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Certaines professions ont toujours été féminines comme les assistantes sociales, les « éducateurs » de jeunes enfants, qui furent auparavant jardinières denfants. Ceci étant, cest vrai quon assiste à une féminisation des professions qui apparaissaient comme masculines (ES, ME, ETS ) depuis une trentaine dannées. Cest sans doute à rapprocher avec ce qui se passe dans le corps professoral, dans la magistrature, qui connaissent les mêmes phénomènes de féminisation.
Éducateur était à lorigine une profession presque exclusivement masculine. Ils se trouvaient dans des centres dits de correction, de redressement ou de réadaptation sociale. Quand enfin sest profilé à lhorizon le nécessaire besoin de formation, on a vu, comme par exemple à lécole de Montesson, dès louverture, en 1943, des premiers stages, des élèves éducatrices sinscrire, et arriver sur les terrains difficiles (internats dadolescents, plus tard, le milieu ouvert). Notons aussi que les « filles difficiles » étaient accueillies dans les « bons Pasteur », dont les équipes dencadrement dès lorigine, il y a 200 ans de cela, étaient uniquement constituées de religieuses. Les élèves-éducatrices et monitrices sont arrivées bien plus tard. Il y avait donc là une grande proportion de féminin dans le global du personnel éducatif, toutes orientations confondues. Pour la petite histoire, dans le Nord, le premier stagiaire masculin dans lun de ces « Bon Pasteur » se situe vers 1975.
Un autre point à envisager pour répondre à votre question, cest lévolution de la femme au foyer. Vers 1950-1960, chaque foyer ressent le besoin dun deuxième salaire (reconstruction, ou traites de loyers pour les achats de lhabitat, le confort à y installer etc.). Dautre part, socialement, lévolution de la femme sest tissée dans la nécessité délever ses enfants, mais aussi sur une reconnaissance dans la société des engagements etc. ce qui la conduite à sorienter vers des professions « maternelles », des conditions de travail attractives et compatibles avec une vie familiale traditionnelle, même si les salaires semblent plus faibles que dans le commerce ou lindustrie.
Justement, la parité salariale existe-t-elle dans le travail social ?
Les accords de travail ARSEA - ANEJI de 1958, ne font aucune différence entre éducateur et éducatrice. Toutefois, les coefficients de salaire étaient préconisés et les responsables dassociations pouvaient comme bon leur semblait établir des contrats différents. Si on aborde la question sous langle conventionnel, pas de problème : il nest pas fait de référence dans la célèbre convention de 1966, dune discrimination sexiste. Les cultures professionnelles et syndicales ne le toléreraient dailleurs pas
Les postes hiérarchiques sont cependant massivement occupés par des hommes. Quelle analyse faites-vous de cette problématique ?
Ce nest pas tout à fait vrai pour lensemble du secteur. Ce nest pas le cas dans la fonction publique territoriale par exemple. Qui est responsable de circonscription de service social ? Des crèches ? Des femmes majoritairement ! Mais globalement cest tout de même vrai, comme vous le dites les postes hiérarchiques sont massivement occupés par des hommes. Dans lindustrie, dans la banque, etc., cest vrai aussi. Le travail social ne fait pas exception. Cest donc une société toute entière quil faut interroger par rapport à la parité, une culture du pouvoir quil faut faire bouger
Est-il alors permis de penser que les femmes entrent dans les professions du travail social par vocation ?
Éternelle question mais curieusement posée jaurais opposé vocation à métier, ou autre chose. Les pionnières sont entrées dans la profession avec enthousiasme, volonté et militantisme. Le mot « vocation » était souvent utilisé (surtout par le public extérieur au milieu rééducatif, pour comprendre ou définir ces engagements féminins). Ce nétait pas pour autant que ces pionnières se voyaient avec une auréole au-dessus de leur tête même sil fallait beaucoup de don de soi, dabnégation parfois. La vie collective était dure. Trouver sa place en tant que femme, quand on était embauchée comme éducatrice cétait un parcours de combattant, il nétait donc guère question de discourir sur létymologie du mot « vocation ». Il fallait foncer, tenir le coup, porter à bout de bras, des groupes dadolescents et de jeunes dits « délinquants ». Mais le travail était passionnant, créatif, la conjoncture favorable
Depuis ces deux dernières décennies, la notion de métier est plus tangible. On sengage dans léducation spécialisée comme dans léducation nationale, le niveau augmente (les sélections draconiennes laissent sur le carreau des motivées ). les femmes sy engagent car il y a des possibilités de travail dans des milieux très diversifiés (le handicap mental, physique, la petite enfance, lenfance et ladolescence en difficulté etc.).
Quant à « létincelle » qui animait et éclairait depuis 50 ans les éducatrices, est-elle toujours aussi présente pour les toutes jeunes recrues ? Cest une question à poser aux plus jeunes la vie a changé nous sommes sur une autre planète, où les contingences pédagogiques, administratives, ont bouleversé le rythme des institutions et services. Ces équipes et pas seulement les femmes ont-elles le ressort nécessaire pour travailler avec la générosité, la créativité, lenthousiasme, lorsquelles sont confrontées à la sortie de leur formation aux réalités professionnelles, cest à dire au moment où surgit la motivation première qui fait émerger ou non les ressources humaines indispensables pour faire ce métier ? Je nai pas la réponse à cette question.
Propos recueillis par Guy Benloulou
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