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Numéro 547, 12 octobre 2000

Comment améliorer l’accueil de l’enfant maltraité ?

Face à la pédophilie les institutions sont souvent incompétentes et laxistes

Certaines équipes d’internat savent accueillir des mineurs handicapés ou inadaptés, mais pas des mineurs victimes de violences... Constat d’une carence

Pascal Vivet, éducateur spécialisé, fondateur de l’association française pour les droits de l’enfant en 1987.Bernard Lempert, psychothérapeute, formateur en matière de protection de l’enfance.

Les affaires de pédophilie en général sont-elles en augmentation en France et comment se comportent les institutions accueillant des enfants face à ces problèmes ?

Pascal Vivet : Il n’y a pas d’augmentation des actes pédophiles mais plutôt des yeux qui s’ouvrent, des oreilles plus attentives qu’auparavant, et des révélations faites par des enfants ou des adolescents aujourd’hui devenus majeurs. Désormais, en général, quand la pédophilie concerne un adulte et un enfant dans la famille ou en dehors d’elle, une action se développe. Ce n’est pas le cas face à certaines institutions qui ont constitué et constituent de véritables réseaux de pédophiles en France. On se heurte à des lobbies puissants. Mon expérience de chargé de mission pour la protection de l’enfance m’a amené à être confronté à ce type de réseau. Je les ai connus. Je les ai affrontés. Je connais le prix à payer pour oser briser la loi du silence. Si le délai moyen du traitement d’un dossier de violences sexuelles intra familiale est de 17 mois, elle est pour ces réseaux de pédophiles de 45 mois, et les enquêtes et instructions aboutissent dans les quatre-cinquième des cas à un non-lieu.

Bernard Lempert : Je suis d’accord avec Pascal Vivet. Effectivement, depuis quelques années, une prise de conscience a eu lieu, les dénonciations sont devenues possibles. La culpabilité peut davantage être renvoyée à l’agresseur pédophile. Mais, les institutions qui fonctionnent en internat, en circuit fermé, avec des règlements intérieurs qui ont tendance à se substituer au sens de la loi, « couvrent » ou produisent des agressions sexuelles envers les enfants. Aujourd’hui, un certain nombre d’entre elles ont des positions radicales lorsqu’il y a des passages à l’acte, en ce qui concerne le signalement à l’autorité judiciaire, mais pour autant, elles laissent des enfants exposés au danger. C’est le cas de celles qui accueillent des mineurs déjà victimes d’agressions et les mettent en chambres collectives, leur faisant courir le risque de subir de la violence ou de la reproduire. Cette situation est actuellement un des problèmes majeurs.

La justice participe-t-elle à ces dysfonctionnements ?

Pascal Vivet : L’appareil judiciaire est dans l’ incapacité totale d’apprécier ces phénomènes massifs de pédophilie. Un juge d’instruction sur une affaire de réseau doit « entendre » parfois jusqu’à 200 personnes, cela prend 40 mois. Du coup, comme le réaffirmait récemment Madame Guigou, ministre de la Justice : « Le temps qui passe, c’est de la vérité qui s’envole »….

Bernard Lempert : Non, pour moi ce n’est pas un dysfonctionnement de la justice. C’est une problématique institutionnelle dans la mesure où les établissements qui accueillent des enfants à la suite de décisions de justice ne sont pas capables de les prendre en charge. Ils savent accueillir des mineurs handicapés ou inadaptés, mais pas des mineurs victimes de violences.

Que préconisez-vous en priorité pour sortir de ce problème ?

Pascal Vivet : Que dans les IRTS on aborde de manière ouverte, à la fois la part de pédophilie sublimée quand on choisit ce type de métier, et la différence entre fantasme et réalité, et qu’on autorise les travailleurs sociaux à aborder ces problématiques avec le courage nécessaire dont les gens ont besoin pour être réellement des défenseurs des droits de l’enfant.

Bernard Lempert : Les institutions doivent être sensibilisées au point de vue juridique elles doivent également mieux penser le soin à l’intérieur des établissements car le modèle de séparation qui fonctionne entre l’éducatif et le thérapeutique ne convient pas aux « grands blessés ». Or, les enfants victimes de pédophilie en sont. Il est donc urgent que ces lieux d’accueil se mobilisent sur les règles de la victimologie, avec l’idée qu’il ne faut pas laisser le traumatisme s’installer.

Propos recueillis par Guy Benloulou


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