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Numéro 541, 31 août 2000

Le travail social face à la parentalité

Quelle formation pour les travailleurs sociaux ?

Paul Durning, professeur de sciences de l’éducation, coanime à l’université Paris X-Nanterre une équipe de recherche en éducation familiale regroupant huit chercheurs et dirige l’école doctorale philosophie, psychologie et sciences de l’éducation.

Que voyez-vous comme besoin de formation pour les travailleurs sociaux amenés à animer les groupes de parentalité ?

Les travailleurs sociaux appelés à animer ces groupes ont été, de par leur formation et leur pratique quotidienne, peu préparés à de telles activités. L’offre de formation en direction des animateurs de groupes de parents se limite, en effet, le plus souvent, à une formation à l’animation de groupe qui ne constitue, pourtant, qu’un volet, certes important, d’une telle activité. Pour l’instant il me semble qu’on en reste au stade du « bricolage ».

Les animateurs de telles actions pourraient donc bénéficier d’une quadruple formation clinique, technique, théorique et éthique :

- Clinique parce qu’il s’agit de groupes difficiles dont les participants partagent des détresses profondes et qu’une formation favorisant l’écoute et la prise en compte de son propre contre transfert est fort utile notamment pour aider un groupe centré sur une tâche à ne pas se transformer en groupe de thérapie sauvage.

Il faut distinguer des groupes à visée thérapeutique qui impliquent le parent en tant que personne (avec son histoire, ses relations conjugales et sociales…) et des groupes de formation et soutien parental centrés sur le parent en tant que parent. On pourrait penser à associer, dans des programmes d’intervention intensifs, les deux approches.

- Technique parce que conduire un groupe de formation parentale requiert des habiletés nombreuses pour aider à une construction mutuelle des échanges, pour développer les capacités d’empathie des participants envers les autres et particulièrement envers leurs enfants, pour privilégier la réflexion sur les réactions effectives à l’occasion d’un incident critique par exemple, plutôt que l’évocation d’expériences infantiles ; leur remémoration collective étant susceptible d’éclairer la survenue de la difficulté mais pas de suggérer une voie possible de changement.

- Théorique parce que de telles approches sont fondées sur des corpus de connaissances qu’il serait intéressant que les travailleurs sociaux discutent car ils ne participent guère de leur culture commune. Ces perspectives appellent une réflexion sur les processus de socialisation et de formation permettant de distinguer ces deux démarches et plus largement, elles supposent de débattre d’une autre conception de l’action socio-éducative qui préconise, par exemple, un travail sur le réseau de soutien « aider les aidants ». Un tel projet conduit à créer les conditions pour que le groupe puisse se prendre lui-même en charge, développer des élaborations mutuelles renforçant les potentialités des participants, plutôt que de privilégier une verbalisation des difficultés personnelles.

- Éthique enfin, préparée par l’élaboration d’une charte importante pour tenter d’éviter les différentes dérives possibles de telles activités. Développer une stratégie d’animation favorisant l’émergence de « leaders parents » n’est pas leur permettre de faire n’importe quoi : un groupe peut dériver, partir dans des idéologies très contestables, ou exclure quelqu’un, ce qui oblige son animateur à sortir de sa neutralité. D’autre part, ce dernier doit repérer rapidement les participants en grande difficulté et les aider (pour eux-mêmes et pour les autres) à accepter une aide plus spécialisée (AEMO, thérapies etc.).

Ne risque-t-on pas de tomber dans la dérive du « bon parent » ?

Il existe en France une méfiance, compréhensible, mais exacerbée, à l’égard du côté normatif d’une action éducative ou formative, selon laquelle « on va modéliser les parents en leur apprenant la bonne façon de faire avec leurs enfants ». Néanmoins, je conteste aussi la position inverse qui considère qu’aucun savoir ne puisse être utile et que toute demande d’information d’un parent doive être renvoyée comme non pertinente. Remarquez que les professionnels affirment souvent que ce qu’ils apprennent pour leur métier leur est utile dans leurs activités familiales.

Les actions de soutien à la parentalité postulent qu’il est fécond de favoriser l’échange d’expériences, et de permettre aux groupes de voir que « lorsqu’on n’y arrive pas d’une certaine manière avec son enfant, on peut en tenter une autre… ». C’est-à-dire, être quelque peu normatif certes, en acceptant de débattre de questions telles que : comment il faut faire si mon enfant ne veut pas manger, ou se drogue… Au-delà de l’alternative radicale entre imposer aux participants un modèle du « bon parentage » ou les renvoyer à leurs difficultés relationnelles, une perspective de soutien propose la médiation de la réflexion partagée avec d’autres parents.

Propos recueillis par Guy Benloulou


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