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Tout dépend ce quon attend de lÉducation nationale qui ne sappelle plus Instruction publique. Le projet de ce ministère en terme de réponse aux attentes et aux besoins des jeunes dépasse lenseignement de la lecture et du calcul. Je me refuse à dissocier les périodes de cours, du matin, du soir ou du midi/deux, du mercredi ou du samedi ou des vacances. Ce sont des temps où lexpertise des personnels de lÉducation nationale peut être mise au service des enfants, différemment. Cela fait longtemps, dailleurs, que les associations complémentaires de lécole publique tels la Fédération des pupilles de lenseignement public, la Ligue de lenseignement, la Fédération des uvres laïques, les CEMEA ont compris le lien quil y a entre le temps scolaire et le temps non scolaire. La philosophie qui anime cette démarche renvoie bien à la notion de globalité du temps de lenfant. « Lécole ouverte » sinscrit dans cette logique et peut donc se décliner en direction de lenfant mais aussi des partenaires. Cest en cela quon dépasse la dimension dun centre de loisirs pour rentrer dans celle dun lieu dapprentissage où des intervenants dhorizons différents mais complémentaires apportent leur soutien et leur aide aux enfants, notamment dans le cadre des Contrats éducatifs locaux.
Cest la bonne question ! Le travail que nous menons dans ce collège est basé sur la recherche dadhésion de lélève qui doit devenir acteur de sa formation. « Lécole ouverte » devient un outil supplémentaire pour redonner du sens à son apprentissage. Si nous y arrivons, lélève est transformé et fera alors les maths et la physique des programmes officiels avec plus de conviction. « Lécole ouverte » démontre que la salle de classe nest pas le seul lieu dacquisition des connaissances. Ainsi, nous avons des professeurs qui acceptent de recevoir des élèves, en fin de journée, sur des questions que ceux-ci auraient à leur poser. On est bien ici dans une démarche volontariste : si lélève ne vient pas, il ne sera pas sanctionné. Mais il aura là la possibilité de démontrer ses choix et sa motivation. Il reste important, que lexpertise de lenseignant réponde à la demande des élèves. Cest la philosophie de « lécole ouverte » qui entre dans le temps proprement scolaire. Ce que nous voulons, cest bien que les gamins régénèrent leur envie dapprendre. Nous avons ainsi un atelier scientifique qui réussit à faire intégrer à des jeunes de 4e/3e de ZEP, âgés de 15 ans, certains points du programme de première année de DUT de physique sur lesquels certains étudiants trébuchent, cest quand même pas mal. Récemment, des chargés de mission du ministère ont effectué ce constat au collège.
Les parents ne sont pas intervenus dans le cadre de la formation stricte. Ils ont, par contre, été associés, notamment quand on a abordé lenvironnement culturel. Ils sont venus, par exemple, pour faire découvrir la culture de leur pays dorigine ou faire pratiquer des activités culinaires. Certains parents se sont proposés de donner un coup de main dans lapprentissage des savoirs, à partir de leur bagage intellectuel ou de leur métier. Cest une dimension qui est à létude et qui sera certainement mise en uvre en 2000/2001.
Je dirais citoyenneté. Cest un grand mot, cest un slogan. Mais, ce que je constate cest la transformation complète dun certain nombre denfants dans le rapport aux adultes. Mon adjoint et moi, nous consacrons du temps pour eux pendant « lécole ouverte ». Ensuite, des élèves viennent nous dire bonjour en nous serrant la main. Nous avons pu réintroduire de la rencontre et de la reconnaissance mutuelle.
Deuxième chose, ce serait la réadhésion. Une anecdote : après « lécole ouverte » de Pâques cette année, 12 élèves de troisième mont écrit pour me demander de leur rajouter des cours sur la base du volontariat le samedi matin. Ils ne mauraient pas demandé cela, il y a trois ans quand je suis arrivé dans ce collège. Ce nétait pas tout à fait la même atmosphère Et cela me permet daborder le troisième point qui est pacification des comportements : on est revenu au respect mutuel, parce quon sest aperçu que le professeur nest pas uniquement celui qui donne des mauvaises notes ou oblige à travailler. Il est important quil soit perçu comme un maître qui apporte et donne.
Propos recueillis par Jacques Trémintin
Cest une action importante qui consiste à trouver dautres intégrateurs sociaux par rapport à ceux qui aujourdhui ont disparu ou ne fonctionnent plus bien. « Lécole ouverte » constitue une innovation qui mérite dêtre encouragée, car nous sommes entrés dans une profonde mutation de la société marquée notamment par une transmission de valeurs qui se fait de plus en plus mal par la famille, parce quelle est éclatée et recomposée. Lécole nest plus seulement un lieu de diffusion des savoirs mais aussi celui de lapprentissage de la citoyenneté et de la vie collective.
Notre école fonctionne encore de la manière dont Jules Ferry lavait voulue. Elle doit souvrir beaucoup plus sur le monde et en même temps être le lieu dapprentissage de la vie, lieu de réalisation du pacte républicain permettant de faire des enfants des citoyens accomplis, autant de fonctions quelle navait pas auparavant, mais qui sont les siennes aujourdhui parce que la société bouge et que les relations sociales ne fonctionnent plus de la même façon. Tout le problème de notre système scolaire cest quil sélectionne par léchec. Ce quil faudrait peut-être changer, cest la maîtrise des flux, voire le recours à des discriminations positives à légard de certains enfants qui sont complètement largués. Quand je pense que certains collèges ont jusquà 60-70 % déchec au brevet, et que certains de leurs élèves restent illettrés, cela pose un vrai problème à la société française quant à son système de formation. Je crois quil y a un certain nombre de déterminations à prendre pour lavenir.
Je pense que ces questions sont au cur des préoccupations des responsables. Mais, vous savez, la société française ne se réforme pas comme cela, aussi simplement. Nous sommes, en outre, face à une grosse machine très centralisée qui ne se bouscule pas. Notre manière de réformer nest pas bonne. Je pense quil faudrait plutôt commencer par des expérimentations dans des départements ou des régions qui seraient candidats et les étendre par la suite, plutôt que de faire une réforme générale de Brest à Strasbourg en passant par Pau et Marseille. Je crois plutôt à la vertu de contagion des innovations. Il faut du temps. Mais, les évolutions se feront par la force des choses. La France est un vieux pays qui fonctionne par jacqueries, par grands à-coups. Comme toujours ce qui nétait pas possible le jour même le devient le lendemain. Je crois que ce sont les hommes et les femmes qui décident de leur destin. Le jour où les Français voudront que leur école sadapte aux nécessités de leur époque, ils favoriseront cette évolution. Si nous ne le faisons pas, je crains que nous ouvrions la porte à lenseignement privé qui, lui, a des capacités dadaptation dans ce domaine beaucoup plus importantes.
Propos recueillis par Jacques Trémintin
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