5 rue du Moulin Bayard 31015 Toulouse cedex 6

Tél. 05 62 73 34 40 Fax 05 62 73 00 29

Numéro 541, 31 août 2000

Le travail social face à la parentalité

Quelles activités de soutien à la fonction parentale ?

Bruno Ribes est chargé de mission auprès de la cellule nationale d’appui technique de la délégation interministérielle à la Famille.

Comment sont nés les réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents, et comment se présente le dispositif mis en place pour les animer ?

Depuis longtemps un grand nombre d’organismes publics ou privés ont développé des activités de soutien à la fonction parentale. Pourtant, cette préoccupation a reçu une impulsion nouvelle, en particulier à la suite de la conférence de la famille de juin 1998, au cours de laquelle le Premier ministre, Monsieur Jospin, a fait part du souci du gouvernement d’aider les parents à assumer leurs responsabilités et de les conforter dans l’exercice de leurs missions éducatives.

Sous l’égide de la délégation interministérielle à la Famille, un groupe de travail a élaboré d’une part, les grandes lignes d’un dispositif visant à développer la synergie entre les divers partenaires qui concourent à aider les parents aux niveaux national, départemental et local, d’autre part une charte fixant des principes d’action et d’animation communs. Ce dispositif et cette charte ont été avalisés par une circulaire adressée, le 9 mars 1999, par la ministre de l’Emploi et de la Solidarité aux préfets de région et des départements, et cosignée par le délégué interministériel à la Famille, la déléguée interministérielle à la Ville et au Développement social urbain, le directeur de l’action sociale et le directeur de la population et des migrations. Les objectifs poursuivis visent prioritairement à accompagner tous les parents — et non pas telle ou telle catégorie d’entre eux — et à les reconnaître, sans les suspecter d’incompétence ou de défaillance. Le dispositif est organisé ainsi :

- La délégation interministérielle et les divers chargés de mission qui la composent,

- Un comité de pilotage national qui regroupe, outre telle ou telle personnalité qualifiée, des représentants des grands services publics concernés, des collectivités territoriales et locales, des principales unions ou fédérations d’associations familiales, des organismes œuvrant directement au service des familles : ces diverses instances ont chacune des directions ou des antennes départementales ou locales et constituent donc des têtes de réseaux. Les fonctions de ce comité sont avant tout de sensibiliser leurs ressortissants aux objectifs que j’ai rappelés, de rassembler les informations sur les activités suscitées, d’orienter la politique mise en œuvre (de faire vivre la charte) ;

- Des comités d’animation départementaux, chargés d’inventorier, coordonner, évaluer, soutenir les actions d’accompagnement des parents dans l’esprit de la charte, de stimuler l’innovation, et de créer des partenariats en sorte que services publics et associations se constituent en véritables réseaux ;

- Une cellule nationale d’appui technique, dont les missions sont de constituer une banque de données, sur les actions existantes, non pour les ficher ou les capitaliser, mais pour développer l’interactivité entre les animateurs des actions, à l’échelle locale, départementale ou nationale ; d’aider les comités d’animation départementaux dans l’exercice de leurs missions et de permettre un partage des expériences ; de proposer aux divers membres du dispositif des éclairages méthodologiques ou thématiques.

Ce dispositif ne contribue-t-il pas à mettre les parents sous tutelle ?

C’est l’inverse qui est recherché. Prenons l’exemple des lieux d’accueil pour les jeunes enfants : il en existe des milliers. À partir de cet existant, ce que l’on recherche est double : c’est d’abord de stimuler l’innovation pour que les parents puissent s’exprimer, échanger sur la manière dont ils conçoivent l’éducation, faire part de leurs préoccupations ou de leurs aspirations. Par là on rompt l’isolement, on dédramatise des situations que les parents croient singulières, on tisse éventuellement des liens entre les familles ou entre la famille et le service ou l’association. C’est ensuite d’apporter à ces parents le concours de tout un réseau d’organismes susceptibles de les aider en fonction de telle ou telle difficulté ou aspiration. En fait, par là, on retrouve quelque chose de la communauté éducative qui existait autrefois dans les bourgs ou les quartiers. Les mêmes observations seraient à faire à propos d’actions visant à renforcer les liens entre les parents et l’école ou certains centres de loisirs.

Comment ce dispositif est-il perçu par les parents et les travailleurs sociaux ? Ne suscite-t-il pas certaines craintes ?

L’interrogation (non pas la crainte) vient plutôt des travailleurs sociaux. Si dans l’ensemble ils se sont félicités de l’esprit dans lequel ils ont à orienter leur activité, ils se demandent comment concilier cette nouvelle approche de leur travail avec la logique des services auxquels ils appartiennent. En effet, on les incite à se mettre en position d’accueil et d’écoute avant de se considérer comme conseillers ou dispensateurs d’un savoir ou de soins.

Propos recueillis par Guy Benloulou


Revenir à l'index, à la page de garde.
Droits de reproduction et de diffusion réservés; © Lien Social 2000