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À linstar de quelques autres vocables, tels que « référent, synthèse, autonomie, thérapie, analyse institutionnelle, travail avec les familles, etc. », celui de supervision fait partie du lexique familier et du canal historique de la culture du secteur social et médico-social (ou encore psychiatrique), tout en recouvrant des contenus très disparates pour peu que lon interroge les praticiens sur ce quils entendent par là Le terme appartient donc à cette catégorie de « faux amis », particulièrement redoutables pour la simple raison que, croyant savoir immédiatement ce quils recouvrent, nous faisons facilement limpasse de les interroger, accroissant ainsi leur opacité effective (lire encadré ci-dessous).
On peut noter aujourdhui par rapport au vocable de supervision, en premier lieu, quil nappartient à aucun courant ni aucune approche spécifique et quil ne sagit en aucune façon dun concept déposé. Cela nempêche pas chaque courant dy apporter un contenu propre, ce qui explique sa polysémie. Par exemple, il ne sagit pas dun concept psychanalytique, mais des psychothérapeutes dinspiration psychanalytique lont utilisé à leur façon dans des dispositifs groupaux. Il ne sagit pas davantage dun concept systémique, mais des thérapeutes systémiciens utilisent des dispositifs de supervision, etc. Au plan de son utilisation thérapeutique, nous pouvons rajouter que le dénominateur commun a été largement induit par le phénomène de « groupe » et la nécessité afférente de régulation.
En second lieu, que la supervision nest pas issue du secteur social mais quelle y a été importée depuis le secteur sanitaire par des médecins, des psychologues et des formateurs. Quelle a été de ce fait décalée de son contenu initial, générique et technique, pour apparaître essentiellement comme un dispositif de lordre de la régulation psychologique et/ou clinique.
En troisième lieu, que son succès est lié à la montée, dans les années 70, de ce quon a appelé le « groupisme », cest-à-dire le centrage sur les phénomènes de groupe. En effet, il faut bien comprendre que lorsque les travaux sur les groupes commencent à décliner aux USA (cest-à-dire au début des années 60), ceux-ci commencent à être découverts en France (A. Ancelin-Schutzenberger, Pagès, etc.). Le groupisme, associé aux aspirations les plus diverses et osons le dire parfois les plus folles , va particulièrement marquer le secteur social jusquaux années 80 (et parfois beaucoup plus selon les cas !).
Depuis quelques années, nous pouvons constater que la supervision
reprend son sens premier et général dans notre secteur, cest-à-dire
quelle désigne un appui technique éclairé, destiné à former et
consulter des praticiens afin de les aider à améliorer leurs réponses
professionnelles, et que les supervisions sont davantage sollicitées
pour suivre des mises en uvre de projets, examiner des pratiques
et procédures professionnelles ou produire de lanalyse de situation.
Bref, la supervision ne possède pas de champ privilégié mais peut
concerner tous les domaines dactivité en matière daction sociale
et médico-sociale.
Pourtant, entre les années 70 et 90, la supervision est demeurée bien souvent dans le giron dune certaine conception de lintervention auprès des bénéficiaires de laction sanitaire et sociale, à tel point quelle a pu être identifiée à une approche clinicienne inspirée du courant psychanalytique. Cela explique pourquoi les supervisions concernent encore essentiellement certaines catégories professionnelles (telles que les infirmiers, les éducateurs, les paramédicaux ou les psychologues), pourquoi les supervisions sont fréquemment animées par des psychologues cliniciens ou des médecins-psychiatres, pourquoi ceux-ci déclarent bien souvent travailler sur les processus transférentiels, les représentations et les retentissements personnels.
À cela, plusieurs raisons. La première tient à labsence de véritables techniques de management spécifiques au secteur social et médico-social, secteur qui à dû faire face à une professionnalisation relativement rapide, non préparée et parcellaire. Culturellement, ces secteurs se sont trouvés coincés entre leur héritage chrétien, volontariste et charismatique, et le champ dattraction médico-psychologique qui leur a fourni durant longtemps ses seuls cadres, ses principales références théoriques (si lon excepte quelques courants pédagogiques), et ses seuls auteurs. Il faudra attendre les années 90 pour voir poindre des méthodologies et des ouvrages propres à ces secteurs et saffirmer une autre race de cadres.
La seconde raison tient à la position de prééminence tout à fait spécifique de la psychanalyse dans la France de laprès-guerre, notamment au sein de lIntelligentsia, des réseaux politiques, de lUniversité et de lÉdition, qui lui a permis dêtre le courant dominant dans certains cercles dinfluence, voire la seule référence dans de nombreux centres de formation sanitaires et sociaux (1) au point de faire croire que sans elle point de salut ! Cest ainsi quune vulgate psychanalytique a opéré une espèce denvahissement de la culture du social et du médico-social ce que daucuns ont appelé le « psychanalysme » (2) avant de connaître un reflux dès la charnière des années 80/90. Ce qui est en cause, ce nest pas le droit à lexistence de tel ou tel courant de pensée, mais la détestable manipulation linguistique, propre au mode de pensée sectaire et totalitaire, qui consiste à « mettre la main » sur des termes courants pour sen réserver un emploi spécifique et initié. Cest ainsi que, par exemple, des termes comme « analyse » ou « clinique » sont devenus dans certaines bouches des quasi-synonymes de psychanalyse, laissant de nombreux personnels dans lillusion que sils faisaient de la clinique, ils ne pouvaient que faire de la psychanalyse (et réciproquement). La question des modèles de référence ne sest dailleurs jamais véritablement et sereinement posée dans nos secteurs, et les établissements et les équipes sont bien souvent devant le fait accompli de telle ou telle obédience.
La troisième raison, enfin, tient à labsence dévaluation de la part des autorités de contrôle, durant de très nombreuses années, au relatif désintéressement de la notion de résultat et de qualité de service, voire à la phobie, durant les années 70, de toute action à caractère opératoire, bref, de toute espèce defficacité. Autant de facteurs qui ont entraîné une part de ces secteurs à détourner la supervision du domaine technique pour la recaler dans un domaine psychoaffectif et relationnel. Il était encore fréquent, que lon baptise « supervision », toute intervention dun psychologue clinicien visant à instaurer un espace découte et dexpression de professionnels quant à leurs difficultés vécues ou ressenties, au nom du fameux postulat : « Si vous travaillez sur vous, vous travaillez pour le patient ».
Bien entendu, il ne sagit pas de discuter de lintérêt éventuel dun tel espace dexpression, il existe pour un grand nombre de professions, y compris les sportifs et les artistes, mais plutôt dinterroger le statut quil convient alors de donner au terme de supervision. Si des professionnels formulent une demande de « soutien psychologique » par exemple : afin de les aider à mieux appréhender leurs attitudes dans des relations ou des situations données, voire à mieux supporter certaines conditions de travail psychologiques difficiles, très bien, mais il sagit là ni plus ni moins dune demande de prestation de service et non dune supervision au sens strict.
Les attentes, vis-à-vis dun dispositif peu lisible, peuvent elles-mêmes entretenir la confusion chez lacteur, comme pour cette éducatrice, travaillant dans une « équipe en difficulté », qui dépeint en ces termes ce quelle attend dune supervision : « Il y a nécessité de disposer dun espace où lon puisse parler du travail que lon fait, des difficultés quon rencontre ; parler de ce que cela produit par rapport à une situation : quest-ce qui se joue ? ».
Le risque est grand, à partir dune telle demande, quau lieu de toucher les raisons structurelles du mauvais fonctionnement de cette équipe, on en vienne à une psychodramatisation des relations déquipe autrement dit, à une problématique professionnelle parfaitement claire concernant ce service, on répondrait par une panacée interpersonnelle. Si nous pouvons en arriver à de telles demandes, cest bien souvent parce que les professionnels, de leur propre aveu, ne disposent pas dautres espaces pour aborder ce genre de choses, mais aussi et surtout, parce que les champs sont troublés en permanence dans un secteur dactivité qui a connu une fâcheuse tendance à mélanger allégrement les registres personnels et professionnels et à évacuer toute option managériale claire. Cest ainsi que des questions telles que la circulation de linformation, les définitions de rôles et de fonctions ou de procédures de travail, ou encore le management déquipe, finissent par sestomper derrière les comportements et les relations entre les personnes.
Autrement dit, ce ne sont point les questions posées par les professionnels qui ne sont pas pertinentes, mais lendroit où lon recherche les réponses qui ne peut être opportun. La demande de supervision devient alors lexpression même dun fantastique besoin dexpression tous azimuts. Faire croire à une équipe que les questions fondamentales de management quelle pose empiriquement pourraient se résoudre par un « travail sur soi » relève de la supercherie et ne fera que servir de soupape de sécurité pour ne rien changer de la situation. Cest dans un semblable état de confusion que léquipe professionnelle dun service de psychiatrie de jour évoque son malaise, lors dune séance préparatoire à une supervision.
La situation se présente défavorablement sous la forme dun «
climat difficilement supportable », voire dune crise institutionnelle,
dans laquelle il y a intrication de deux champs : celui des ressources
humaines et celui de la méthodologie professionnelle : « Nous
navons pas de culture commune (
) ; Nous avons le sentiment de
travailler seul, limpression de manquer de soutien (
) déclarent
des infirmiers ; Le tissu sest desserré », surenchérit le médecin
psychiatre qui évoque la dérive du projet initial. Labsence de
possibilité dexprimer ce malaise et de lidentifier est fortement
avancée par les participants à cette séance qui manifestent leur
souhait dune intervention extérieure, et qui attendent : de retrouver
la parole, de redonner du sens au soin, de gérer les différences
de pratiques, de parler de ce quils font et de leurs pratiques
au quotidien, de sortir dun univers impitoyable
,
de resituer chacun dans son travail, davoir, non pas un problème,
mais un projet en commun, de savoir ce qui les rattache.
Retraduites en termes professionnels, de telles attentes symptomatiques qui questionnent tous les aspects du fonctionnement du service, appellent des réponses en matière : de service rendu (projets et stratégies) ; de relations avec les patients ; de circulation de linformation et de modes de prise de décision ; de la place de chacun dans léquipe et dans linstitution : clarification des zones de compétences et daction (fonction, rôle et statut) ; de travail en équipe et de rapports interprofessionnels ; de situations de travail et dévaluation des pratiques professionnelles ; de méthodologies formalisées (par exemple : projet de soin personnalisé). Pour la petite histoire, le médecin chef du service ne sengagera pas dans une supervision du fonctionnement du service, mais préférera faire appel à un psychanalyste ; chacun son inconscient et le marasme pour tous
Les attentes vis-à-vis dune supervision peuvent porter sur plusieurs champs et concerner plusieurs niveaux dapproche.
Plusieurs champs : les attentes peuvent savérer davantage centrées sur lacteur lui-même, sur une équipe, ou bien plutôt sur des situations professionnelles.
Plusieurs niveaux méthodologiques : les attentes peuvent davantage faire appel à une démarche plutôt « objectivante », faisant appel à des jeux de rôle, à des mises en situation, à des exercices éventuellement filmés, bref, à des procédures établies, ou solliciter davantage une démarche subjectivée, faisant appel aux représentations des acteurs, au retentissement personnel et affectif. Si lon croise ces champs et ces niveaux, nous obtenons plusieurs thématiques.
Le champ personnel peut concerner tant les procédés interprétatifs quutilise la personne pour conférer du sens aux situations et interactions vécues, que les effets de ces dernières sur lacteur, que les différences de « styles » ou de modes de fonctionnement. Le champ de léquipe concerne lidentité, la cohérence, les modes de fonctionnement collectif au travers des interactions entre ses membres, mais aussi les enjeux et stratégies mises en place par les uns et les autres. Le champ des situations professionnelles concerne, quant à lui, les modes opératoires au regard des objectifs fixés : analyse des activités, des projets, des réunions, de laccueil, etc.
La supervision, bien comprise dans le sens dun dispositif-expert visant à lamélioration des pratiques professionnelles, peut ainsi porter sur la compréhension dune foule de situations de travail, permettant didentifier les « façons de voir et de faire » des uns et des autres, den saisir les motivations individuelles et les logiques institutionnelles, de comparer diverses réponses et leurs effets. Par exemple, face à une résidente de foyer très entreprenante au plan sexuel, et ayant quelque peu tendance à laffabulation, lexamen des situations observées et des réponses faites par les professionnels permet délaborer une meilleure stratégie commune dans lintérêt de tous. Par exemple, après avoir filmé en vidéo et visionné ensemble un repas de midi, les AMP dune maison daccueil spécialisée sont amenées à reconsidérer complètement lorganisation de celui-ci dans une plus grande prise en compte de la qualité de vie des bénéficiaires.
La supervision peut encore prendre un tour plus complet, et comme évoqué précédemment, considérer lensemble dun fonctionnement détablissement et non plus seulement telles ou telles situations. Par exemple, un service peut solliciter une supervision pour ré-interroger lécart existant entre son projet établi et sa mise en uvre effective au travers du fonctionnement quotidien des professionnels, ou bien encore pour suivre une démarche-qualité. Cest ainsi que des équipes peuvent être amenées à travailler en supervision leur procédure daccueil, leur mode de contractualisation, le fonctionnement de leurs réunions de projet (à partir dune observation) ou le fonctionnement dune journée dactivités.
Enfin, sil est courant daborder les motivations, les intérêts techniques ou encore personnels de la supervision, il est plus rare de sintéresser à ses effets institutionnels, y compris ses « effets pervers ». En effet, tout dispositif de supervision sinscrit dans un contexte institutionnel donné. Dans la plupart des cas, le superviseur est un intervenant extérieur financé par le biais de létablissement demandeur même sil advient parfois quun membre du personnel (psychologue ou médecin-psychiatre) remplisse cette fonction dans certaines institutions. Il est alors évident que lintrusion dune personne, dune pensée et dun dispositif externes va per-turber, faire bouger le système institutionnel.
À ce titre, toute supervision exerce sur le système dinteractions dans lequel elle pénètre des influences très diverses : celles-ci peuvent tout aussi bien fédérer des acteurs autour dune unité retrouvée et générer de nouvelles dynamiques, que pérenniser des fonctionnements en proposant une soupape de sécurité, voire alimenter des clans institutionnels ou créer de nouveaux problèmes managériaux.
Dans cet ordre didées, certaines équipes professionnelles, qui veulent déplacer leur relation hiérarchique avec leurs cadres pour en limiter le pouvoir et le crédit, pour éviter leur contrôle et davoir à rendre des comptes peuvent alors demander une supervision, excluant naturellement leurs cadres du dispositif dexpression Ainsi décalé, privé littéralement daccès à certaines informations, devenu extérieur à lidentité de léquipe, le cadre se voit perdre sa légitimité et son crédit. Le superviseur peut alors, à son insu ou parce quil y a intérêt, être investi dun rôle actif : celui danti-chef. Il peut devenir à bon compte celui qui écoute, comprend, éclaire, celui à qui lon peut tout dire, à lopposé du chef qui contrôle, évalue, dirige, intervient, frustre, etc. Un jeu institutionnel quon pourrait appeler le « jeu du chef et du sorcier » (car le chef dirige, tandis que le sorcier manipule les choses ).
Une certaine variété de supervision peut savérer également le lieu du secret. Tout secret lie ses membres : le partage sous serment dun secret est le rite fondateur de toutes les communautés sectaires et des comploteurs. Le lien qui peut se nouer au sein dune équipe professionnelle par le biais du secret, au sujet de ce qui se dit dans cet espace spécifique, est-il professionnellement acceptable au plan déontologique, dans des domaines où la transparence doit exister, et pour lesquels lévolution des murs exige de plus en plus dinformation et de lisibilité ? Ne mélange-t-on pas secret et réserve ? Que protège dès lors réellement le secret de telles supervisions entourées du halo du mystère ?
En effet, la création de ce qui peut devenir « un espace dexception » dans linstitution, si lon ny prend garde, interroge incontestablement la cohérence managériale et lidentité dentreprise : qui est alors réellement garant de cet espace et de ce qui sy dit, dans la mesure où le superviseur est extérieur à linstitution et donc étranger à ses intérêts ? Certains superviseurs peuvent utiliser de façon démagogique cet investissement psychoaffectif ou intellectuel du groupe de supervision pour faire perdre leur crédit aux cadres, se camper dans un rôle de « petit gourou » et se bâtir ainsi des rentes de situation. Cela peut aller jusquà des supervisions qui seffectuent en dehors de létablissement mais durant le temps de travail dans les locaux dun superviseur libéral Ceci est lextrême de la déterritorialisation de linstitution et de la confusion totale des espaces, des temporalités et des genres.
La supervision saffirme comme un dispositif tout à fait intéressant et très formateur, quand elle sinscrit dans le fonctionnement effectif des situations professionnelles. Elle constitue par excellence un dispositif de la « nouvelle formation », fonctionnant sur mesure, et savère bien plus efficace que le traditionnel dispositif de stage, issu des débuts de la formation continue. Il convient simplement de bien définir quels en sont les effets attendus, son contenu, le type dintervenants qui en découle, les participants qui sont concernés, ainsi que les garanties au plan éthique et technique que lon se donne vis-à-vis dun tel dispositif.
Jean-René Loubat
(1) Ceux-ci ont malheureusement produit des générations de professionnels possédant des illères en psychologie, leur interdisant laccès à 98 % des écrits de psychologie dans le monde.
(2) Le « psychanalisme » est le titre dun ouvrage de Robert Castel. Le psychanalisme ne désigne pas lapproche psychanalytique en soi, mais un certain impérialisme idéologique qui en découle.
Pourtant, le terme savère tout à fait banal dans la plupart des autres milieux professionnels. Au plan étymologique (du latin super videre), lappellation est générique et désigne littéralement « le regard supérieur ou lavis éclairé dun expert qui sur-veille ou veille sur » un exercice professionnel, laccomplissement dun projet, la mise en uvre dun dispositif précis, de séquences daction ou de procédures, ou bien encore le fonctionnement professionnel dune équipe ou même dun individu. Du fait même de ce caractère général, une supervision peut être sollicitée à peu près dans tous les domaines dactivité : cest ainsi quun coach supervise un entraînement, quun architecte supervise des travaux, quun médecin confirmé peut superviser un thérapeute débutant, que des experts ad hoc supervisent le déroulement délections, cest ainsi quon appelle encore superviseur le professionnel qui veille dans les aéroports à la bonne harmonisation des départs et des arrivées, et quen informatique, le superviseur est un programme chargé de contrôler lenchaînement et la gestion des processus dun système dexploitation. Le point commun de tous ces exemples est que le superviseur veille toujours sur le bon déroulement dun processus.
Dans le domaine de laction sociale et médico-sociale, la supervision a toutefois pris un tour singulier en raison deffets de contexte et de refoulement de mémoire. Initialement, le dispositif de supervision sest tout dabord développé dans le domaine hospitalier anglo-saxon tout comme le rôle de « référent » (1). Le supervisor est donc celui qui veille à ce que telles ou telles pratiques ou procédures soient bien accomplies (au plan technique et clinique) ou conformes à ce que lon peut en attendre (au niveau éthique et déontologique). Pendant laprès-guerre, le secteur sanitaire français, en pleine restructuration sest intéressé aux protocoles nord-américains en matière dorganisation. Les fonctions de superviseur et de référents thérapeutiques ont alors séduit certains dirigeants et formateurs, ont pénétré les écoles dinfirmières, les centres dingénierie de formation, les établissements hospitaliers, puis les établissements sociaux et médico-sociaux.
Parallèlement à un usage général du terme, certains courants psychothérapeutiques, toujours anglo-saxons, baptisèrent « supervision » des dispositifs à vocation plus spécifiques, relevant de diverses formes de dynamique de groupe, de training group ou de groupes thérapeutiques (Rogers, Balint, Bion, etc.). Cest le type de fonctionnement groupal de ces modes dintervention thérapeutique qui nécessitait la présence dun superviseur, cest-à-dire dun expert en position de recul, capable précisément de ne pas être absorbé par la dynamique du groupe et chargé de contrôler ou rétablir certains processus à luvre.
(1) Le terme référent est en effet ladaptation de langlais referent, du verbe to refer.
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