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Au départ, on ne soupçonne pas forcément lamorce dune crise institutionnelle de cette gravité : en mai 1998, la directrice de linstitut médico-éducatif Le Logis, dans la région parisienne, et quelques mois plus tard son adjointe toutes deux à lorigine de la transformation de lorphelinat-asile en IME sont amenées à démissionner brutalement. La première est mise en examen pour détournements de fonds, et sera dailleurs incarcérée quelques mois.
Un nouveau directeur arrive, et ses tentatives de réorganisation
ne rencontrent pas dopposition pendant les premiers mois (létablissement
accueille aujourdhui 72 jeunes de 11 à 20 ans présentant des
troubles de la personnalité et du comportement : 46 jeunes filles
en internat de semaine, 26 garçons et filles en externat) : transformation
de lIME en internat de rééducation (IR), augmentation des effectifs,
création dun service déducation et de soins spécialisés à domicile,
appartements en villes pour les sortantes
Mais à partir de septembre 1998, le syndicat CGT salarme dun certain nombre de licenciements : tel vacataire, tel responsable du service informatique, tel psychiatre, telle chef de service de lIMPro (pour qui les Prudhommes reconnaîtront le caractère abusif du licenciement), tel comptable .
À la même période, un conflit éclate autour du projet thérapeutique de linstitution, et de la place des psychologues. Le projet institutionnel se voit, selon un certain nombre de salariés, progressivement déconstruit, diverses réunions étant peu à peu supprimées. Le climat salourdit. « Les propos du directeur deviennent disqualifiants, nous ne sommes plus légitimés professionnellement dans nos fonctions, les équipes sont assimilées aux actes délictueux quaurait commis lancienne direction », dénonce alors le syndicat CGT. Les passages à lacte des jeunes se font monnaie courante. Une première grève intervient à la mi-janvier 99. Les salariés alertent la DDASS, la médecine du travail et linspection du travail. Lemployeur, la Société philanthropique, propose au CREAI dintervenir. Mais le travail opéré autour de la difficile articulation des pratiques antérieures et des nouvelles directives fait surgir des points essentiels du conflit : changements de profil de poste des chefs de service, suspension du travail de supervision, suppression de multiples réunions. « De travail institutionnel », note encore le syndicat, « nous parlerons maintenant de prestation de service, daction éducative nous parlerons de protocole dintervention, de clinique nous parlerons dévaluation, délaboration nous parlerons de planification ».
Le 8 octobre 1999, vingt-deux personnes (soit une majorité du personnel éducatif, technique et thérapeutique) se mettent en grève, après un passage à lacte particulièrement grave de la part de trois jeunes (fugue, incendie de voiture), acte insuffisamment pris en compte, selon les personnels, par la direction (qui sen défend). Lambiance devient délétère : les violences des jeunes envers les éducateurs se font plus nombreuses, les arrêts maladies se multiplient, léquipe de direction est accusée de disqualifier le personnel.
Lannée 99 aura vu le départ démissions ou licenciements de 18 personnes. En janvier 2000, les familles sont prévenues, par les salariés, de leurs difficultés à travailler. Une nouvelle grève intervient au début de cette année. La violence sinstalle dans létablissement, des agressions pas seulement verbales émaillant parfois la vie du Logis.
Le 24 mars 2000, léquipe interpelle de nouveau la DDASS, demande une médiation (« LIME « Le Logis » et donc les jeunes, sont en DANGER. Nous demandons lintervention dun médiateur (envoyé par la DDASS) pour tenter de trouver une solution à cet état de crise et sortir de cette impasse »). Mais lassociation décide, à la fin du mois de mars, la fermeture provisoire de létablissement.
Un médiateur, sociologue, nommé par lassociation, va travailler un protocole de fonctionnement qui sera, finalement, validé, fin avril dernier, par une majorité du personnel. Cependant, le mal est fait, les départs se poursuivent, les licenciements aussi.
Des témoignages ont été aujourdhui réunis par écrit, contre tel ou tel cadre en place (lire encadré ci-dessous), allant tous dans le même sens, celui dune intervention autoritaire, non discutée en équipe, possiblement préjudiciable à telle jeune accueillie.
Nous avons rencontré, à maintes reprises, des personnels, en poste ou ex-salariés, épuisés, découragés, eux-mêmes se disant « laminés ». Quils soient moniteurs-éducateurs, psychologues, psychomotricien, éducateurs ou éducateurs techniques, ils nous ont illustré leurs difficultés à ne pas se sentir pris en compte. Ils estiment leur culture professionnelle bafouée, certains sont en dépression, dautres nous disent ne plus savoir combien de temps ils vont pouvoir rester encore à leur poste. Le feuilleton pourrait sappeler : Le Logis, ou comment une direction musclée, avec laval des pouvoirs publics, peut venir à bout des plus récalcitrants.
Jointe par Lien Social, la direction dénoncera, dans un long entretien téléphonique, des personnels enfermés dans des logiques obsolètes et ne supportant aucun contrôle, la « force des usages » et des avantages acquis en lien parfois avec les exactions de lancienne équipe de direction, dont le procès na pas encore eu lieu , la nécessité dune restructuration, des « habitudes très confortables qui échappent aux logiques du travail social actuel ». Se défendant de vouloir envenimer quoi que ce soit, revendiquant la nécessité de se séparer dun certain nombre de personnes, elle reste confiante dans son avenir passage prochain en CROSS, démarrage dun SESSAD, réflexion sur linternat , même si le climat reste détérioré. On ne peut cependant que rester sceptique sur cette manière de gérer les ressources humaines.
Léo Grenel
Le 2 septembre 1996, Khedidja est embauchée, par la première direction, au Logis comme chef de service éducatif en internat, par contrat à durée indéterminée. Après les six mois dessai conventionnel, elle est confirmée dans son emploi et dans sa fonction. Néanmoins, en septembre 97, la DDASS de Seine Saint-Denis informe la direction que Khedidja na pas les diplômes requis et laisse à la charge exclusive de lemployeur la prise en charge de la différence entre le salaire mensuel quelle accepte de financer et celui fixé au contrat de travail, soit 2376,85 francs. Ladministration exige dautre part que la salariée, titulaire dune maîtrise en psychologie clinique, engage une formation déducatrice spécialisée. La chef de service en poste trouve alors un institut de formation de travailleurs sociaux mais, compte tenu de lincertitude de date de sélection et dentrée en formation, la direction du Logis linscrit, dans le cadre du PAUF 98, à une formation en alternance de chef de service éducatif dune durée de deux ans.
La nouvelle direction ampute dune somme égale à lécart pointé par la DDASS, son statut contractuel de cadre et les cotisations de retraite et de prévoyance AGIRC afférentes ne figurent plus sur ses bulletins de salaire. Le 10 septembre 98, après un entretien préalable, Khedidja sera licenciée pour « inaptitude professionnelle », avec dispense dexécution de préavis.
Le contrat de travail de Khedidja était pourtant « un CDI incontestable juridiquement, et rien nautorisait la Société philanthropique à le remettre en cause dans dautres formes que celles prévues par la loi », objectera le conseil de Prudhommes de Bobigny en condamnant la Société philanthropique pour licenciement abusif, précisant même que celle-ci a « littéralement congédié » Khedidja, « de façon brutale, calomnieuse et vexatoire ». Rien de moins !
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