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Numéro 553, 23 novembre 2000

Saturnisme : un problème de santé publique alarmant

Les travailleurs sociaux ont un rôle d’information et de prévention important à jouer dans la lutte contre le saturnisme infantile. Ils doivent connaître cette maladie et les moyens qui existent pour la combattre.

L’histoire remonte à l’Antiquité. À Rome, le saturnisme était provoqué par l’eau, véhiculée par les tuyaux en plomb, les ustensiles en étain et le vin. Depuis cinquante ans, la première cause de contamination est la peinture de plomb, interdite en 1948. Le saturnisme frappe surtout les enfants qui vivent dans les immeubles dégradés construits avant cette date. Le plomb pénètre dans l’organisme par voie digestive ou pulmonaire. Le saturnisme détériore le système nerveux de manière irréversible. Il n’existe pas de traitement contre cette maladie.


Avoir 9 ans et vivre avec le saturnisme

Au 32, rue du Buisson St-Louis à Paris, dans un immeuble d’apparence cossue, Badia El Khodari vit avec ses quatre enfants. Leur appartement de 28 m2 est… plein de plomb

Badia El Khodari paie un loyer de 3 400 F par mois. La décoration est coquette et chaleureuse. Mais le logement est très dégradé et les murs pleins de plomb. Ce plomb a intoxiqué l’un des enfants. À voir ce garçon de 9 ans, on ne se doute de rien. Il a l’air un peu plus frêle que ses frères et sœurs, mais tout aussi énergique. « Il y a trois ans, j’ai vu son visage changer, devenir plus vert, ses yeux couler. Il était toujours fatigué », dit la mère. Les analyses médicales ne montrent rien d’anormal. « J’ai alors apporté des photos de mon appartement au médecin », précise-t-elle. « Lorsqu’il a constaté l’état de vétusté de l’appartement, il a demandé une plombémie (analyse du taux de plomb dans le sang) ». L’enfant est atteint de saturnisme. « Je n’avais jamais entendu parler de cette maladie », se souvient Badia El Khodari. Le médecin l’adresse au service de pédiatrie de l’hôpital Trousseau, qui signale le cas de saturnisme à la DDASS. Les services d’hygiène de la ville de Paris demandent au propriétaire de réaliser des travaux. Il ne les fait pas. Elle porte plainte. Le propriétaire se décide. « Il voulait faire réaliser les travaux en présence des enfants », s’insurge Badia El Khodari. Elle refuse et commence à craquer. « Nul ne prenait les choses au sérieux, ni les assistantes sociales, ni l’avocat, ni le médecin scolaire », soupire-t-elle. « J’étais très inquiète. Mon fils me demandait s’il allait mourir. Ses frères et sœurs paniquaient. J’écrivais à toutes les administrations, je ne trouvais que des portes fermées », se souvient cette maman. Elle rejoint l’association des familles victimes du saturnisme. « Des gens efficaces, des médecins et des avocats », dit-elle. « Je me suis sentie soutenue, rassurée. Des travaux de rénovation de mon logement ont été vérifiés par l’association Habitat Santé Développement. Mady Denantes, médecin et présidente de l’association, a expliqué à mon fils ce qu’était sa maladie. Il est beaucoup plus tranquille », conclue-t-elle. Badia El Khodari et sa famille attendent maintenant la confirmation d’une proposition de relogement en F4 par la préfecture.

Le combat de l’Association des familles victimes du saturnisme

Au 5 de la rue du Rhin, dans le XIX arrondissement de Paris, 53 enfants vivent dans un immeuble insalubre. Certains sont atteints de saturnisme. En février 2000, la ville de Paris, propriétaire de l’immeuble, confie au Pacte de Paris la réalisation d’une « opération expérimentale d’éradication du plomb en milieu occupé ».

Les travaux entrepris mobilisent la poussière de plomb, ce qui aggrave les intoxications. Les ouvriers travaillent en scaphandre et sont protégés, mais rien n’a été prévu pour les familles. Le 15 juin, l’Association des familles victimes du saturnisme (AFVS) constate l’augmentation du taux de plomb chez plusieurs enfants. « Dans certains cas, les plombémies relevées chez les enfants ont doublé, voire plus que triplé », affirme le médecin Mady Denantes, présidente de l’AFVS (1), dans un entretien au journal Le Monde le 5 juillet.

L’AFVS fait réaliser une analyse des poussières par Habitat Santé Développement, qui découvre des taux de contamination par le plomb 50 fois supérieurs au seuil maximal de toxicité admis. L’AFVS demande immédiatement l’arrêt des travaux à la préfecture, qui fait effectuer un nettoyage sommaire des linoléums dans quelques appartements. L’entreprise Expansion tente de reprendre les travaux dans la cage d’escalier, les familles s’y opposent. L’AFVS, soutenue par le Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti) (2) et Médecins du Monde, saisit le juge des référés contre la mairie de Paris et la préfecture pour voie de fait. L’avocat de l’AFVS, maître Jean-Paul Teissonnière, compare le problème du saturnisme à celui de l’amiante – dossier qu’il a défendu – et du sang contaminé.

Mercredi 26 juillet, devant le juge, la mairie de Paris et la préfecture s’engagent à reloger les familles avant le 19 octobre 2000, date à laquelle le juge donne rendez-vous aux parties pour faire le point. À cette date, seules trois familles sont définitivement relogées, six autres ont obtenu un logement d’insertion précaire.

(1) Association des Familles Victimes du Saturnisme – s/c La Bellevilleuse – 33, rue Ramponeau - 75020 Paris. L’AFVS a publié Halte au saturnisme Infantile, à commander par courrier (30 F).

(2) Gisti - 3 villa Marcès - 75011 Paris. Tél. 01 43 14 84 84


Principal vecteur du saturnisme : les logements délabrés

Entretien avec Guy Huel (1)

Des jeunes enfants et des femmes enceintes sont intoxiqués par les peintures au plomb. Des recommandations simples ont pourtant été énoncées. Manque la volonté politique de les mener à bien.

En 1997, vous avez été responsable scientifique et technique de l’étude « Surveillance de la population française vis-à-vis du risque saturnin », commandée par la Direction générale de la santé. Quelles ont été vos conclusions ?

Depuis 1979, date de la mise en œuvre d’une surveillance de la population vis-à-vis du risque saturnin, le taux de plombémie a diminué de moitié.

L’effort le plus soutenu en matière d’éradication a été réalisé par l’introduction de l’essence sans plomb. Néanmoins, plus de 5 % des adultes et près de 2 % des enfants — de un à six ans — présentent une plombémie supérieure à 100 µg/l. Pour 10 000 enfants, la plombémie est supérieure à 250 µg/l. Les peintures au plomb dans les vieux logements représentent le principal facteur de contamination en milieu urbain. La mise en œuvre de différentes actions d’éradication du plomb et des mesures de prévention renforcées sont apparues légitimes.

En 1999, les ministères de la Santé et de la Recherche ont demandé à l’Inserm de réaliser une expertise collective sur le problème du saturnisme (2). Quels effets ont suivi cette expertise ?

Ces différents travaux ont été commandités par Bernard Kouchner, alors secrétaire d’État à la Santé et sensible aux problèmes de saturnisme. Les choses ont avancé. Une loi contre les exclusions a été votée en 1998. Elle comprend un chapitre sur le saturnisme infantile.

Depuis, rien n’a bougé. L’expertise de 1999 concluait par 16 recommandations. Aucune n’a été suivie. Cela inquiète les associations comme Médecins du monde (lire interview de Nathalie Simonnot) et Les Amis de la terre (3).

Comment expliquez-vous qu’on ne tienne pas compte des recommandations d’un groupe d’experts ?

Je me demande si la Direction générale de la santé ne hiérarchise pas ses priorités en fonction de la médiatisation qu’elles provoquent. En ce moment, on s’occupe de la vache folle. La DGS a sans doute de nombreux dossiers à traiter. Pourtant on a commandé à l’Inserm une étude colossale, puis une expertise à laquelle ont participé 12 experts durant un an. Nous avons publié « Du plomb dans l’environnement : quels risques pour la santé ? ». Ce document pourrait être utilisé par les chercheurs et les décideurs. Il fait le point sur les situations et propose des recommandations. En ce qui concerne la loi contre les exclusions, les préfets ont la charge de définir des zones à risques et de mettre en place une surveillance des populations, notamment les femmes enceintes et les enfants. La plupart n’ont rien fait, ou on déclaré l’ensemble de leur département à risque. C’est le cas de Paris.

Existe-t-il une politique dynamique en matière d’éradication du plomb dans d’autres pays ?

Oui, aux États-Unis. La moyenne de la contamination par le plomb dans la population est nettement inférieure à celle de la France. La situation de la France en terme de plombémies moyennes est celle des États-Unis il y a 15 ou 20 ans. Là-bas, depuis 1977, les automobilistes utilisent l’essence sans plomb. La peinture au plomb a disparu depuis longtemps. Il existe une politique de décontamination des logements. Des stratégies de dépistage chez les enfants ont été développées à large échelle sous l’impulsion des Centers for Disease control sur la base de plusieurs facteurs de risque, principalement l’habitat dégradé et le niveau socio-économique.

Que préconisez-vous pour lutter contre le saturnisme ?

De passer à l’action rapidement afin de supprimer les risques de contamination, surtout chez les jeunes enfants et les futures mamans. De rénover les logements contenant des peintures au plomb. De ne pas utiliser de manière systématique le dépistage par le sang. Il a été nécessaire à un moment, malheureusement, on fait encore maintenant des prises de sang aux enfants pour dépister les logements contaminés. C’est désolant. D’informer et de former le corps médical et les acteurs sociaux. Les jeunes médecins ne reçoivent pas de formation de toxicologie. Ils n’ont pas le réflexe de penser au saturnisme face à des enfants ou à des femmes enceintes « à risque ». De sensibiliser les médecins scolaires, les pédiatres, les assistantes sociales, les infirmières de PMI, à l’importance de l’interrogatoire dans la recherche d’une source d’exposition. Les pouvoirs publics n’appliquent pas ces recommandations. Pourtant elles sont simples.

(1) Directeur de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) U. 472 : Épidémiologie et Biostatique – 16 avenue Paul Vaillant Couturier – 94807 Villejuif cedex. Internet : http://www.inserm.fr

(2) Plomb dans l’environnement, quels risques pour la santé ? Expertise collective – Synthèse et recommandations, Inserm, janvier 1999.

(3) Les amis de la terre – 53 rue Ramus – 75020 Paris. Tél : 01 43 49 11 00


Des chiffres inquiétants - En France, à la suite d’une circulaire de la Direction générale de la santé parue en 1993, des actions de formation et de dépistage ont été engagées dans près de 20 départements. Chacun d’entre eux a mis en place sa propre stratégie de dépistage, orientée sur des critères de présomption (repérage des enfants par les services de Protection maternelle et infantile (PMI) et repérage des logements anciens) ou sur des analyses de plomb dans l’environnement (sites industriels, risque hydrique). Depuis 1992, 14 216 enfants ont été testés par le système de surveillance du saturnisme infantile en France, dont les trois-quarts en Ile-de-France. Sur les 4 314 enfants présentant une plombémie supérieure à 100 µg/l, 244 ont subi un traitement chélateur. Si on estime à 85 000 le nombre d’enfants dont la plombémie est supérieure à 100 µg/l, seuls 5 % sont dépistés aujourd’hui (Source Inserm).


Un devoir d’agir vite et bien

Les travailleurs sociaux qui ont connaissance de l’existence d’un immeuble où le plomb est présent se doivent de le signaler au préfet et de veiller à ce que les mesures de protection de l’enfant soient mises en œuvre. Entretien avec Nathalie Simonnot, responsable de la coordination mission France de Médecins du Monde (1) et créatrice de la mission saturnisme infantile en 1993.

Une loi a été votée en 1998 pour prévenir les exclusions. Que prévoit-elle concernant le saturnisme ?

Le 27 juillet 1997, Médecins du Monde a organisé une conférence de presse pour présenter le rapport de la mission saturnisme infantile à Paris. Ce jour-là, les ministres du Logement, de la Santé et des Affaires sociales, se sont engagés à faire voter une loi contre le saturnisme chez les enfants. Par la suite, lorsque nous nous sommes inquiétés des délais, un chapitre sur le saturnisme infantile a été inséré dans la loi contre les exclusions de 1998. Cette maladie est la seule pathologie de la pauvreté.

Que prévoit-elle en ce qui concerne le saturnisme ?

Toute personne qui repère des risques d’intoxication au plomb pour un mineur, doit informer le préfet. Les médecins doivent signaler tous les cas de saturnisme diagnostiqués. Les maires, sous l’autorité du préfet, sont tenus d’établir des périmètres de risque d’intoxication au plomb. À l’intérieur de ces périmètres, toute transaction de vente doit être assortie d’un certificat de non-accessibilité au plomb.

En cas de risque d’intoxication au plomb, la loi prévoit une protection immédiate des enfants par des mesures d’urgence. C’est là que le bât blesse. Pour l’instant, ces mesures ne sont pas encore appliquées. Des enfants intoxiqués ou en cours d’intoxication ont été signalés il y a plus de trois ans sans qu’aucune mesure d’urgence ne soit adoptée. Les enfants vivent toujours dans le même logement. Nous nous demandons quand les mesures d’urgence vont se mettre en place… en urgence. Nous voulons arriver, comme le prévoit la loi, à une protection immédiate des enfants intoxiqués ou risquant l’intoxication, pour mettre fin une fois pour toutes à ce fléau.

Comment agir ?

Les travailleurs sociaux — et tous les citoyens —, qui ont connaissance de l’existence d’un immeuble où le risque de saturnisme est présent ou potentiel, doivent demander aux services d’hygiène de la ville de venir tester l’immeuble pour vérifier si du plomb est accessible. Ils doivent signaler l’immeuble au préfet (par lettre recommandée avec accusé de réception). Après le dépistage par les services de la Ville, il faut veiller à ce que les mesures de protection de l’enfant soient bien mises en œuvre : on doit vérifier que les travaux sont réalisés avec les mesures de protection optimales pour éviter la poussière dans l’air. Les familles ne devraient pas, le plus souvent, être présentes durant les travaux, il faut les reloger.

Comment voyez-vous évoluer ce problème de santé publique ?

On ne le verra évoluer que si une véritable mobilisation générale, tant privée que publique, se met en place. Il faut que les familles - qui ne sont pas informées -, les médecins, les responsables des services d’hygiène des villes, les maires, les préfets et les autorités sanitaires s’associent pour mettre en place un vrai processus de protection des enfants. Nous en sommes encore loin. On parle davantage du saturnisme, c’est déjà une victoire. Les acteurs de la lutte contre le saturnisme ont enfin compris que les responsables de cette maladie sont les logements et non les parents. Il faut continuer à le dire. Non seulement les familles voient leurs enfants tomber malade, mais en plus, il existe une certaine tendance à les culpabiliser, à les conseiller : « Vous devriez emmener vos enfants au parc », « Vous devriez leur laver les mains ». Ces précautions ne servent pas à grand-chose si l’appartement est toxique. Il faut déculpabiliser les familles et culpabiliser les responsables de la santé publique. Si ce problème touchait les enfants de responsables de la classe politique ou les enfants de chefs d’entreprise, il serait résolu depuis longtemps. Si l’on ne fait rien, c’est que cette maladie touche les plus pauvres, qui vivent dans des logements pourris, dont personne ne veut. On laisse les enfants pauvres, mourir dans un coin.

(1) Médecins du Monde - 62 rue Marcadet - 75018 Paris.Tel. 01 44 92 15 15 (A lire : Rapport de la Mission saturnisme infantile à Paris, Médecins du Monde, juillet 1997) - http://www.medecinsdumonde.org


Aucun traitement n’existe actuellement

L’unique mesure pour arrêter l’intoxication est le retrait immédiat de l’enfant de la source de contamination et le relogement de la famille. Entretien avec Abdoul Aziz Diop, médecin.

Comment se manifeste cette maladie ?

Les symptômes sont tardifs et peu spécifiques. On peut dépister un risque de saturnisme en interrogeant la famille sur ses conditions d’habitat. Les signes de la maladie se manifestent par des douleurs abdominales fréquentes, des céphalées, des troubles de la concentration et de l’humeur. Le fait que le plomb se fixe à plus de 80 % dans les os, fait du saturnisme une maladie insidieuse et gravissime.

Comment savoir si un enfant est atteint de saturnisme ?

On mesure la plombémie (taux de plomb dans le sang) par une simple prise de sang. La plombémie normale est de 0 µg/l (pas de plomb dans le sang). À partir de 100 µg/l, l’atteinte du développement psychomoteur de l’enfant est constante, avec troubles de la mémoire, de la concentration, de l’apprentissage et des fonctions visuelles et auditives. Des analyses plus fines montrent, pour des plombémies inférieures à 100 µg/l, une corrélation entre le taux de plomb dans le sang et la baisse du Q. I (- 0,25 point pour 10 µg/l de plombémie).

La femme enceinte peut-elle contaminer son enfant ?

Oui. Le plomb passe de la femme enceinte intoxiquée au bébé par le cordon ombilical. Le plomb stocké durant de nombreuses années dans les os de la mère est redistribué au fœtus durant la grossesse, puis au bébé par l’allaitement. À l’heure actuelle, nous n’avons pas suffisamment de recul pour évaluer le degré de handicap chez ces enfants. Nul doute qu’il sera important. Cela pose à terme, le problème de la transmission intergénérationnelle du saturnisme, comme le souligne un confrère de la Société française de pédiatrie.

Existe-t-il un traitement ?

Pas pour l’instant. Actuellement, la prise en charge médicale dépend de la plombémie de l’enfant. Pour les enfants dont la plombémie se situe entre 100 et 400 µg/l, on connaît parfaitement les risques, mais on n’a rien de consistant à proposer sur le plan strictement médical. Hormis de petites mesures de prévention (lavage fréquent des mains, nettoyage avec une serpillière humide plutôt qu’un balai qui soulève la poussière, protection du matériel de cuisson…).

Au-dessus de 400 µg/l, on peut observer une atteinte irréversible du système nerveux, des convulsions, un coma, des crises d’épilepsie, une baisse de la fertilité, une augmentation des cancers des bronches et des reins, des problèmes d’hypertension artérielle.

Pour les taux de plombémie supérieurs à 700 µg/l, on propose une chélation (injection par voie intermusculaire d’un produit qui favorise l’élimination du plomb par les urines). Cette injection est douloureuse et les produits utilisés présentent des dangers (atteinte de la fonction du rein, perturbations hydroélectrolytiques). De plus, ces produits touchent très peu au plomb stocké dans les os.

On connaît depuis longtemps la relation entre l’habitat insalubre et l’intoxication par le plomb des enfants en bas âge. En effet, les enfants de six à dix-huit mois portent tout à leur bouche. Ils absorbent les sous-couches de peinture de plomb, qui les rendent malades. C’est dans les immeubles les plus dégradés et les plus insalubres, suroccupés par des familles précarisées, que l’on trouve le plus d’enfants intoxiqués par le plomb. La seule mesure pour arrêter l’intoxication est le retrait immédiat de l’enfant de la source de contamination et le relogement de la famille. On possède une cartographie assez précise de l’habitat ancien insalubre qui pourrait permettre une prévention primaire du saturnisme.

Que doit faire le médecin lorsqu’un enfant est atteint de saturnisme ?

Depuis 1998, le saturnisme est une maladie à déclaration obligataire. Le médecin, qui diagnostique un cas, doit le déclarer à la DDASS. Il doit informer la famille et le médecin du service de l’état compétent en manière sanitaire et sociale. Ce dernier informera le médecin responsable de la PMI dont dépend l’enfant. La procédure va ainsi suivre son cours jusqu’à ce que les autorités sanitaires fassent un diagnostic de l’immeuble et un dosage de la plombémie chez tous les enfants qui y vivent.

Le médecin ne constitue qu’un maillon de la chaîne de prise en charge de l’enfant intoxiqué par le plomb. Il est illusoire de vouloir combattre le saturnisme par des moyens médicaux sans se préoccuper des conditions de relogement des enfants. Il est inacceptable que des enfants chélatés près d’une dizaine de fois vivent toujours dans le même appartement contaminant. Malheureusement, cela s’est déjà produit.

Dossier réalisé par Katia Rouff


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