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Numéro 541, 31 août 2000

Le travail social face à la parentalité

Effets des interventions du travail social sur la parentalité

Catherine Sellenet, maître de conférence en psychosociologie à la faculté de Nantes.

Vous expliquez que l’exercice de la parentalité peut se décliner en 4 axes. Le quatrième axe porte sur les effets des interventions des travailleurs sociaux…

Oui, en effet. On s’est rendu compte en prenant l’ensemble des situations que parfois les interventions des travailleurs sociaux venaient finalement entraver cette parentalité sur l’un ou l’autre des axes. Il faut tenir compte de nos interventions et voir quels impacts elles peuvent avoir. Soit elles sont soutenantes, soit elles sont disqualifiantes, elles peuvent ne pas avoir d’impact mais la plupart du temps elles ont un effet quand même.

Il est difficile pour les travailleurs sociaux de s’observer ou d’analyser leurs propres actes et de les intégrer dans la réflexion…

C’est vrai, c’est un effort de distanciation qu’il faut faire avec les événements. Il s’agit d’être en capacité d’observer comment les parents ont réagi par rapport à l’acte que l’on a posé. On le fait peu dans la pratique professionnelle mais je pense que c’est absolument incontournable.

Il faudrait que les travailleurs sociaux intègrent dans leur pratique la réflexion sur l’impact de leurs actes professionnels ?

Tout à fait, sur ce plan-là c’est une question qu’ils devraient se poser. Il y a beaucoup d’études qui le montrent notamment des études canadiennes. Par exemple, il y est observé le positionnement de l’enfant par rapport aux interventions des éducateurs. Si on donne à un enfant tel ou tel message à transmettre, il ne sera pas un interlocuteur passif. Il ne transmettra pas le message textuellement, il y mettra une intonation, il ajoutera des commentaires et tout cela va préparer l’entretien futur qu’aura l’éducateur avec ses parents. Prenez par exemple un instituteur. Vous savez, il y a des cahiers de liaison. L’enfant va emmener ce cahier pour les parents mais il va y mettre sa tonalité, ses commentaires, son interprétation. Quand ensuite le parent vient au rendez-vous avec l’enseignant, il n’y vient pas « blanc ». Il emmène avec lui un imaginaire, des idées préconçues en se disant ça va se passer de telle et telle manière. Tout cela introduit des biais et il faut savoir à qui on s’adresse.

Et les travailleurs sociaux sont pris dans cette problématique ?

Bien sûr, les éducateurs sont eux-mêmes partie prenante de cette problématique. Leurs interventions étayent ou court-circuitent la parentalité. Prenons un simple exemple, celui de la scolarité. Le fait de proposer à l’assistante maternelle d’effectuer le suivi lors des réunions avec l’institutrice, de solliciter la famille de l’enfant ou d’être soi-même le seul représentant de l’enfant n’est pas un choix anodin. C’est un choix qui engage les représentations que l’on a du rôle de l’autorité parentale, de son exercice.

De quelle parentalité parle-t-on quand un enfant se partage entre sa famille de naissance, la famille d’accueil et un service à travers l’intervention d’un éducateur ?

C’est de la parentalité partagée. Mais actuellement il n’y a pas de méthode pour analyser de cette parentalité partagée. Elle est à mettre en place et je crois que les services évoluent sur ce plan-là. Ainsi l’exercice de la parentalité partagée justifie le repérage des zones fragiles, celles qui sont investies par les parents et de la nécessité ou pas de mettre en place des relais dans les zones non investies par ceux-ci.

Vos préconisations ?

Je crois que dans un premier temps il y a une formation à mettre en place qui est la formation à l’observation (ex. Pikler, Loczy). Elle est très peu pratiquée en France, beaucoup plus dans d’autres pays. Il est vrai que les éducateurs manquent d’outils d’observation pour être plus pertinents, moins en difficulté.

Propos recueillis par Didier Dubasque


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