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« On sonne, avant dentrer », rabroue-t-il à larrivée dun visiteur, toujours inopportun ; « Mais Ya pas de sonnette ! », justifie lautre ; « Alors, cest quon rentre pas », conclut lours, on voit le genre. Léquipe éducative a bien du mal à supporter cet « ingérable », éructant en permanence entre ses cassettes porno et ses prises de médicaments anti-diabète. Il est mal, il est si mal, il veut baiser, abstinent quil est depuis quatre mois, et ne pense vraiment quà ça. Bref, osons, dans la Maison du grand chêne, il y a aussi des glands.
On attend avec impatience la première réunion (1). Tenue dans le bureau du directeur (ah bon ?), elle permet à la nouvelle éducatrice de témoigner dun malaise, de révéler une préoccupation jusqualors consciencieusement occultée : la sexualité des adultes handicapés moteurs. Dans un premier temps, tout le monde se récrie « Si on devait céder à tous leurs caprices » , sauf le psy qui souligne la vérité, la crudité dune question qui ne saurait ainsi être éludée.
Mais même le psy, finalement, se révélera vaniteux, suffisant et égoïste. En fait, il a des vues sur Julie : celle-ci est dailleurs consentante, mais le presque amant se révèle allergique, ne supportant pas Adonis, le beau chat qui perd ses poils. Adepte dun vouvoiement appliqué, il se révélera peu à peu très lâche, comme les autres, et si pompeux, en plus. En entretien : « Entre le désir et la réalité » commence, emphatique et sentencieux, lhomme de lart ; « Oui, je sais, cest comme entre des jambes et des roulettes », conclut abruptement René, qui parlera de lui en évoquant « lautre sécateur », celui qui « répète toujours ce que vous venez de dire » Un psy finalement qui présente pas mal de point commun avec le curé faussement jovial qui dirige, semble-t-il, linstitution (encore un train de retard) et emmène ses résidents à Lourdes.
René lobsédé insiste. Se met en danger. Fait un coma diabétique, lors dune grève de la faim, pour obtenir ce quil veut : une rencontre décisive et roborative avec une prostituée. Veule en toute occasion, le directeur-mollusque finit par sincliner, mais recommande surtout la plus grande discrétion. Julie, qui a compris depuis longtemps que labréviation de la souffrance de lhomme handicapé et peut-être aussi léquilibre fondamental de linstitution passent par le passage aux putes, va se promener sur les parkings de la nationale 7, et y mesure la largeur des portes des camping-cars des professionnelles de la chose, il sagit que le fauteuil de René puisse rentrer. Elle finit par rencontrer au bon endroit la bonne péripatéticienne, Florelle, quelle convainc (« Je suis là parce que je moccupe dun homme qui va mourir »). Mais un autre obstacle surgit : dans léquipe éducative, personne nentend prendre la responsabilité dun tel accompagnement, sans être couvert juridiquement (pff, les pleutres ! nous indique le cinéaste. En effet, un professionnel pourrait se voir ainsi accusé de proxénétisme ). De même, en tentant dobtenir un certificat médical certifiant le besoin sexuel de son résident, Julie se heurte à linsuccès. « Je les emmerde, ces faux-culs », semporte-t-elle au final, épousant les manières langagières de son protégé. Elle les emmerde, donc elle y va, voir Florelle, avec son René. Et ira, tout uniment, jusquà lui mettre son préservatif, puisque la professionnelle ne veut pas le faire.
Évidemment, tout cela fait un bien fou à René. Il revient apaisé au foyer, se met à devenir plus sympa, fait même des blagues : « Tas fait dix ans danalyse, ou quoi ? », lui lance son pote Roland, le voyant ainsi transformé ; « Non, vingt ans de fauteuil », lui assène le miraculé.
Au final, on reste vraiment partagé devant une telle entreprise : la question de la sexualité des handicapés débarque ainsi sur grand écran, et cela force le respect. De ce seul point de vue, on a envie dapplaudir. En outre, très bien servi par ses acteurs professionnels ou non le film montre la discrimination : un jour par exemple, Julie pousse le fauteuil de René en état hypoglycémique dans une voie privée, et rencontre lanimosité des riverains Lappel à la tolérance y suinte dailleurs par tous les pores de la pellicule : ainsi, Rabah, sorte de total handicap musulman, orphelin, handicapé moteur, homosexuel et fan de Johnny (« Allumer le feu », chanson très à-propos) pourra même trouver du sens à sa vie.
En revanche, ce parti pris généreux, solidaire, essentiel (la nécessaire prise en compte de la sexualité des personnes handicapées motrices) prend appui sur un socle douteux : la veulerie, la lâcheté, la faiblesse évidente dune équipe éducative outrageusement caricaturée. Inversement proportionnelle à ce monde de médiocres, léduc héroïne, Julie, est prête à tout, puisque personne ny comprend rien à rien. Son charisme, son opiniâtreté finira même par faire changer le monde, au moins celui qui lentoure : lors de la fête de fin dannée, dans les flonflons et le rockn roll, le curé danse avec la pute, le directeur aussi dailleurs, et les homos saiment. « Et pour les filles ? » maintenant, interroge, faussement ingénue, alors une résidente
LAssociation des paralysés de France (APF) a participé au film (dans la vraie vie, la sur du cinéaste travaille dans un foyer APF de la région toulonnaise). Une équipe de tournage sest installée dans un foyer pendant tout le mois de juillet 1999 ; le personnel de létablissement a accepté dêtre figurant, parfois dans son propre rôle, trois résidents ont signé un contrat pour être comédiens. Et la politique de linstitution, dans la réalité, par rapport à la sexualité ? « À partir du moment où ils sont adultes, ils doivent pouvoir la vivre », nous indique un membre du personnel, précisant quun couple dont lun des membres vit en fauteuil roulant du foyer a même eu un bébé, il y a un an, et que « les parents ont bien assumé ».
Limage de léquipe éducative ? La charge contre le psy, linstitution gérée par un prêtre, la veulerie ? Oui, tout cela peut être parfois « un peu niais », mais il sagit bien sûr dune « satire ». Et en effet, il a fallu un lieu suffisamment ouvert à la question, layant, dune certaine manière, déjà traitée, pour permettre un scénario aussi critique (auquel linstitution na dailleurs aucunement participé).
Inspiré de vies, dhistoires et de personnes réelles (on voit leurs photos à la fin du film), Nationale 7 est dédié à René Amistadi, handicapé aujourdhui décédé.
Joël Plantet
(1) Voir Handicap n°83 (juillet-septembre 1999, Sexualité et institution), revue de sciences humaines et sociales du CTNERHI, et plus particulièrement larticle dAndré Dupras, La promotion de la qualité de vie sexuelle des personnes handicapées mentales vivant en institution : un cadre de référence pour un projet éducatif
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