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Les affaires de pédophilie en général sont-elles en augmentation
en France et comment se comportent les institutions accueillant
des enfants face à ces problèmes ?
Pascal Vivet : Il ny a pas daugmentation des actes pédophiles mais plutôt des yeux qui souvrent, des oreilles plus attentives quauparavant, et des révélations faites par des enfants ou des adolescents aujourdhui devenus majeurs. Désormais, en général, quand la pédophilie concerne un adulte et un enfant dans la famille ou en dehors delle, une action se développe. Ce nest pas le cas face à certaines institutions qui ont constitué et constituent de véritables réseaux de pédophiles en France. On se heurte à des lobbies puissants. Mon expérience de chargé de mission pour la protection de lenfance ma amené à être confronté à ce type de réseau. Je les ai connus. Je les ai affrontés. Je connais le prix à payer pour oser briser la loi du silence. Si le délai moyen du traitement dun dossier de violences sexuelles intra familiale est de 17 mois, elle est pour ces réseaux de pédophiles de 45 mois, et les enquêtes et instructions aboutissent dans les quatre-cinquième des cas à un non-lieu.
Bernard Lempert : Je suis daccord avec Pascal Vivet. Effectivement, depuis quelques années, une prise de conscience a eu lieu, les dénonciations sont devenues possibles. La culpabilité peut davantage être renvoyée à lagresseur pédophile. Mais, les institutions qui fonctionnent en internat, en circuit fermé, avec des règlements intérieurs qui ont tendance à se substituer au sens de la loi, « couvrent » ou produisent des agressions sexuelles envers les enfants. Aujourdhui, un certain nombre dentre elles ont des positions radicales lorsquil y a des passages à lacte, en ce qui concerne le signalement à lautorité judiciaire, mais pour autant, elles laissent des enfants exposés au danger. Cest le cas de celles qui accueillent des mineurs déjà victimes dagressions et les mettent en chambres collectives, leur faisant courir le risque de subir de la violence ou de la reproduire. Cette situation est actuellement un des problèmes majeurs.
La justice participe-t-elle à ces dysfonctionnements ?
Pascal Vivet : Lappareil judiciaire est dans l incapacité totale dapprécier ces phénomènes massifs de pédophilie. Un juge dinstruction sur une affaire de réseau doit « entendre » parfois jusquà 200 personnes, cela prend 40 mois. Du coup, comme le réaffirmait récemment Madame Guigou, ministre de la Justice : « Le temps qui passe, cest de la vérité qui senvole » .
Bernard Lempert : Non, pour moi ce nest pas un dysfonctionnement de la justice. Cest une problématique institutionnelle dans la mesure où les établissements qui accueillent des enfants à la suite de décisions de justice ne sont pas capables de les prendre en charge. Ils savent accueillir des mineurs handicapés ou inadaptés, mais pas des mineurs victimes de violences.
Que préconisez-vous en priorité pour sortir de ce problème ?
Pascal Vivet : Que dans les IRTS on aborde de manière ouverte, à la fois la part de pédophilie sublimée quand on choisit ce type de métier, et la différence entre fantasme et réalité, et quon autorise les travailleurs sociaux à aborder ces problématiques avec le courage nécessaire dont les gens ont besoin pour être réellement des défenseurs des droits de lenfant.
Bernard Lempert : Les institutions doivent être sensibilisées au point de vue juridique elles doivent également mieux penser le soin à lintérieur des établissements car le modèle de séparation qui fonctionne entre léducatif et le thérapeutique ne convient pas aux « grands blessés ». Or, les enfants victimes de pédophilie en sont. Il est donc urgent que ces lieux daccueil se mobilisent sur les règles de la victimologie, avec lidée quil ne faut pas laisser le traumatisme sinstaller.
Propos recueillis par Guy Benloulou
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