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Déprimes, colères, fugues, révoltes, harassements ont ponctué des aventures quiveulent redonner confiance en soi et motivation pour se réinvestir dans des projets :
Récit de trois raids et dun projet contre la fatalité et la résignation.
Traverser le Sahara à pied pendant 7 jours, par 45° à lombre, en reliant sur plus de 100 kilomètres, puits et points deau très sommaires. Parcourir 450 kilomètres en 21 jours dans le Haut Atlas, avec 12 cols à plus de 3000 mètres, avec comme point dorgue lascension du Toukbal, point culminant de toute lAfrique du Nord à 4167 mètres. Vivre une opération survie de 4 jours sur une plage du Sahara Atlantique en devant pêcher et faire cuire soi-même sa nourriture (au menu : bars et mulets sur feu de bois à la trappeur). Telle fut laction éducative qui a mené sur les routes du Maroc sept adolescents (dont une fille) et quatre accompagnateurs. Lexpédition « natmacha maane » (« marcher ensemble » en arabe) offrait un séjour de rupture à des jeunes sursaturés de placements multiples et suradaptés aux discours éducatifs institutionnels. Les sept adolescents qui participèrent à lexpédition marocaine du 29 mars au 26 juillet 1999 cumulaient de nombreuses difficultés : toxicomanie, tentatives de suicide pour quatre dentre eux, actes de violence ayant donné lieu à des procédures judiciaires pour quatre autres Le groupe des adultes quant à lui était constitué de deux éducateurs spécialisés, de deux professionnels internationaux de limage polyglottes ainsi que de partenaires marocains (médecin, infirmière et guide de haute montagne). À lexploit sportif est venue sajouter une implication humanitaire. Toute une série de chantiers de solidarité ont, en effet, ponctué le voyage : dans le Douar Mézik, près de la petite ville montagnarde dImlil, aide apportée au villageois pour la construction dun gîte détape (transport à dos dhomme de sacs de sable et de pièces de charpente depuis un oued jusquau chantier situé 150 mètres plus haut), aménagement de chemins muletiers, installation dun terrain de football dans un petit Douar (avec en final, un match franco-marocain). Mais, il ne faut pas imaginer un tel voyage se déroulant sereinement, sans incidents. Les comportements oppositionnels ont été nombreux. Recrutés sur la base du volontariat, tous les jeunes ont néanmoins voulu marquer leur mal-être, que ce soit sous une forme affadie dopposition passive ou de grossièreté, mais aussi dune manière bien plus violente comme lagression physique, la détérioration de matériel et même lautomutilation. Le grand classique est bien la perte des chaussures qui marque limpossibilité de continuer à marcher, ou la somatisation pour obtenir un rapatriement sanitaire. Ces manifestations, partie intégrante de leur problématique ont été assumées et gérées dans une perspective de dépassement constructif. Seul un jeune a été placé sur la sellette, pour son comportement particulièrement agressif à légard des plus fragiles. Son rapatriement a été envisagé, puis évité, du fait de son évolution sensible. Bien dautres comportements ont du être régulés : hygiène corporelle, rythme de vie, habitudes alimentaires etc. La confrontation rude aux 100 kilomètres de désert total et aux 400 kilomètres de montagne intégrale sest chargée de les rappeler au principe de réalité au travers des épreuves encourues aux implications tant thérapeutiques que quasi initiatiques.
Du 15 février au 30 juin 2000 « Marcher ensemble » sest conjugué en népalais (« Sangsangaï Hidnou »). Les deux mêmes éducateurs sétaient associés avec un photographe et 22 guides et cuisiniers pour encadrer une expédition digne (toute proportion gardée) de la longue marche chinoise des années trente. Cinq adolescents étaient du voyage. Mille kilomètres parcourus au total au travers de lHimalaya, avec comme mise en jambe un premier raid de 250 kilomètres, suivi de près par une marche de 650 kilomètres qui ont mené le groupe, sur 45 jours, de la région de Pokhara (à 1000 mètres daltitude) au royaume interdit du Haut Mustang (perché à 4200 mètres) jouxtant la frontière chinoise. Ce raid aura obligé chacun à se plier aux différents contextes climatiques (de la végétation subtropicale du départ aux immensités désertiques et continuellement ventées des hauts plateaux tibétains) ainsi quaux rudes conditions de vie des populations locales (dont certaines semblent vivre aux mêmes rythmes que ceux de notre bas Moyen Age). Loccasion a été donnée à plusieurs reprises de se lancer dans des chantiers dentraide. Ainsi, cette semaine passée à repeindre lorphelinat de Siphal à Katmandou (qui donnera loccasion à quatre orphelins de se joindre au groupe), la participation à la moisson (arrachage du blé à la main), laide au transport de pierres pour la construction dune école, la contribution à son dallage
Là aussi, le voyage fut loccasion dépreuves de vérité et de tensions qui mirent en évidence tant les points faibles que les points forts de chaque jeune. Le manque de confiance en soi, la fuite de leffort immédiat, les difficultés à sinvestir dans des projets se sont trouvés au cur des difficultés du quotidien. Des oppositions de la part des jeunes, il y en a eu cette année aussi. Mais, elles ont toutes été dépassées. Ainsi, cet adolescent qui a fugué à Katmandou et qui a été parmi ceux qui ont été les plus enthousiastes à finir le raid. Le groupe qui nétait pas avare de reproches et de plaintes au départ, finira le séjour en cavalant comme un cabri. « Sil était nécessaire de les pousser au début, il fallait plutôt les retenir à la fin » explique René Coulon. Et, ce nest pas rien dans un pays où tout se transporte à dos dhomme et où la tradition veut quon aille au plus court en gravissant tout droit 2.000 à 2.500 mètres de dénivelés ! Facteur non négligeable, le groupe de jeunes sest trouvé noyé dans la population qui, à partir de la rudesse de son propre mode de vie, avait du mal à comprendre leurs manifestations de mal-être, ce qui aura contribué à les aider à évoluer. Et, le résultat est effectivement spectaculaire : lun dentre eux, traditionnellement rejeté par sa famille sera accueilli à son retour par sa mère par une exclamation quil entendra pour la première fois de sa vie « Quest-ce que tu es beau ! ». Tel autre, fils dun ébéniste, ramènera à son père les productions quil a réalisées lors dun stage de sculpture sur bois à Katmandou (un autre stage de 5 mois est programmé au même endroit, pour lannée prochaine).
Ce qui compte, ce nest pas tant loutil, mais la passion que lon met à lutiliser et la rencontre humaine entre ladulte et les jeunes qui est au cur de la relation qui sétablit. On trouve ainsi, de ces éducateurs qui réussissent à entraîner certains adolescents dans des activités aussi paradoxales pour des délinquants que des émaux ou de la philatélie. Mais, il ne faut pas hésiter parfois à sortir des cadres bien lourds et rigides de laction éducative traditionnelle. Cest bien cette volonté de rompre avec légocentrisme et la pensée pédagogique unique qui a présidé à la création de Nomado. Cela a commencé par la volonté claire et délibérée de sadresser à des partenaires étrangers au monde de léducation spécialisée. Cest dabord un conseil dadministration qui sest constitué à partir de volontaires complètement néophytes (médecin, pharmacien, informaticien, comptable, entrepreneur ou acteurs du monde des arts ou du sport) et qui se sont engagés dans cette aventure extraordinaire en ne ménageant ni leur soutien, ni leur enthousiasme. Cest ensuite la participation, lors des expéditions, dencadrants non éducateurs (photographes professionnels, guides du pays daccueil). Ce dont il sagit cest bien cette pédagogie différentielle qui amène jeunes et éducateurs à se confronter à des personnes qui nappartiennent pas à leur univers, et ce afin de provoquer chez chacun une remise en cause de ses modes de fonctionnement habituels.
René Coulon et Chantal Dobigeon ont le souci de mener leur action dans un esprit dinnovation par rapport aux habitudes du milieu. Si les jeunes candidats doivent être volontaires, ils ne leur demandent pas cette motivation trop souvent artificielle ou ce sacro-saint « projet » si fréquemment exigé par tant déquipes éducatives comme préalable à la prise en charge. Si le jeune nest pas tout à fait prêt, ils considèrent quil est de leur responsabilité de laccompagner pour lui permettre de sadapter. Même si un filet de sécurité (en cas de pépin de santé) est bien prévu, le séjour se déroule comme si on ne pouvait plus revenir en arrière et que la seule solution était daller de lavant, davancer et de continuer. Leur première démarche consiste donc par aller rencontrer le jeune candidat sur son lieu de vie. Cela leur permet à la fois de faire sa connaissance, mais aussi, de partir de là où il en est. Le voyage quils lui proposent est conçu comme point de départ dun mini scénario de vie dont lobjectif est bien de faire émerger toutes ses potentialités et richesses enfouies sous les couches de souffrance et de problèmes accumulés. Les deux premières expériences ont montré quen la matière, il y avait de quoi faire. Mais, tout ce travail de défrichage doit néanmoins ne pas sarrêter avec la fin de lexpédition. Après la nécessaire phase de décompression qui dure deux mois après le retour, ils repassent donc voir les participants au séjour, les uns après les autres, et élaborent avec eux en collaboration avec leur référent un projet de vie et dinsertion.
Tout ce travail porte ses fruits dune façon encourageante. Le lecteur va sinterroger légitimement : « Oui, mais pour quel montant financier ? » Le prix de journée était de 950 F en 1999 et de 1070 F en 2000, coût très raisonnable pour la prise en charge de jeunes délinquants, un centre déducation renforcé recevant pas loin de 2000 F par jour ! Et encore, cela ne concerne que les périodes de stricte prise en charge physique des jeunes (quatre mois pour le Maroc et trois mois pour le Népal), tout le travail de rencontre préalable et de suivi postérieur étant assuré par Nomado sans facturation supplémentaire.
Cette expérience nest pas généralisable, reconnaît René Coulon. Aucune institution ne pourrait se lancer dans une telle entreprise qui comporte une grande part de bénévolat. Il est, en effet, difficile de demander à des salariés de sengager dans une telle aventure (travailler 24h/24 durant 3 mois est incompatible avec toutes les conventions collectives de France et de Navarre !). Il ne sagit pas de prétendre à lextension de telles actions, mais de permettre quelles puissent exister. Cest autant de bouffées dair qui donnent de la respiration tant à certains jeunes quaux institutions. Cest tout à lhonneur de la protection judiciaire de la jeunesse davoir compris et permis à ce type dexpériences de se dérouler. Sur les sept jeunes qui ont vécu, en 1999, lexpédition au Maroc, cinq ont pu bénéficier dune orientation professionnelle. Pour ce qui concerne la cuvée 2000 il est encore prématuré de se prononcer.
Nomado va continuer ses actions, quil conçoit dune manière souple et adaptative. Lassociation diffuse ses appels doffre, dans le mois qui précède laction envisagée, auprès des tribunaux pour enfants et service de la PJJ du grand Ouest. Les projets peuvent sétendre sur plusieurs mois ou concerner des périodes plus ponctuelles (canyoning, parachutisme sportif). Les séjours concernent des filles et des garçons de 15 à 18 ans bénéficiaires dune mesure en ordonnance 1945. Les candidatures sont prises par téléphone, une fiche de renseignements devant ensuite être remplie.
Jacques Trémintin
Contact : Association Nomado - 16 bis rue Paul Bert - 22000 Saint Brieuc. Tél. 02 96 61 47 77 mail : coulon.nomado@wanadoo.fr
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