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Lapproche interculturelle vis-à-vis des familles migrantes favorise-t-elle réellement lintégration sociale ou professionnelle de ces familles ou au contraire le risque nest-il pas de les enfermer dans leur culture ?
Lapproche interculturelle marque certainement le début du travail de lintégration des familles migrantes. Elle doit, de ce fait, sorienter vers la recherche des traits communs, encourager la rencontre de lautre, léchange, la réciprocité entre les cultures représentées, en loccurrence la culture française et les cultures des populations migrantes. Car pour moi, lintégration est le résultat de ladhésion de ces populations aux valeurs de la société daccueil et de leur conviction dêtre acceptées par celle-ci. Elle est une sorte de contrat basé sur un système de droits et dobligations. Lapproche interculturelle la conceptualise et la matérialise sous forme de reconnaissance mutuelle. La responsabilité des populations migrantes est engagée au même titre que celle de la société daccueil.
Par ailleurs, lapproche interculturelle nentraîne nullement le risque denfermer les familles migrantes dans leurs cultures dorigine. Au contraire, elle permet de les valoriser. Elle crée les conditions où elles peuvent être reconnues, cest-à-dire, considérées comme des partenaires égaux, cest-à-dire des personnes ayant quelque chose à transmettre, des personnes sans lesquelles aucune solution ne peut être trouvée. Le danger est de penser linterculturel comme la hiérarchisation des cultures avec comme conséquence lassimilation des populations migrantes.
Lapproche interculturelle dote lintégration de son aspect psychologique. Cependant sa contribution savère insuffisante quand il sagit de lintégration des populations migrantes. En effet, ce nest pas en communiquant avec les Français, en sappropriant leur système de valeur, quon est intégré en France. Dautres critères entrent en ligne de compte. Outre la langue on peut citer le logement et lemploi. Alors, combien de migrants parlent le français et ne sont pas bien logés et/ou se retrouvent au chômage ? Dautre part, combien dentre eux maîtrisent le français, sont bien logés, occupent un emploi mais se sentent constamment étrangers, menacés, rejetés ? Dès lors, lapproche interculturelle ne peut favoriser réellement lintégration sociale ou professionnelle des familles migrantes que si et seulement si elle peut faciliter la communication avec les Français et entraîner, en même temps, le changement de la politique en matière daccès au logement et à lemploi. Cest de cette façon que peut émerger laspect matériel de lintégration.
Dans quelle mesure laltérité et le rapport à lautre est-il travaillé ?
Face à lautre et, pis encore, à un étranger on peut se sentir menacé. Sa méconnaissance génère la peur. Lincompréhension et les malentendus sinstallent. Les stéréotypes servent dargument. Et les préjugés régissent le comportement. Ce sont là les raisons pour lesquelles le rapport à laltérité, à lautre mérite dêtre travaillé. Ce travail vise à changer les regards, les attitudes en jugeant lautre à sa juste valeur ; vise à dissiper les malentendus, à communiquer, à se comprendre, à se respecter dans la différence, à cohabiter pacifiquement. Ce quil faut éviter cest chercher à détruire la dimension ontologique de son identité.
Cette discipline, si tant est quon puisse la nommer ainsi, reçoit-elle le soutien politique français et des pays dorigine de ces familles, pour organiser sa réussite ?
Se demander si les pays dorigine et la France soutiennent le travail sur le rapport à lautre pour les familles migrantes cest sinterroger sur le moment et la forme de leur intervention. En effet, à propos de lintégration des populations migrantes, deux moments sont à évoquer. Le premier est celui qui part de la prise de décision démigrer au jour du départ. En ce qui concerne les Africains, je nai aucune connaissance dun pays dAfrique qui informe ses ressortissants candidats à lémigration sur les conditions de vie en France, sur les Français eux-mêmes, leurs visions du monde et leurs attitudes vis-à-vis de létranger. Il en est de même des consuls français dAfrique. Ils norganisent pas des campagnes dinformation au profit des candidats à lémigration. Il reste à chacun daffronter soi-même la réalité. La deuxième période concerne la vie en France, le jour de larrivée sur le territoire français. À partir de ce moment, le travail dinformation, de conseil et de soutien se fait plus de façon informelle que formelle. Il est réalisé par la communauté dorigine dans le cadre associatif, familial ou amical. Quant à la politique française, elle soutient le travail sur le rapport à lautre en donnant aux primo arrivants la possibilité de salphabétiser. Par ailleurs, elle accorde des subventions aux associations dont les actions visent à faciliter lintégration des familles migrantes. Cest le cas de notre association, Afrique Conseil [voir encadré page 7]. Concrètement, nous avons mis en place des groupes de parole destinés aux parents migrants dans les quatorzième et vingtième arrondissements de Paris [Lire page 4]. Lobjectif dexpliquer aux parents migrants le fonctionnement de la société daccueil, son projet éducatif, et les informer sur les processus de mutations culturelles et la façon de les gérer. Par ailleurs, nous intervenons dans le département du Val-de-Marne où nous assurons la médiation entre linstitution scolaire et les familles migrantes (enfants et parents). Pour nous, cest aussi loccasion dapporter aux professionnels un éclairage culturel afin de mieux comprendre avec les familles migrantes dorigine africaine et de mieux communiquer avec elles. Mais, beaucoup reste à faire dans ce domaine étant donné lexclusion dont sont victimes les migrants par rapport au logement et à lemploi, étant donné leur stigmatisation, étant donné la xénophobie ambiante.
Est-il nécessaire pour les travailleurs sociaux confrontés à ces familles dacquérir une formation adaptée à cette pratique pour leur éviter certaines dérives ?
Refuser la différence, prendre en charge les familles migrantes sans se référer à leurs origines culturelles, cest exercer une certaine violence sur elles, cest les déstabiliser. Sachant limportance de lenquête sociale dans la prise en charge à mettre en place, faire une mauvaise évaluation de la situation, même par ignorance, serait catastrophique pour elles. Dans cet ordre didée, il paraît bénéfique dapprendre aux travailleurs sociaux à gérer laltérité, les sensibiliser aux cultures des populations migrantes. En sa qualité dorganisme formateur, Afrique Conseil assure des formations sur la culture africaine destinées aux travailleurs sociaux pour leur donner des codes de communication, des outils de compréhension et dinterprétation des comportements des Africains.
Propos recueillis par Guy Benloulou
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