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Vous expliquez que lexercice de la parentalité peut se décliner en 4 axes. Le quatrième axe porte sur les effets des interventions des travailleurs sociaux
Oui, en effet. On sest rendu compte en prenant lensemble des situations que parfois les interventions des travailleurs sociaux venaient finalement entraver cette parentalité sur lun ou lautre des axes. Il faut tenir compte de nos interventions et voir quels impacts elles peuvent avoir. Soit elles sont soutenantes, soit elles sont disqualifiantes, elles peuvent ne pas avoir dimpact mais la plupart du temps elles ont un effet quand même.
Il est difficile pour les travailleurs sociaux de sobserver ou danalyser leurs propres actes et de les intégrer dans la réflexion
Cest vrai, cest un effort de distanciation quil faut faire avec les événements. Il sagit dêtre en capacité dobserver comment les parents ont réagi par rapport à lacte que lon a posé. On le fait peu dans la pratique professionnelle mais je pense que cest absolument incontournable.
Il faudrait que les travailleurs sociaux intègrent dans leur pratique la réflexion sur limpact de leurs actes professionnels ?
Tout à fait, sur ce plan-là cest une question quils devraient se poser. Il y a beaucoup détudes qui le montrent notamment des études canadiennes. Par exemple, il y est observé le positionnement de lenfant par rapport aux interventions des éducateurs. Si on donne à un enfant tel ou tel message à transmettre, il ne sera pas un interlocuteur passif. Il ne transmettra pas le message textuellement, il y mettra une intonation, il ajoutera des commentaires et tout cela va préparer lentretien futur quaura léducateur avec ses parents. Prenez par exemple un instituteur. Vous savez, il y a des cahiers de liaison. Lenfant va emmener ce cahier pour les parents mais il va y mettre sa tonalité, ses commentaires, son interprétation. Quand ensuite le parent vient au rendez-vous avec lenseignant, il ny vient pas « blanc ». Il emmène avec lui un imaginaire, des idées préconçues en se disant ça va se passer de telle et telle manière. Tout cela introduit des biais et il faut savoir à qui on sadresse.
Et les travailleurs sociaux sont pris dans cette problématique ?
Bien sûr, les éducateurs sont eux-mêmes partie prenante de cette problématique. Leurs interventions étayent ou court-circuitent la parentalité. Prenons un simple exemple, celui de la scolarité. Le fait de proposer à lassistante maternelle deffectuer le suivi lors des réunions avec linstitutrice, de solliciter la famille de lenfant ou dêtre soi-même le seul représentant de lenfant nest pas un choix anodin. Cest un choix qui engage les représentations que lon a du rôle de lautorité parentale, de son exercice.
De quelle parentalité parle-t-on quand un enfant se partage entre sa famille de naissance, la famille daccueil et un service à travers lintervention dun éducateur ?
Cest de la parentalité partagée. Mais actuellement il ny a pas de méthode pour analyser de cette parentalité partagée. Elle est à mettre en place et je crois que les services évoluent sur ce plan-là. Ainsi lexercice de la parentalité partagée justifie le repérage des zones fragiles, celles qui sont investies par les parents et de la nécessité ou pas de mettre en place des relais dans les zones non investies par ceux-ci.
Vos préconisations ?
Je crois que dans un premier temps il y a une formation à mettre en place qui est la formation à lobservation (ex. Pikler, Loczy). Elle est très peu pratiquée en France, beaucoup plus dans dautres pays. Il est vrai que les éducateurs manquent doutils dobservation pour être plus pertinents, moins en difficulté.
Propos recueillis par Didier Dubasque
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