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Numéro 541, 31 août 2000

Le travail social face à la parentalité

La Maison des Sources

Alain Koskas, initiateur du projet « La maison des sources », psychanalyste et psychologue clinicien. À Belleville s’est ouvert un lieu inspiré de La Maison Verte de Françoise Dolto et adapté à ce quartier pluriel. On y propose une écoute, une aide pour apprendre aux parents à développer leur potentiel d’amour, à jouer avec leurs enfants, à les langer, à partager leurs joies et leurs questions …

Quels points communs La Maison des Sources a t-elle avec La Maison Verte ?

L’accueil est anonyme. Un des parents au moins doit accompagner l’enfant. Les rencontres ont lieu dans un cadre convivial, où l’on n’est pas soigné, conseillé ou accompagné de force. Les parents et les enfants peuvent échanger avec leurs pairs et les personnes chargées de l’accueil. On demande aux accueillants (psychologues, travailleurs sociaux, pédiatres…) de ne pas se limiter à une pratique professionnelle rigide mais de l’adapter en permanence à leur fonction. Tous les accueillants ont reçu une formation analytique et se sont intéressés à la petite enfance, à la parentalité.

Nous proposons une écoute, une aide pour apprendre aux parents à développer leur potentiel d’amour, à jouer avec leurs enfants, à les langer, à partager leurs joies et leurs questions avec d’autres parents, d’autres enfants… S’il apparaît un risque de maltraitance, le parent sera accompagné et éventuellement orienté vers un service spécialisé. En revanche, nous mettons un bémol à l’absence de signalement : une maltraitance avérée serait signalée aux services de justice.

Pourquoi avoir choisi le mot Sources ?

Nous désirons aider les parents à remonter aux origines, aux sources de la vie, de l’histoire, et aux enfants d’y accéder. Nous voulons leur permettre de s’enraciner pour réaliser des projets ensemble et avec les autres. Si la famille ou le groupe social n’a pas de projet pour eux, les enfants ne peuvent ni s’assurer, ni s’assumer. Si la société dit Mince, des gêneurs ! , les gosses ne peuvent que s’opposer et essayer de se construire seuls, ce qui demeure impossible, en toute citoyenneté en tout cas. Le mot Sources renvoie aussi, au niveau du réel, à toutes ces eaux qui viennent couler et permettre au fleuve de se constituer. Il représente toutes les culturalités de ce quartier en perpétuel renouvellement, des forces en mouvement, un flot qui gronde parfois… mais qui gronde de vie.

Comment s’est construit ce projet et quelle a été la démarche des créateurs ?

Ce projet est né en 1992, à l’initiative de l’Œuvre de secours aux enfants (1), en lien avec les professionnels du quartier et sous la direction d’un médecin psychanalyste, Mme Doris Cohen. A l’époque, les éducateurs et les assistantes sociales, issus de différents services, se sont intéressés à la prévention précoce, à la parentalité et plus particulièrement au lien entre éducation première et citoyenneté. Chacun constatait chez les parents, une souffrance et une confusion des rôles qui allaient en grandissant.

L’OSE s’est intéressée, par son histoire, aux questions de la transmission et de l’insertion dans ce quartier très fortement pluriel et pluriculturel. Quel patrimoine transmettons-nous à nos enfants ? Quelle culture ? Une intégration ou une acculturation ? Les doutes permanents n’aident pas l’enfant à s’épanouir. Il ne sait plus ce qui lui est transmis, à part des secrets, des silences et des malaises. Ses parents ayant du mal à faire un projet, l’enfant ne voit plus quelle direction prendre. Les adultes, un peu en marge, désirent tellement que leur enfant ne leur ressemble pas — au niveau de leur conduite d’échec en tout cas — qu’un résultat inverse s’opère. Les enfants, dans cette violence, deviennent violents. Les règles, les rituels initiatiques propres à forger une personnalité, à connaître les limites et les différences, ne leur sont plus transmis.

Quel rôle a joué la crise de l’emploi ?

Elle a joué un rôle majeur, militant plus que jamais pour une réponse précoce. L’emploi, cet outil d’intégration premier a disparu. On a vu des parents sans rôle social — même ceux qui avaient une formation ne trouvaient pas d’emploi —, des enfants sans modèle, sans désir d’apprendre à l’école, de respecter des règles qui se révélaient trompeuses pour leur famille.

Tous ces éléments ont provoqué une défaillance de l’identité parentale, une augmentation de la maltraitance et l’installation de la violence dans les écoles. La précocité de ces manifestations a permis de reposer, dans l’actualité, la question de Françoise Dolto : Comment faciliter le devenir parents ?

Propos recueillis par Katia Rouff

Maison des Sources - 83 rue Julien Lacroix - 75020 Paris. Tel. 01 46 36 12 59

(1) L’OSE, fondée en Russie en 1912, met au service de tous, sa culture professionnelle d’accueil et d’intégration de familles déchirées par les traumas collectifs, l’exil et la pluri-appartenance.


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