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5 rue du Moulin Bayard 31015 Toulouse cedex 6
Tél. 05 62 73 34 40 Fax 05 62 73 00 29 |
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Les épiceries sociales existent depuis une dizaine dannées. Elles sont près dune centaine, en France, déjà. Nées de volontés communales et associatives, elles intéressent le politique. En effet, laide alimentaire ne peut plus seulement pallier lurgence ; elle doit saccompagner dactions de soutien et de resocialisation des personnes en difficulté. Il sagit cest lun des objectifs de la loi contre les exclusions du 29 juillet 1998 de sortir dune logique dassistanat et de promouvoir lautonomie et la dignité des personnes.
Fontenay-sous-Bois (Val de Marne), 60 000 habitants au dernier recensement, une ville à dimension humaine, de la proche banlieue parisienne Le charme un peu suranné des maisons de vieilles pierres rouges, des espaces verts qui donnent envie de sattarder, de nombreux équipements collectifs qui rappellent la facture politique (communiste) de la ville, quelques petites industries et commerces
Le centre administratif, juché sur un plateau, est plus austère, uniformisé. Il annonce la ville nouvelle qui descend vers Rosny, une ville champignon, une série de tours, de bâtiments qui se piétinent les uns les autres, les supermarchés, la modernité. Lensemble a été construit ces dernières années, à la va-vite, sans goût. Fontenay-sous-Bois, une ville toutefois encore agréable à vivre, une ville appréciée de ses habitants, à en croire ces derniers.
Laurence Merlier, conseillère en économie sociale et familiale, responsable de lépicerie sociale expique la démarche : « Avant que nexiste lépicerie sociale, le CCAS intervenait en faveur des démunis, sous forme de colis alimentaires ou de secours en espèces, répondant uniquement à la demande (quelquefois inflationniste) des personnes, sans finaliser son intervention, sans lui donner de sens. Cette forme daide alimentaire ne créait que de lassistanat ; le public qui en bénéficiait nétait pas toujours celui qui en avait le plus besoin. « Les associations caritatives, particulièrement importantes à Fontenay, très sollicitées, et le CCAS ont souhaité coordonner leurs actions et développer des actions éducatives, allant au-delà du simple don. Le CCAS est gestionnaire de lépicerie sociale. Un comité de pilotage inclut les partenaires institutionnels et les associations. Lapprovisionnement des stocks est assuré par les collectes auprès des grandes surfaces ou auprès dassociations à vocation humanitaire ou soccupant dinsertion ; à défaut, il est pris en charge par le CCAS ».
Lépicerie sociale donne de plain-pied sur la rue. Elle est ouverte laprès-midi, du lundi au jeudi, et le vendredi matin. Spacieuse, lumineuse, agrémentée de plantes vertes et daffiches colorées, la boutique est flanquée dun « coin-café », où lon peut sattarder et parler, se reposer ou prendre patience en attendant de faire ses achats. Sur les rayonnages, des produits alimentaires secs (boîtes de conserve, riz, pâtes ) et frais (fruits et légumes, produits laitiers, surgelés) voisinent avec des produits dentretien et dhygiène (couches pour bébé, lessives ). Ils sont proposés au prix du marché. Létiquetage est en francs et en euros, finalité éducative oblige. « Leuro remplacera le franc en 2002, il faut préparer les personnes à ce changement. Il ne faut pas les déshabituer de la réalité des prix du marché » souligne Laurence Merlier. « Les clients disposent dun budget limité par semaine (115 F pour une personne, 150 F pour deux personnes, etc.) ; ils payent, à la fin de leurs courses, 10 % du montant de leurs achats. En réglant 11,50 F au lieu de 115 F pour des courses alimentaires, ils économisent 103,50 F, quils peuvent reporter sur une autre dépense, par exemple un retard de loyer. »
Lépicerie sociale est pensée pour les Fontenaisiens rencontrant des difficultés passagères et disposant de peu de revenus. La moyenne économique journalière de référence est 30 F ; charges, dettes, crédits étant considérés et déduits des ressources.
Laccès à lépicerie nest possible quaprès examen dun dossier, présenté anonymement, en commission daction sociale du CCAS, par un travailleur social (après évaluation des situations et définition dobjectifs : apurement dune dette, aide alimentaire ponctuelle en attente du paiement dune prestation, etc.). Lépicerie sociale touche ainsi un public traditionnellement client des services sociaux (bénéficiaires des minima sociaux), mais aussi des personnes ou des familles travaillant, souvent exclues des réseaux daide sociale classiques. Elle accueille ses clients en moyenne sur 3 mois, voire 6 mois.
Sheila, une cliente, sexclame : « Ça, cest sûr, lépicerie, cest bien, cest super. Ça ma aidée énormément parce que moi, je suis RMIste. Je crois pas que je vais renouveler. Maintenant, jestime quil y a dautres gens qui en ont plus besoin que moi. Jai été aux Restaurants du Cur cet hiver ; jai un peu de pâtes, de conserves, à la maison ; jestime que je peux rouler un peu. Là, je vais partir puisque jai payé mon loyer. »
Une autre cliente, en colère : « On peut même pas prendre ce quon veut. Alors moi, je trouve ça ridicule. Franchement, cest un peu bidon comme système. Vous me parlez dassistante sociale, ça me fait bien rire. Jai été en voir une. Jétais enceinte, jétais dans la mouise, pour des raisons de santé, parce que sinon, moi, jai un travail. Comme je suis restée longtemps en arrêt maladie, jétais dans la galère en attendant le bébé. Bon, je lui ai demandé une aide pour me dépanner, pour larrivée du bébé. La seule chose quelle ma obtenue, cest lépicerie sociale. En plus, cest un déplacement, cest quand même assez loin. Cest pas pratique du tout, alors que jaurais pu avoir une aide tout simplement pour le bébé. Vous voyez, la layette et tout le reste, il a fallu que je me débrouille ».
Yolande remarque : « Moi, par exemple, jai eu ma première carte [carte de cliente] pour quatre semaines. La quatrième, javais pas terminé mes produits ; jai pas pu revenir la cinquième semaine, jai perdu 100 F. Mais attendez, je vais pas prendre 5 serpillières, 10 shampooings et 2 lessives pour cumuler les 100 F. Et je les ai perdus ; on ma dit : « Non, tu prends rien « ».
Dix bénévoles, un emplois-jeune chargé de laccueil et un agent administratif du CCAS (détaché à temps partiel), chargé de la tenue de la caisse, une conseillère en économie sociale et familiale (responsable de la structure), composent léquipe de lépicerie sociale. Les bénévoles sont dynamiques, souvent très investis ; ils sont membres dassociations, retraités, préretraités ou à la recherche dune occupation. Trois bénévoles ont été clientes elles-mêmes, un temps, de lépicerie. Cette expérience leur permet une meilleure appréhension des besoins des personnes ; les contacts se nouent dune autre façon avec elles et sont parfois gratifiants. Lépicerie sociale est un lieu déchanges, un lieu vivant, convivial, ouvert sur la société. Laide alimentaire ne serait-elle quun prétexte ? Rassembler des personnes en difficulté pour créer ou recréer du lien entre elles, susciter une synergie, une émulation ? Oui, cest le but avoué ; on veut que les personnes sapproprient quelque chose de ce lieu, de ce qui sy passe ; quelles y participent, quelles en soient actrices.
Outre les traditionnelles interventions CAF comment mieux équilibrer son alimentation et mitonner de bons plats à petits prix ; comment mieux gérer un budget , lépicerie a accueilli un spectacle de théâtre « Les Exclusés » (exclus ; excusez-moi), les acteurs ont dialogué avec les trente personnes présentes, sur le théâtre (beaucoup), sur lexclusion (un peu). Des pourparlers sont engagés afin que du personnel ANPE vienne à lépicerie présenter lANPE mode demploi, clé en main. « LANPE, cest une institution anonyme, précise Laurence Merlier, à partir du moment où les personnes ont rencontré quelquun de linstitution, celle-ci prend un visage humain et il est possible daller vers elle ».
Raoul note : « Oui, jétais là, quand ils sont venus. Cétait sympa. Les acteurs ont posé des questions pour améliorer leur spectacle, pour voir sil plaisait ou pas. Des animations comme ça, ça change un peu. Par contre, après, cest le branle-bas de combat, parce que tout le monde est là pour attaquer, pour prendre de la nourriture ; ça fait embouteillage ».
Fontenay-sous-Bois, une ville à dimension humaine, une ville de la proche banlieue parisienne, encore agréable à vivre. Ses maisons aux vieilles pierres rouges, ses espaces verts Son épicerie sociale, non pas une expérience pilote, mais une démarche novatrice, qui a le mérite dexister, et de sengager hors des sentiers battus.
Gisèle Cristofol
« La courte échelle » Épicerie sociale - 37 bis rue Saint Germain - 94120 Fontenay-sous-Bois. Tél. 01 43 94 11 98
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