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Entretiens avec :
Catherine Sellenet, maître de conférence en psychosociologie à la faculté de Nantes.
Alain Koskas, initiateur du projet « La maison des sources », psychanalyste et psychologue clinicien.
Bruno Ribes est chargé de mission auprès de la cellule nationale dappui technique de la délégation interministérielle à la Famille.
Paul Durning, professeur de sciences de léducation, coanime à luniversité Paris X-Nanterre une équipe de recherche en éducation familiale regroupant huit chercheurs et dirige lécole doctorale philosophie, psychologie et sciences de léducation.
Franchement, quil est difficile dêtre parent ! Cela suppose,
en effet dêtre en capacité dassumer pas moins de sept pôles
dinterventions différents. Parmi les tâches quotidiennes, certaines
sont évidentes telles les tâches domestiques (le ménage, la préparation
des repas) ou techniques (réparer, décorer
). Les tâches de garde
sont différentes de celles du « nursing » qui elles répondent
aux besoins primaires du nourrisson. Puis, plus élaborées, sont
les fonctions éducatives qui regroupent aussi bien les apprentissages
multiples que la transmission des valeurs culturelles et morales.
Noublions pas parmi ces tâches celles liées au suivi (de la scolarité,
de la santé ou des loisirs). Enfin moins connues, il y a les tâches
dites de référence sociale. Elles se traduisent par lacceptation
ou le refus de décisions qui engagent la responsabilité civile
ou pénale des parents.
Quest-ce quêtre bon parent aujourdhui ? Cest finalement la capacité à assumer lensemble de ces tâches ou den déléguer certaines. Le partage de celles-ci interroge également les rapports au sein des couples. Mais là nest pas la question principale. Aujourdhui, nous constatons quêtre bon parent se traduit surtout par laptitude à assumer les tâches dites éducatives, et, lon peut même dire quil existe actuellement une inflation de la demande sociale sur la question éducative au détriment des autres fonctions.
Ce qui pose problème, cest la façon dexercer les différents rôles parentaux. Le terme de parentalité est apparu avec la modification des modèles sociaux. Le terme se décline désormais au rythme des transformations de la famille. La mono-parentalité a sa propre problématique, comme dailleurs la pluri-parentalité, qui elle concerne les familles recomposées. Tout récemment sest posée la question de lhomo-parentalité. On parle également de disparentalité qui exprime le concept de troubles de la fonction parentale en dehors de toute fonction moralisatrice. Enfin, on parle aussi de parentalité partielle qui consiste à être et rester parent au-delà des difficultés.
Le travail des chercheurs en sciences sociales a permis de repérer quatre axes dobservation de la parentalité :
- Lexercice de la parentalité : il se traduit par la mise en uvre des droits et des devoirs des parents. Le système est-il souple, tyrannique ? Equitable, inéquitable ? Les réponses sont-elles continues ou discontinues ? Sont-elles cohérentes ou incohérentes ? Y a-t-il des tiers qui se sont emparés de ces droits et devoirs ? Y a-t-il délégation ?
- Lexpérience de la parentalité : il sagit là de lexpérience subjective, consciente et inconsciente dans sa dimension psychique (le vécu interne). Le repérage sélabore à travers la parole du parent. Comment parle-t-il de son enfant ? Est-il réparateur, persécuteur, quen est-il du désir sur lenfant et des projections et des attentes ?
- La pratique de la parentalité : on y recense les actes de la vie quotidienne observables par des tiers. La difficulté réside dans le fait que cet axe est hypertrophié. La demande sociale est telle, que souvent cest sur ce seul critère que lon élabore des plans daide ou des mesures de protection.
- Enfin, dernier axe, celui des effets des interventions du travail social sur la parentalité. En quoi cette intervention du travailleur social va-t-elle permettre de développer ou de limiter cette parentalité ? Cet axe est difficile à évaluer (cf. interview) il pose aussi la question de limpact du travail social, de son efficacité à défaut de son efficience.
Dans les réunions de synthèse, lors des études de situation, nous sommes fréquemment en position dévaluer la capacité de tel ou tel parent à assumer son rôle à légard de lenfant. Mais quévaluons-nous réellement ? Quels sont nos critères, notre méthodologie ? Il y a nécessité, aujourdhui, daffiner nos capacités dévaluation en nous rappelant dailleurs, que toute évaluation est éminemment subjective et déformée par le filtre de notre propre vécu et de nos valeurs. Lévaluation est un processus dynamique, contradictoire qui ouvre un véritable champ spéculatif. Toute évaluation sur la parentalité devrait être élaborée non seulement en tenant compte de lensemble des tâches qui la constituent mais également en tenant compte de 3 niveaux.
Le premier temps de lobservation porte sur un plan macroscopique : cest-à-dire le comportement de parent à partir des conduites sociales attendues (ex : aller chercher son enfant à lheure à lécole). Elles sont principalement recueillies par les travailleurs sociaux tels les éducateurs ou assistantes sociales.
Le second niveau se situe sur un plan dit microscopique : ce sont les interventions observables dans le quotidien. (Ex : comportement dune mère ou dun père à légard de son enfant dans une situation précise) ce sont généralement les assistantes maternelles ou les travailleuses familiales qui sont inscrites dans ces interactions observables.
Enfin, il existe un troisième degré dobservation : cest le niveau endoscopique. Il sagit là de recueillir les effets de la présence des parents sur le développement de lenfant au-delà des actes posés ou des paroles prononcées.
À partir de ces éléments, peuvent à terme se dessiner les contours dune intervention plus clairement posée dans ses objectifs et dans le sens quon lui donne. Le positionnement du travailleur social dans la situation sera aussi révélatrice. Dans cet espace de contrôle pour une suppléance familiale, il pourra exercer sa mission dans le cadre dun suivi (en arrière) ou sous forme de guidance (en avant). Certains préféreront le terme daccompagnement (en appui) ou encore de soutien (au dessous) sous forme de guidance (en avant). La grande majorité rejettera le terme de surveillance (au dessus) ou de substitution (à la place de). Enfin aujourdhui avec le partenariat développé sont désormais évoqués les termes de coopération en parallèle et de suppléance (faire avec, à côté de ) Tous ces termes qui définissent des positionnements dans lintervention sociale auprès dune famille nous montrent bien des philosophies différentes. Ce que lon sait aujourdhui, cest quaucun positionnement est sans défaut. Cest en assumant celui que lon prend que lon aidera à plus de clarté et à plus de rigueur au bénéfice de tous et en premier lieu de celles et ceux pour qui on agit.
Didier Dubasque
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