées dépendantes vivant en France métropolitaine, en institution. Et lâge dentrée dans les établissements na cessé de sélever au cours de ces vingt dernières années : fin 1998, il sélevait en moyenne à 79 ans pour les hommes, et à 84 ans pour les femmes. Mais les chiffres varient selon les sources : récemment créé, un site Internet, www.agevillage.com, tente de décomplexifier les démarches à entreprendre pour les personnes âgées dépendantes. Les responsables estiment à 3 millions le nombre de familles confrontées à la perte dautonomie dun parent âgé ; mais, si « entre 750 000 et un million » de personnes âgées sont aujourdhui dépendantes, leur nombre devrait atteindre un million et demi dici à 2020.
En 1987, la fondation nationale de gérontologie et le secrétariat dÉtat à la Santé et à lAction sociale avaient édité une première charte des droits et libertés de la personne âgée dépendante. Douze ans plus tard, tenant compte des évolutions profondes de la société et en particulier de laugmentation sensible du nombre des personnes âgées, un nouveau texte a été élaboré (3). En quatorze articles, concernant des rubriques aussi diverses que la présence des proches ou la valorisation de lactivité, laccent est mis sur le respect dû aux personnes concernées : « Aucune personne âgée ne doit être considérée comme un objet passif de soins, que ce soit au domicile, en institution ou à lhôpital », stipule ainsi larticle IX.
La question de la dépendance des personnes âgées préoccupe les associations comme les pouvoirs publics : en novembre 2000, lUnion nationale des offices de personnes âgées (UNOPA) avait organisé à Paris un colloque intitulé Coordination gérontologique dhier, clic de demain. Le « clic » étant le lancement par lÉtat des comités de liaison, dinformation et de coordination gérontologiques Le mois suivant, les Rencontres nationales du Finistère, conjointement organisées par le conseil général et par lobservatoire national de laction sociale décentralisée (ODAS) (4) portaient sur « Vieillissement, nouveaux regards, nouvelles pratiques ». « Suite aux nouvelles réglementations mises en uvre dans le secteur social depuis 1997 », avaient précisé les organisateurs, « il nous est apparu souhaitable de réfléchir aux perspectives de la politique vieillesse de façon à ne pas enfermer cette réflexion dans le seul thème de la dépendance ».
Une enquête sur les besoins et les attentes des personnes âgées y était présentée, à partir de six prospections effectuées à domicile entre 1994 et 2000 : une majorité des personnes âgées sondées était propriétaire de leur logement, phénomène plus fort en zone rurale quen zone urbaine. Leurs critiques les plus récurrentes portaient sur « les lieux mal desservis, labsence de commerces, la circulation, le bruit, les trottoirs et chemins en mauvais état ».
Après 75 ans, soulignait lécrit, une personne sur deux vit seule. Mais solitude ne signifie pas isolement, et nombre de personnes âgées vivent à proximité de leurs enfants (3 sur 4 reçoivent au moins une visite familiale ou amicale par semaine, même si elles rendent beaucoup moins de visites quelles nen reçoivent). Il est à noter que lentourage se manifeste avec la venue de la dépendance et avec le veuvage.
La vitalité associative décroît, on nen sera guère surpris, avec lâge, quelle sexerce dans les clubs du troisième âge, associations religieuses, humanitaires, culturelles ou sportives, récréatives, danciens combattants, de locataires, danciens élèves, etc.
Au chapitre de lautonomie et des déplacements, deux tiers des personnes enquêtées sortaient tous les jours (promenades, courses, visites ) ; huit ménages sur dix faisaient eux-mêmes leurs courses, les démarches administratives et lentretien courant de leur logement. Mais le recours aux aides rémunérées est limité et dépend plus de loffre existante que des ressources. Une chose est sûre : le besoin daide augmente fortement avec lâge.
Pour bénéficier de la prestation spécifique dépendance, il est nécessaire dêtre âgé dau moins 60 ans, de résider en France, dêtre de nationalité française ou en situation régulière après avoir résidé sur le territoire de façon ininterrompue pendant au moins 15 ans, et ce avant lâge de 70 ans. Le degré de dépendance est évalué par une équipe médico-sociale. La PSD ne peut être cumulée avec lallocation compensatrice pour tierce personne (ACTP), la majoration pour aide constante dune tierce personne, versée aux retraités du régime général, ou encore avec les allocations ou aides en nature de services ménagers (aide-ménagère, par exemple) versées par les conseils généraux. Le dossier de demande se compose dun certificat médical établi par le médecin traitant, dune copie de justificatif didentité ou/et de situation familiale, le cas échéant des justificatifs de résidence en France. Il comprend également une photocopie du dernier avis dimposition ou de non-imposition à limpôt sur le revenu et, éventuellement, les avis dimposition des taxes sur les propriétés bâties et non bâties, les pièces relatives aux revenus des capitaux mobiliers et immobiliers. La décision dattribution doit être rendue dans un délai de deux mois à compter de la date de dépôt de la demande (en labsence de décision, passé ce délai, elle sera considérée comme attribuée).
Au 30 septembre 2000, 135 000 personnes âgées bénéficiaient de la PSD, soit 4 % de plus quau 30 juin précédent. Le nombre de demandes déposées auprès des conseils généraux avait diminué de 9 % par rapport au trimestre précédent, baisse constatée toutefois tous les ans durant les mois dété. Le montant mensuel moyen de la prestation est de 3400 francs à domicile et de lordre de 1900 francs en établissement. Mais ces montants, et les prestations quelles recouvrent, varient très fortement en fonction des départements (5).
Une critique de la prestation dépendance avait été émise il y a un an, à lAssemblée nationale, par Dominique Gillot elle-même, secrétaire dÉtat à la Santé et à lAction sociale, lors dun colloque sur la réforme de la loi du 30 juin 1975 relative aux institutions sociales et médico-sociales : « La prestation spécifique dépendance, créée avant tout pour solvabiliser des heures de personnel, répond mal à des besoins qui savèrent multiformes. Ses conditions dutilisation seront donc assouplies afin dacquitter les frais daccueil de jour, et dhébergement temporaire. Elle pourra également être globalisée sur plusieurs mois afin daider à léquipement du logement et donc de favoriser le maintien à domicile ». En outre, poursuivait-elle alors, « lhébergement en établissement qui résulte désormais rarement dun choix, mais plutôt de la dégradation de létat de la personne âgée, savère dun coût plus élevé que la vie à domicile. Cest pourquoi le seuil de ressources considéré pour laccès à la prestation spécifique dépendance sera différencié selon que la personne réside en établissement ou à domicile ». Une circulaire a par la suite été éditée le 15 septembre 2000 relative « à la mise en uvre de la réforme de la tarification dans les établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD) », texte distinguant deux types de soins : ceux dits de nursing, et les soins techniques.
Une réforme est donc dactualité. Lors de ses vux à la presse, Élisabeth Guigou, ministre de lEmploi et de la Solidarité, avait déjà évoqué (le 16 janvier 2001) une nouvelle prestation quelle a dénommée Allocation personnalisée à lautonomie. Une première présentation du projet a donc eu lieu le 13 février 2001 et passait en conseil des ministres la semaine dernière, pour donner lieu à une nouvelle prestation autonomie, qui devrait être effective au 1er janvier 2002.
Lapproche des élections aurait-elle fait accélérer les choses ? Cette nouvelle « APA » sera étendue uniformément à lensemble du territoire, et concernera au moins 800 000 personnes âgées dépendantes, cest-à-dire toute personne ayant perdu son autonomie, quel que soit son revenu. Le montant de lallocation devrait être identique dans tous les départements, allant de 600 à 7000 francs par mois, selon le degré de dépendance.
La question dun financement pérenne reste posée : il sera assuré pendant deux ans par les départements, les caisses de Sécurité sociale et le produit de la contribution sociale généralisée (CSG). Mais quid pour après ? Un bilan financier sera effectué en fin dannée 2003, « pour adapter ( ) les modalités de financement ( ) en fonction de lévolution des dépenses » Alors, même si la ministre de lEmploi et de la Solidarité, Élisabeth Guigou, a présenté le nouveau dispositif comme « un droit universel, égal et personnalisé » une indéniable avancée, en tout état de cause , nous ne pouvons éviter de penser que celui-ci entend solder des années de débats, de rapports, dattentes et de déceptions
Joël Plantet
(1) La prise en charge de la dépendance des personnes âgées : une comparaison internationale, Laurence Assous et Pierre Ralle, Études et résultats (DREES) n°74, juillet 2000.
(2) Les personnes dépendantes en institution - Insee Première, août 1999.
(3) FNG 49 rue Mirabeau 75016 Paris.
(4) UNOPA 45 rue Chabaud BP 2089 51073 Reims cedex. Tél. 03 26 88 40 86.E-mail : unopa.reims.fr@ebc.net
ODAS 37 boulevard Saint-Michel 75005 Paris. Tél. 01 44 07 02 52.
(5) Études et résultats n°98 (janvier 2001), DREES, ministère de lEmploi et de la Solidarité.
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