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Que voyez-vous comme besoin de formation pour les travailleurs sociaux amenés à animer les groupes de parentalité ?
Les travailleurs sociaux appelés à animer ces groupes ont été, de par leur formation et leur pratique quotidienne, peu préparés à de telles activités. Loffre de formation en direction des animateurs de groupes de parents se limite, en effet, le plus souvent, à une formation à lanimation de groupe qui ne constitue, pourtant, quun volet, certes important, dune telle activité. Pour linstant il me semble quon en reste au stade du « bricolage ».
Les animateurs de telles actions pourraient donc bénéficier dune quadruple formation clinique, technique, théorique et éthique :
- Clinique parce quil sagit de groupes difficiles dont les participants partagent des détresses profondes et quune formation favorisant lécoute et la prise en compte de son propre contre transfert est fort utile notamment pour aider un groupe centré sur une tâche à ne pas se transformer en groupe de thérapie sauvage.
Il faut distinguer des groupes à visée thérapeutique qui impliquent le parent en tant que personne (avec son histoire, ses relations conjugales et sociales ) et des groupes de formation et soutien parental centrés sur le parent en tant que parent. On pourrait penser à associer, dans des programmes dintervention intensifs, les deux approches.
- Technique parce que conduire un groupe de formation parentale requiert des habiletés nombreuses pour aider à une construction mutuelle des échanges, pour développer les capacités dempathie des participants envers les autres et particulièrement envers leurs enfants, pour privilégier la réflexion sur les réactions effectives à loccasion dun incident critique par exemple, plutôt que lévocation dexpériences infantiles ; leur remémoration collective étant susceptible déclairer la survenue de la difficulté mais pas de suggérer une voie possible de changement.
- Théorique parce que de telles approches sont fondées sur des corpus de connaissances quil serait intéressant que les travailleurs sociaux discutent car ils ne participent guère de leur culture commune. Ces perspectives appellent une réflexion sur les processus de socialisation et de formation permettant de distinguer ces deux démarches et plus largement, elles supposent de débattre dune autre conception de laction socio-éducative qui préconise, par exemple, un travail sur le réseau de soutien « aider les aidants ». Un tel projet conduit à créer les conditions pour que le groupe puisse se prendre lui-même en charge, développer des élaborations mutuelles renforçant les potentialités des participants, plutôt que de privilégier une verbalisation des difficultés personnelles.
- Éthique enfin, préparée par lélaboration dune charte importante pour tenter déviter les différentes dérives possibles de telles activités. Développer une stratégie danimation favorisant lémergence de « leaders parents » nest pas leur permettre de faire nimporte quoi : un groupe peut dériver, partir dans des idéologies très contestables, ou exclure quelquun, ce qui oblige son animateur à sortir de sa neutralité. Dautre part, ce dernier doit repérer rapidement les participants en grande difficulté et les aider (pour eux-mêmes et pour les autres) à accepter une aide plus spécialisée (AEMO, thérapies etc.).
Ne risque-t-on pas de tomber dans la dérive du « bon parent » ?
Il existe en France une méfiance, compréhensible, mais exacerbée, à légard du côté normatif dune action éducative ou formative, selon laquelle « on va modéliser les parents en leur apprenant la bonne façon de faire avec leurs enfants ». Néanmoins, je conteste aussi la position inverse qui considère quaucun savoir ne puisse être utile et que toute demande dinformation dun parent doive être renvoyée comme non pertinente. Remarquez que les professionnels affirment souvent que ce quils apprennent pour leur métier leur est utile dans leurs activités familiales.
Les actions de soutien à la parentalité postulent quil est fécond de favoriser léchange dexpériences, et de permettre aux groupes de voir que « lorsquon ny arrive pas dune certaine manière avec son enfant, on peut en tenter une autre ». Cest-à-dire, être quelque peu normatif certes, en acceptant de débattre de questions telles que : comment il faut faire si mon enfant ne veut pas manger, ou se drogue Au-delà de lalternative radicale entre imposer aux participants un modèle du « bon parentage » ou les renvoyer à leurs difficultés relationnelles, une perspective de soutien propose la médiation de la réflexion partagée avec dautres parents.
Propos recueillis par Guy Benloulou
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