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Dans une brochure intitulée Les métiers du travail social et éditée il y a six mois, la direction de laction sociale décrit celui déducateur spécialisé : « Il aide les personnes en difficulté à restaurer ou à préserver leur autonomie. Il favorise également les actions de prévention. ( ) Il est également de plus en plus appelé à intervenir sur le développement local dun quartier ou dune commune ». Le champ social sest en effet, nul ne lignore plus maintenant, étendu aux métiers de la ville ; depuis quelques années, la multiplication des intervenants dont les emplois-jeunes a été une des manifestations de cette évolution.
Le budget du ministère de la Ville devrait être celui qui augmente le plus pour lannée 2001 : il a triplé depuis mars 98, en passant de 755 MF à 2 409 MF. « Soustraits les 2 % des crédits servant au fonctionnement de ladministration du ministère », précise la DIV, « le budget restant est dévolu essentiellement aux collectivités locales, aux 15 000 associations travaillant dans les quartiers en difficulté et au soutien à lactivité économique ». Les 247 contrats de ville seront, pendant le contrat de plan État-région 2000-2006, « particulièrement soutenus » et verront leurs moyens doubler ; les nouveaux dispositifs (équipes emploi-insertion, adultes-relais, fonds de revitalisation économique, renouvellement urbain ) sont inscrits au projet de budget ; dépendant du programme national de renouvellement urbain (PNRU), les cinquante grands projets de ville et les trente opérations de renouvellement urbain bénéficieront, à partir de lannée prochaine, denviron 700 MF dengagements financiers (1).
Déléguée interministérielle à la Ville, Claude Brévan, après constatation du « malentendu entre politique publique de la ville et travailleurs sociaux », estime quil faut « réaffirmer la spécificité du travail social », mais ne pas « opposer une logique réparatrice à une logique de développement » ni « une offre collective de service et le travail social de terrain » ; elle espère que les professions vont installer entre elles davantage de fluidité, de porosité, pour favoriser le « nomadisme » dune pratique à lautre Et elle annonçait tout récemment que dès 2001, une expérimentation sur site essaierait didentifier les verrous, les blocages, entre le milieu ouvert et la politique de la Ville.
Arrêtons-nous, par exemple, sur la question emblématique des emplois-jeunes, dautant plus que la nécessité dun diagnostic de mi-parcours simpose. Les 258 000 postes créés, indique un conseiller du ministère de lEmploi et de la Solidarité, se décomposent ainsi : 161 000 lont été par des associations ou des collectivités locales, 75 000 par lÉducation nationale, 20 000 par la police, 2 000 par la Justice. On apprend que leur moyenne dâge est de 24 ans, et que le quart a un niveau inférieur au bac Mais seulement 14 % sont issus des quartiers de la politique de la Ville (rappelons que lobjectif gouvernemental était de 20 %). Un recentrage est donc à assurer pour que le programme Nouveaux services/emplois-jeunes (NS/EJ) concerne davantage de jeunes plus précaires, dont les jeunes sortant du programme TRACE, dautant plus que le dispositif est appelé à continuer de se développer. Des mesures doivent être annoncées sur la pérennisation, aidant par exemple les employeurs à solvabiliser leurs activités au-delà de laide de lÉtat (80 % du SMIC) ou établissant des conventions pluriannuelles.
Autre sujet sensible, la professionnalisation : des plans daction pour des formations après repérage des besoins seront mis en uvre ; une attestation dactivité, co-écrite par le jeune et par lemployeur, va être expérimentée dans une dizaine de départements, avant dêtre validée par la cellule nationale dappui à la professionnalisation.
La validation des acquis, encore une question délicate : la loi qui doit traiter la question est reportée en 2001. Mais, indique le ministère, des travaux sur des référentiels dactivités seront présentés en cette fin dannée aux grandes fédérations demployeurs ; lintégration dans la fonction publique, promet-on, quelle soit territoriale ou hospitalière, sera facilitée.
Remis fin septembre dernier au ministre délégué à la Ville, un rapport, intitulé Une nouvelle ambition pour les villes, de nouvelles frontières pour les métiers, synthétisait un état des lieux : les métiers intervenant dans la politique de la Ville restent difficiles à cerner, quelles que soient leur ancienneté et leur nature ; bien que très différents par leur contenu, ces métiers sont fondés sur des logiques professionnelles « communes et spécifiques » ; mais ceux qui contribuent à la lutte contre lexclusion urbaine relèvent chacun dune professionnalité propre ; et en dépit de leurs points communs, les métiers du DSU, de la médiation, du travail social, les métiers du service public et de laménagement ont tous des difficultés à travailler ensemble et à identifier les points de contact de leurs missions ; latypisme des métiers dits de la ville pose donc des questions particulières de positionnement et de statut des professionnels ; et le temps est venu de « conforter » ces métiers.
À partir de ce constat, lécrit émettait 38 propositions (2), insistant sur le besoin de professionnalisation et de formation pour créer un nouveau « cur de métier ». Les dix-sept premières entendent développer et consolider les métiers de la politique de la ville, la DIV se proposant danimer, par exemple, une cellule nationale de coordination portant sur la professionnalisation des agents locaux de médiation sociale et de certains adultes-relais ; une douzaine dautres fait émerger un cadre afin que naissent « de nouvelles fonctions et de nouveaux métiers pour enrichir le service public » voient le jour. La proposition 21 évoque ainsi lhypothèse dun statut de lentreprise sociale au sein du ministère de la Ville et au secrétariat dÉtat à lÉconomie solidaire.
La dernière série de propositions concerne les liens, parfois difficiles il est vrai, entre travail social et politique de la ville, « un rendez-vous renouvelé à ne pas manquer » : conférence annuelle consacrée au développement social, permettant de « réaffirmer lunité du travail social, son caractère de service public et de lui fixer des objectifs » ; adaptation et refonte des missions de la prévention spécialisée ; parrainage des emplois-jeunes par des professionnels qualifiés, dans le secteur de laccompagnement social ; inclusion du développement social urbain (DSU) dans la formation initiale des travailleurs sociaux, organisation de stages de formation permanente à lapproche territoriale ; validation de lingénierie sociale appliquée au DSU ; expérimentation, enfin, de projet social de territoire, sur des territoires de la politique de la ville et avec lensemble des travailleurs sociaux (service social départemental, CCAS, CAF, secteur associatif ), « dans une logique de décloisonnement » (3).
Mais quen pensent les professionnels concernés ? La Prévention spécialisée réunissait un colloque, le 28 novembre 2000, intitulé Les nouveaux emplois dans les quartiers : vers une ré-invention du travail social ? Y étaient rendus publics les résultats de deux travaux sur ses rapports avec les emplois-jeunes (voir ci-dessous). Y ont été dites et redites les trois voies daccès de plus en plus souvent proposées pour la profession : voie directe, mise au travail avec formation en cours demploi et celle qui rencontre quelques résistances pratique professionnelle accompagnée de validation des acquis (qualifiée de « chantier daujourdhui » par le roboratif Jacques Ladsous). Une fois de plus, le sociologue Michel Autès a pédagogiquement explicité les différences entre la profession « construit social » et le métier, « registre de lactivité » ; la qualification, ajoutait-il, est de lordre de la profession, tandis que la compétence a, elle, à voir avec le métier.
À noter que les pièges de lethnicisation ont été évoqués dans certaines questions du public, par exemple sur les compétences : « Ma-t-on embauchée parce que je parlais arabe ? » interrogeait ainsi une des rares emplois-jeunes présents dans la salle De même, questionnait un directeur de manière polémique, « lorigine ethnique va-t-elle entrer dans la compétence ? »
Les métiers du social doivent évoluer, reconnaissaient en conclusion les organisateurs, et il est nécessaire de mener une réflexion « critique et approfondie » sur le sens sociétal que prend la segmentation de nos professions. Mais, a-t-il été répété aussi, une des conditions sine qua non dun bon changement doit être de permettre à chacun, de quelque place quil agisse, de pouvoir prendre des initiatives. « Simplement pour ne pas séteindre ».
Joël Plantet
(1) Un travail récent sur la politique de la ville a été élaboré par lassociation Profession banlieue : Aménagement et urbanisme : pour quelles transformations durables ? Profession banlieue 15 rue Catulienne 93200 Saint-Denis. Tél. 01 48 09 26 36. E-mail :profession.banlieue@wanadoo.fr
(2) Délégation interministérielle à la Ville 194 avenue du Président Wilson 93217 Saint-Denis la Plaine. Tél. 01 49 17 46 46. Internet : www.ville.gouv.fr (le rapport peut y être téléchargé).
(3) La ville et lurbain, létat des savoirs, dirigé par Thierry Paquot, Sophie Body-Gendrot et Michel Lussault, La Découverte, (442 p. ; 160 F).
Le Conseil technique de la prévention spécialisée (CTPS) en 1999, le Comité national de liaison des associations de prévention spécialisée (CNLAPS) (1) cette année, ont initié des enquêtes nationales sur la mise en uvre du dispositif NS/EJ dans le champ de la prévention spécialisée.
Le premier travail a mis en lumière un fait troublant : les collectivités territoriales recrutent des jeunes pour les affecter à des fonctions de relations avec dautres jeunes. 70 % des effectifs du programme seraient concernés. Est-ce là un formidable aveu, sinterroge le Conseil technique, notre société se défaussant de ses jeunes sur leurs pairs ? Autre constatation : de même que le référentiel de linsertion était dominant dans les années 80, est constatée une montée en puissance, actuellement, de celui de la médiation. Phénomène « compliqué et ambigu », son développement ne doit pas être, par exemple, un alibi à la non-transformation des institutions
En janvier prochain, le CTPS publiera un rapport, appuyé sur les observations du programme NS/EJ, sur lactivité éducative et la production de la sécurité (2).
Le second écrit a été établi à partir de 417 questionnaires, remplis par des associations de toutes les régions, et représentant la description de 504 postes demplois-jeunes. Il apparaît que plus de la moitié est consacrée à des fonctions de sécurisation des espaces collectifs, publics ou privés : médiateurs, agents dambiance, correspondants de nuit, auxiliaires de police, etc. Le niveau de formation est très disparate, avec toutefois un noyau dur autour de bac/bac + 2 ; les 2/3 des titulaires ont entre 22 et 25 ans, sont célibataires et sans enfant.
Les employeurs sont, en ordre décroissant, lÉtat, les communes, les offices de logement social, les organismes de transport, puis « très minoritairement » les associations ; les 3/4 des postes sont rémunérés au SMIC, 1/4 se situant au-delà.
Par ailleurs, il est noté une confusion récurrente entre « référent » et supérieur hiérarchique ; les plans de formation sont disparates ; enfin les perspectives de pérennisation portent, lorsquelles existent, pour lessentiel sur lintégration dans les services existants de lemployeur, et marginalement sur la pérennisation de la fonction nouvelle expérimentée par lemploi-jeune.
(1) CNLAPS 562 avenue du Grand Ariétaz 73000 Chambéry. Tél. 04 79 96 27 30. Les prochaines assises nationales auront lieu en octobre 2002 à Marseille.
(2) Autre rapport attendu en janvier 2001 : Jeunes et politiques publiques, du Commissariat au Plan.
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