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5 rue du Moulin Bayard 31015 Toulouse cedex 6
Tél. 05 62 73 34 40 Fax 05 62 73 00 29 |
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Laction de prévention contre le suicide est plus traditionnellement du ressort des bénévoles qui interviennent sur les lignes découte type SOS-Amitiés (1), SOS-suicide (2) ou autres lieux découte à destination des personnes en plein désarroi. Pourtant, depuis quarante ans, une association regroupant travailleurs sociaux et thérapeutes agit sur ce terrain. Elle a accumulé une expérience et un savoir-faire qui méritent aujourdhui un coup de projecteur. Il sagit de lassociation « Recherche & Rencontres » (lire interview ci-dessous).
Nous sommes dans les années 50 : de plus en plus de femmes arrivent dans la région parisienne en provenance du milieu rural et sont confrontées à une détresse et à un isolement qui les poussent parfois au suicide. Deux assistantes sociales (Suzanne Nouvion et Jacqueline-Marie Chevron Villette) sentourant de chercheurs en sciences humaines et dun groupe interconfessionnel tentent de répondre à cette souffrance. Le sujet est alors largement tabou. Le poids de la réprobation sociale, de linterdit religieux (on na pas le droit de disposer de son corps), la honte de la famille contribuent à une occultation qui est loin davoir disparu 50 ans plus tard. Fruit de cette réflexion collective, le premier centre de lutte contre lisolement et de prévention du suicide, Recherche & Rencontres, est créée en 1958. Les objectifs quelles se fixent alors consistent à accueillir, recevoir et accompagner des personnes en détresse ou en difficulté relationnelle, de leur proposer de rétablir la communication perdue, de renouer le lien social dissous, de développer des capacités relationnelles oubliées, enfin daider à retrouver des points de repères. Toutes ces actions se combinent pour rétablir un équilibre global comme réponse au suicide qui pourrait apparaître comme la seule issue à la souffrance quimplique un isolement persistant. Lactivité de lassociation sest inspirée très tôt dAssagioli, ce médecin italien qui proposait alors la prise en charge des difficultés du sujet dans une double dynamique de cure analytique et dappréhension de lêtre dans sa globalité (son corps, son aspiration spirituelle et la dimension de son écoute). Démarche qui peut apparaître banale aujourdhui, mais qui était très innovante dans les années 50
Très vite, le groupe de Paris essaime dans sept autres villes. Chaque association garde sa propre spécificité, même si elles sont toutes fédérées au sein dune union des centres Recherche & Rencontres (3) qui forme, stimule, coordonne et harmonise laction de lensemble. Durant des années, le financement de ces structures privées a pu se réaliser sans trop de problème. Et puis est venu le temps des vaches maigres pour le social : nombre de candidats voudraient bien créer à leur tour un centre mais se heurtent aux réticences des financeurs. Les plus anciennes des associations déjà existantes ont été intégrées avant 1970 au secteur psychiatrique et reçoivent à ce titre un prix de journée des caisses de Sécurité sociale. Les plus récentes fonctionnent sur la base de plurifinancement (conseils généraux, CPAM, DASS ) sans que la pérennisation de leur action ne soit en rien garantie, la ligne budgétaire les concernant pouvant à tout moment disparaître. Perspective qui plonge comme on peut limaginer les équipes dans une insécurité qui constitue bien la seule fragilité vraiment existante pour des professionnels qui font leurs preuves au quotidien. Constituées surtout de bénévoles au départ, la professionnalisation sest imposée progressivement. Seul le groupe de Nantes continue à fonctionner avec un certain nombre de bénévoles. Le travail daccompagnement particulièrement difficile ainsi accompli bénéficie dune supervision proposée à lensemble du personnel. Recevoir de plein fouet le mal-être des usagers nécessite, à lévidence, une évacuation des angoisses accumulées et de ce que cela a pu réveiller chez laccueillant.
Lassociation privilégie en tout premier lieu un accueil qui se veut à la fois convivial et immédiat. Aussitôt franchie la porte, la personne trouve un interlocuteur avec qui elle peut échanger sur ce qui lamène. Elle pourra revenir autant de fois quelle le désirera. Elle peut et cest la deuxième forme de service qui lui est proposée si elle le désire, être reçue en entretien individuel par une assistante sociale : ces rencontres se renouvelleront, là aussi, tant quelle en ressentira le besoin. Cest loccasion pour elles daborder dune façon plus approfondie les situations professionnelles, conjugales ou affectives sources de souffrance. Peuvent alors être exprimés le mal-être et les difficultés à lorigine du désespoir montant. Lintervenant doit sefforcer den permettre lexpression pour ensuite valoriser les compétences en sappuyant sur la singularité de chacun, sur la dynamique interne du sujet et ses ressources spécifiques. Le troisième étage du dispositif concerne un travail de groupe dexpression et de création qui vise plus particulièrement à agir sur les relations interpersonnelles. Il sagit alors de développer lestime de soi, de valoriser les relations interpersonnelles, déveiller les aptitudes et capacités latentes et de modifier la perception menaçante des autres. Pour ce faire toute une série de supports sont alors utilisés qui peuvent être par exemple la danse ou la relaxation, mais aussi latelier décriture, la peinture le graphisme ou encore le théâtre.
Mais, Recherche & Rencontres a aussi développé la pratique des groupes de soutien à lentourage. Face au suicide dun proche, entre la sidération initiale et le deuil accompli, il y a tout un cheminement douloureux. La possibilité offerte dexprimer la souffrance ressentie et de partager avec dautres familles traversant une même épreuve constitue une aide précieuse.
Lassociation propose enfin des interventions de prévention auprès des publics qui ne peuvent se déplacer. Cest, tout particulièrement, le cas des adolescents en collège et en lycée, mais aussi des parents ou des professeurs et même des professionnels tant en formation, quen activité.
La parole comme thérapie de vie : lobjectif est ambitieux, mais des plus pertinents. Au vu des 2 564 accueils réalisés au centre Recherche & Rencontres de Nantes en 1999 (ils étaient 1885 en 1997), cette offre de service répond à un vrai besoin. Laccompagnement original proposé par Recherche & Rencontres cible une demande daide et apporte au sujet les moyens de réaliser par lui-même le renoncement au suicide et la prise en charge de sa vie.
Jacques Trémintin
(1) SOS Amitié : 49 numéros découte disponibles sous la rubrique « services durgence » des annuaires
(2) SOS Suicide phénix France - 36 rue de Gergovie 75014 Paris - Tél. 01 44 75 54 54
(3) Union des Centres Recherche & Rencontres : 61 rue de la Verrerie - 75004 Paris- Tél. 01 42 78 79 10 (qui pourra transmettre les coordonnées des groupes de Paris, Lyon, Toulouse, Marseille, Grenoble, Nantes, Brive et Objat)
Entretien : Martine Métivier directrice du centre social spécialisé Recherche & Rencontres (1)
Y a-t-il un profil type du suicidant ?
Nous constatons une grande hétérogénéité des publics susceptibles davoir recours au suicide : il ny a de profil ni en matière dâge, ni au niveau de lactivité professionnelle. En fait, ce que lon rencontre le plus, cest bien cette atteinte de lestime de soi qui amène le sujet à se croire seul, à penser que personne ne peut le comprendre et que lautre pose un regard dévalorisant sur lui. Cet état desprit constitue une impasse qui se rétrécit au fil du temps. Si on ny prend garde, cela peut amener au suicide.
Comment intervenez-vous face à ces personnes en grande souffrance ?
Ce qui compte, cest bien doffrir un interlocuteur qui nappartienne pas à lentourage et qui ne relève pas du soin. Nous nous limitons dans notre action à lexpression de ce qui se vit aujourdhui. Nous nous refusons à remonter avec la personne dans ce quelle a vécu dans son passé (ce qui reste du domaine du thérapeute ou du psychiatre). Nous ne sommes pas là, non plus, ni pour apporter des conseils ni pour formuler des propositions. Tout cela, les gens peuvent le trouver ailleurs. Ce nest pas cela quils viennent chercher chez nous. Les personnes restent persuadées quelles ne peuvent plus trouver de solutions par elles-mêmes. Leur en fournir serait les conforter dans cette conviction. Ce que nous essayons de faire, cest tout au contraire, de faire émerger leurs propres potentialités, leurs propres compétences. Cela commence par valoriser le fait quils se soient déplacés. Puis, pièce par pièce, nous allons les aider à reconstruire leur estime de soi. Cest toujours étonnant de constater à quel point ils y arrivent. Bien sûr, il y a toujours celles et ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas entendre quils (elles) sont capables de réussir. Mais notre cap reste toujours le même, mettre en avant le positif qui réside en chacun et faire sortir le sujet de lenfermement. Car si on pense au suicide, cest quil ny a plus rien de formulable aux autres. Travailler lenvie daller vers les autres et celle des autres de venir vers soi, ce que nous faisons tout particulièrement dans nos groupes dexpression et de création, cest aussi créer cette confiance trop souvent mise à mal chez les suicidants. Notre expérience nous montre que sil ne faut pas grand-chose, parfois, pour faire basculer dans le geste fatal, remonter la pente ne constitue pas un effort si surhumain quon pourrait le penser.
Soyons un peu provoquant, que pensez-vous du droit au suicide ?
Le fait dêtre mortel donne du goût à la vie. Le suicide est et restera une question existentielle permanente. Il serait fou de vouloir éradiquer cet acte qui reste attaché au droit de lindividu. Mais ceux qui viennent nous rencontrer ne demandent pas à mourir, mais à vivre avec moins de souffrance. « Je peux vivre, si je vis mieux que maintenant » cest un peu ce quils viennent nous dire. Et notre travail cest bien de les accompagner à améliorer létat de leur vie avec en moins la douleur qui les taraude. La liberté et le choix, quant à lacte de se donner la mort, sont des mots de riche qui ne veulent pas dire grand-chose quand on est submergé par langoisse. Comme disait un usager que nous avons reçu : « Mon psy ma dit que jétais inhibé. On peut lêtre quand on a juste 2000 F par mois pour vivre » !
Propos recueillis par Jacques Trémintin
(1) Recherche & Rencontres à Nantes - 2 rue Adolphe Moitié - 44000 Nantes. Tél. 02 40 08 08 10
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